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 Joseph Autran (1813-1877) La Fin De L'Epopée.IX

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MessageSujet: Joseph Autran (1813-1877) La Fin De L'Epopée.IX   Joseph Autran (1813-1877) La Fin De L'Epopée.IX Icon_minitimeJeu 5 Jan - 23:09

IX

Sur le môle, jonché d’agrès, de lourds ballots,
Debout, le luth en main, parmi ces matelots,
Il entonna son chant. Mer immense et profonde,
Dos son premier prélude, il déroula ton onde,
Et jamais, non jamais, ni le vent de ces bords,
Ni le flot soulevé qui s’exhale en accords,
N’eurent les sons divins et les parfums sauvages
De ce chant qu’il jetait à l’écho des rivages.

Il disait tour à tour, variant son tableau,
Les différents labeurs de l’homme errant sur l’eau.
Il contait les départs vers les terres lointaines:
On fixe les agrès, on dresse les antennes:

La voile s’enfle, on part: l’écume en flocons blancs
S’ouvre au vaisseau rapide, elle sonne à ses flancs,
Et, dans l’air du matin, le pilote à la poupe
Offre aux dieux éternels tout le vin d’une coupe!

Puis c’était chaque lieu qu’on salue en passant,
Les îles et les caps au matin blanchissant,
Les cités: voici Cume, ou Samos, ville sainte,
Voici Gnosse, ou Corcyre, ou la verte Zacinthe.

Enfin du noble Ulysse, aimé de Calypso,
Il chanta les douleurs et l’indigent vaisseau:
« Seul, sur ce bois flottant, qu’il mène avec sagesse.
Ulysse avait quitté l’île de la déesse.
Quels cieux pour l’exilé, quel toit vaudrait le sien?
Vers le rivage ami d’un roi phéacien
Il navigue d’abord. Déjà, terre fleurie,
Se montre sur la mer la riante Schérie:
Ses montagnes au loin grandissent lentement.
Il y touchait bientôt. Neptune, à ce moment,
Sur son frêle radeau vit le fils de Laërte.
Neptune dès longtemps s’acharnait à sa perte.
De sa main redoutable il saisit le trident,
Il en frappe la mer et, tout à coup, grondant

Sous les vents échappés du gouffre des nuages,
Le terrible Océan roule ses flots sauvages.

» Ulysse, en proie au dieu qui revient l’assaillir,
« Sent ses genoux trembler et son coeur défaillir:
« Malheureux! c’en est fait, voici ma fin prochaine;
» Contre tous ces fléaux qu’un bras jaloux déchaîne,
» A moi-même réduit, je reste sans pouvoir.
» Que cette mer est sombre et que ce ciel est noir!. . .
» Oh! plus heureux cent fois ceux qui, pour les Atrides,
» Tombèrent devant Troie en soldats intrépides!
» Ils trouvèrent, du moins, un trépas glorieux;
» Tandis que moi, rebut des hommes et des dieux,
» Cadavre qui jamais n’aura de sépulture,
» Je vais de flot en flot errer à l’aventure! »

» Comme il parlait encore, une montagne d’eau
Croule, et disjoint les ais du fragile radeau.
Loin de ce frêle appui, le fils du vieux Laërte
Est lancé tout à coup sur la vague déserte.
Le mât brisé s’abat, et, rapide haillon,
La voile suit le vent, mêlée au tourbillon.
Longtemps le naufragé sous l’eau qui se replie
Demeure et se débat, la tête ensevelie.

Il en remonte enfin, trempé du sel amer,
Saisit un madrier qui roule sur la mer,
Et, pressant des genoux ce tronçon de mâture.
Ressemble au cavalier qui mène sa monture.

» Sur cette immense mer, privé de tout secours,
Le vaillant naufragé fut ballotté deux jours:
Les vents tombés enfin, à la troisième aurore,
Comme une fleur de l’onde il voit la terre éclore.
Salut blanche Schérie, asile hospitalier!
Après mille douleurs, près de les oublier,
Il approche, il atteint à cette rive sûre.
Un fleuve le reçoit dans sa verte embouchure.
« Salut, fleuve, et vous, bois qui trempez vos rameaux.
» Certes, un faible mortel, vainqueur de tant de maux,
» Mérite qu’un dieu même avec honneur l’accueille! »
Il dit, baise la rive, y trouve un lit de feuille;
Et toi, fleuve sacré, fleuve au lit sombre et doux,
Tu l’endors à la fin, couché sur tes genoux! »
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Joseph Autran (1813-1877) La Fin De L'Epopée.IX
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