PLUME DE POÉSIES

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 Jean Auvray(1590-1633) EPITHALAME INCERTAIN

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) EPITHALAME INCERTAIN   Jean Auvray(1590-1633) EPITHALAME INCERTAIN Icon_minitimeDim 8 Jan - 22:54

EPITHALAME INCERTAIN



Poëme choisi par l' autheur, pour comme en un champ
Spacieux donner carriere à ses inventions poëtiques.
Quittez muses vos carolles,
Vos gazons, vos rives molles,
Laissez vostre mont-natal,
Vos campagnes beotides,
Vos fontaines pegazides,
Et vos sources de cristal.
Venez vierges immortelles,
Venez sçavantes pucelles,
Chere semence des cieux,
Chaussez vos riches bottines,
Et troussez vos cottes fines
D' agraffes d' or precieux.


Venez filles de memoire
Dedans vostre char d' yvoire
Toutes à Paris loger,
Venez voir la nopce heureuse
D' une bergere amoureuse,
Et d' un amoureux berger.
C' est ce Charlot qui surpasse
En gentillesse, et en grace
Tous les bergers de ces bois,
Comme un beau pin qui se dresse
Dedans la forest espaisse
Sur tous les arbres de chois.
C' est la gentille Ysabelle
Qui en toute chose excelle
Les bergers de son temps,
Et les nymphes de la prée,
Comme une rose pourprée
Les autres fleurs du printemps.
Sus race de Mnemosine
Qui d' une fureur divine
M' avez espris tant de fois,
Faictes qu' aujourd' huy je chante
Si doucement que j' enchante
Les monts, les rocs, et les bois.


Ou pendez en vos écharpes
Vos luths, vos cithres, vos harpes,
Pour d' un son melodieux
Semondre au bal les bergeres,
Les driades boccageres,
Les faunes, les demy dieux.
Yo Clion ma mignonne,
Voy la trouppe foletonne
De ces satyres barbus,
Et ces danceresses fées
Qui tremoussent décoiffées
Sous ces aliziers touffus.
Quelle brigade s' avance
Qui saute, trepigne, dance,
S' entretenant par les mains
Sont-ce pas nos oreades,
Nos napées, nos nayades,
Et nos folastres sylvains?
Ô que le grand Pan est aise:
Qui dans ces roseaux rebaise
Le front, la bouche, et les yeux
De sa Syringue endormie
Au son de sa chalemie
Qui endormiroit les dieux.


Mais quelle superbe troupe,
Descend de l' herbeuse croupe,
Qui fait sourcer ce ruisseau?
Sont les deïtez supresmes
Qui viennent benir eux-mesmes
Le lict d' un couple si beau.
Jupiter chef de la bande
Dançant d' allegresse grande
Tient la main de sa Junon:
Herme avec sa Capeline
Y conduit Mars et Cyprine
Et le sçavant Apolon.
Saturne faisant gambade
Laisse son humeur maussade,
Déride son front divin:
Et gaillard demande à boire
Pour noyer son humeur noire
Dedans un verre de vin.
Puis sur le nombre dorique
D' une passe-meze antique
Gravement marque les pas,
Pardonnant à sa Cibelle
Quand sa pitié maternelle
Sauva Jupin du trespas.


Cibelle, mere nature,
Qui ne porte pour coeffure,
Que des chasteaux, et des tours:
Apres qui les coribantes
Dancent à trougnes flambantes
Au son confus des tambours.
Diane la chasseresse,
De ces forests la deesse,
Vient du baiser ravisseur
De sa bouchette blémie,
Presser au val de Lathmie
Les yeux de son beau pasteur.
Toy Latone delienne,
Yompee, orthygienne,
Mere des flambeaux bessons,
Qui fis tes couches secrettes
Cependant que les curettes
Rompoient l' air de leurs chansons.
Hebé l' espouse d' Alcide,
Jeune deesse sans ride,
Belle eschanssonne des cieux
Jadis par Junon conceuë
Mengeant la froide laictuë
Chez le forgeron des dieux.


Charites, troupe divine,
Thalie, Aglaye, Euphrosine,
Et vous verdoyantes soeurs
Filles de Themis, fruictieres,
Heures, du ciel les portieres
Qui degoutez sur les fleurs.
Plute, dieu de la richesse,
Toy Cerez alme deesse
Qui a Triptoleme fis
Feconder la terre mere,
Et donnas la mort au pere
Immortalisant le fils.
Sus divinitez sacrées,
Ces nopces soient illustrées
De vos immortels honneurs,
Carollez d' un bransle souple,
Et remplissez ce beau couple
De vos celestes faveurs.
Mais quel est ce dieu superbe,
Musclé, vermeil, jeune, imberbe,
De tant de peuple escorté?
Et qui chancellant sommeille
Dans ce char bordé de treille
Par des tygres emporté?


Qui pour magnifique sceptre
Bransle un thyrse dans sa dextre,
Cerné de pampre et de pin?
Et qui porte une couronne
D' if, de narcisse, d' aurone,
De lierre, et de sapin?
C' est Bacchus, muse ma belle,
Bacchus le fils de Semelle,
C' est luy, je cognoy ses pans,
Ses cobales, ses clodones,
Bassarides, mymalones,
Ses bacches, ses aegypans.
Oy-tu comme ses prestresses,
Ses bacchantes prophetesses
Deschirent l' air de leurs cris?
Recognoy-tu les hyades,
Les evantes, les thiades,
Lusus, silene, et macris?
Ô bromien, bassarée!
Que maudite est la contrée
Qui ne t' a jamais cogneu,
Dionise, dithyrambe,
Ignigene qui m' emflambe,
Grand dieu sois le bien venu.


Sois le bien-venu bimere,
Thebain, Denis, libre-pere,
Qui d' un astre furieux
Pique en tes festes sacrees
Les menades enyvrées
De ton jus delicieux.
A boire, a boire Epilene,
Que mon chef comme Silene
Soit de raisins couronné,
Acrat verse à pleine tasse
Afin que bruire je face
Les honneurs du cuisse-né.
Comme prisonnier de guerre
Jadis les fils de la terre
Le démembrerent cruels,
Et comme reduit en cendre
Phoebus soudain fit reprendre
Tous ses membres immortels.
Comme Aronce Cyanipe,
Diagondas, Aristipe,
Leucipe, Alcythe, et Penthé,
Enragez bourreaux d' eux-mesmes
Expierent leurs blasphemes
Au sein de la cruauté.


Comme il tua l' amphibene,
Comme de la mer Tyrene
Il punit les matelots,
Et comme fuyant l' audace
De Lycurge roy de Thrace
Il se cacha dans les flots.
Beuvons, beuvons, je m' altere,
Hermaphrodite, Plaustere,
J' ay le gosier enroüé,
Lene verse je te prie
Que plein de son tan, je crie
Jach, Evan, Ele, Evoüé.
Ça du pampre, du lierre,
Ça que je boive à plein verre
À la santé de Bacchus,
Froids hydropotes arriere,
Beuveurs d' eau, brasseurs de biere
Sont tous coquins ou cocus.
Mais suis-je pas sur Rhodope?
Que martelle ce cyclope?
Quels dragons estincelants?
Prenez, tuez ces phantosmes,
Esgorgez dans ces atomes
Ces crocodilles vollants.


Quoy? Les parques, les furies,
Cerbere, et les hesperies
Volent dans le sein des airs,
Et le vermeil Erythrée,
Lampos, Phlegon, Phylogée
Galopent dans les enfers.
Muse, tiens moy je chancelle
Un feu rouë en ma cervelle,
Ô vandangeur lenéen!
Hé! Laisse moy que je pousse
Poussé d' une ardeur plus douce
Ce cantique hymenéen.
Or sus, Clio ma fortune,
Où est le grand dieu Neptune,
Le roy des flots vagabonds
Qui tous les dieux rassasie
De nectar, et d' ambrosie
Dedans ses palais profonds?
Va vierge, va semondre,
Va dont rapidement fondre
Dans ses domes yvoirins,
Qu' Amphitrite sa compagne
Quite la moite campagne
Et tous autres dieux marins.


Saisis de gentilles flames
Brident leurs hypopotames
Et s' en viennent voir danser
Mille beautez eternelles,
Mais gardent que nos mortelles
Les blesse sans y penser.
Sur tout que ce dieu n' oublie
Xante, Melite, Thalie,
Dynomene, Amphitoé,
Anphinome, Panopée,
Euridice, Deiopée,
Climene, Cimothoé.
Qu' il ameine Philodoce,
Orithye, et Cymodoce,
Drime, Janire, Crenis,
Penope, Agave, Aretuse,
Protho, Cydipe, Pheruse,
Apseude, Ephire, et Doris.
Bref, viennent des bords humides
Les cinq fois dix nereïdes,
Les syrenes, les tritons,
Melicerte, Leucothée,
Glauque, Palemon, Prothée,
Les dorades, et les tons.


Tandis doctes pimpleades
Cerchez hymen thespiades,
Hymen, le dieu conjugal,
Qu' il vienne entonner luy-mesme
Vostre celeste sisteme,
En ce banquet nuptial.
Le restaurateur du monde
Hymen la source feconde
D' où coulent nos biens plus doux,
Chasse vice, chasse guerre,
Sans qui les hommes sur terre
Ne vivroient qu' en lou-garoux.
Grand dieu n' est-ce toy qui donnes
Des successeurs aux couronnes,
Des rois aux peuples domptez,
Aux republiques des princes,
Des gouverneurs aux provinces,
Des magistrats aux citez?
Par tes loix chastes et belles
Nos races sont immortelles,
Et nos gestes triomphans
Ne boivent point le cocyte
Car ta grace ressuscite
Les peres en leurs enfans.


Par toy de la Macedonne
Alexandre eust la couronne,
Car c' est un grossier abus
De croire un prince si brave
Estre bastard de l' esclave
Ou sorcier Neptanabus.
L' orgueilleux fils de Clymene
Qui fut jadis pour sa peine
Foudroyé de mille dards,
Fait encor dire à l' Affrique
Maudite est la republique
Où dominent les bastards.
Ces levrettes mastinées
Sont aussi tost équenées,
Bastards boivent les affrons,
L' acier de leurs traicts rebouche
Jamais l' adultere couche
N' engendra que des poltrons.
Vien donc hymen hymenée,
Vien ceste heureuse journée
Benir ce couple d' amans,
Et chanter plus d' amourettes
Que l' aube sur les fleurettes
Ne verse de diamans.


Ameine avec toy Terpandre,
Melanipide, Nicandre
Line, le fils d' Amphimar,
Eumolphe, Ephore, Musée,
Hesiode, Homere, Orphée,
Sapho, Tamire, et Pindar.
Chante le rapt d' Orythie,
La belle fleur de Clytie,
Les larmes de Niobé,
L' ame de Pyrame errante
Quand sur sa lévre mourante
Mourut la belle Thisbé.
L' ethiopique Andromede,
L' aigle qui mit Ganimede
Dans les celestes flambeaux,
L' adolescent Ciparisse,
La fontaine où vid Narcisse
Amour caché dans les eaux.
La trahison de Zephire
Quand Phoebus roy de la lire
Meurtrist Jacinte le beau,
Et la fueille au feu criarde
Qui Daphné vierge fuyarde
Cache au delphique flambeau.


Comme irrita Philonide
De la chaste Titanide
Le vindicatif démon,
Fiere qu' une nuict obscure
Elle eust de Mars, et Mercure
Antholic et Philamon.
Chante la gageure faite
Touchant le jeu d' amourette
Entre Jupin et sa soeur,
Et le don de prophetie
Que l' aveugle Tiresie
Obtint du dieu ravisseur.
L' amour d' Alphée à Diane,
De Neptune à Theophane,
L' infidelle Coronis
Par Jupiter foudroyée,
Cyprine en larmes noyée
Sur le tombeau d' Adonis.
La roche leucadienne,
D' où Sapho la lesbienne
Phocas, et Deucalion
Dans les ondes se plongerent?
Où sans se noyer noyerent
Leur bruslante passion.


Dy le stratageme encore
Qu' inventa jadis l' aurore
Contre l' honneur de Procris,
La loyauté de Cephale,
Nictimene sepulcrale
Et ses effroyables cris.
L' amour du pasteur d' Amphrise,
Ericine, et son Anchise,
La sibile aux noms divers
Qui fit pour vivre un long âge
Present de son pucelage
À Phoebus pere des vers.
Pythis en pin transformée
De Pan jadis bien aymée,
Et comme Apollon lassé
De poursuivre en vain Cassandre
Alla ses lauriers espandre
Au sein de la belle Issé.
Comme Pallas la sçavante
Qui fait tant de l' arrogante
Chaste n' a tousjours esté,
Puis qu' engendrer luy eschappe
Du medecin Aesculape
La deesse de santé.


Chante l' artifice rare
Du réforgé dans Lipare
Au feu des ciclopes nus,
Qui fit à la cour celeste
Voir le vergongneux inceste
De Mars au lict de Venus.
Comme en la grotte Eleusine
Pluton ravit Proserpine
Dedans sa charette d' or
Où sont attelez Orphnée,
Aethon, le fougueux Nictée,
Et le ronflant Alastor.
Chante les flames cuisantes
Du dieu que les coribantes
Sonnans jadis leurs bassins
Emporterent à grands tourbes,
Conte nous toutes ses fourbes,
De ses amoureux larcins.
Quand Lede en cigne il courtise,
Quand pour la fille d' Acrise
Il se change en gouttes d' or,
Satyre pour Antiope,
Thoreau pour la belle Europe
L' heritiere d' Agenor.


En feu changé pour Aegine,
En pastre pour Mnemosine,
En mouton, estant vaincu
De la femme d' Amphitrie,
En aigle pour Asterie,
Et pour Junon en cocu.
Chanteras tu bien sans rire
Comme Silvain vieux satyre
Pensant Yole forcer
L' aveugle amour qui le brusle
Le transporte au lict d' Hercule
Que tout nud veut embrasser?
Jà ce dieu fretillant d' aise
Afin d' amortir sa braise
D' Iole cerche le sein,
Mais trouvant la chair veluë
D' Alcide porte-massuë,
Soudain retire sa main.
Quand ce grand foudre de guerre,
Fils du dieu lance-tonnerre
Se resveillant tout panthois
Donne à Silvain telle entorse,
Qu' à grand peine eust-il la force
De se trainer dans le bois.


Exemple aux charnelles ames
De ne s' adresser aux femmes
De ces guerriers indomptez,
Et belle leçon au sage
Que la honte est l' apennage
De lascives voluptez.
Cesse hymen ton odelette,
Ceste mignarde ondelette
M' entraine au fil de ses eaux,
Son doux murmure m' abuse
Et jà sommeilloit ma muse
Sur le bord de ces ruisseaux.
Sus ma Clio qu' on s' esveille,
Que prestes-tu tant l' oreille
À ces amoureux discours,
Voudrois-tu point dans mon ame
R' allumer encor la flame
De mes premieres amours?
Non, ne r' ouvre ceste playe
Que le temps guarir essaye
Par son baume precieux,
Et son mal est sans cure,
Oublions en la pointure
À la dance de ces dieux.


Mais, qui me pourroit resoudre
Pourquoy Jupin est sans foudre,
Que Mars est tout desarmé,
Et que Bellonne la fiere
N' a plus sa lance guerriere
Ny son Aegide charmé?
Pourquoy le vaillant Alcide
N' a plus sa masse homicide,
Sa faut Saturne prudent,
Que Vulcan est sans flameches,
Dictime, et Phebus sans fléches
Et Neptune sans trident?
Est-ce (muse ma mignarde)
Que ceste troupe gaillarde
Ne veut employer ce jour
Contre ces beautez mortelles
Que les armes naturelles,
Et les foudres de l' amour?
Mais où est-il, ô Cythere!
Ton fils amour, douce mere,
Helas! Ou s' est-il rendu?
Que ferez-vous bergerottes,
Et vous nymphes de ces grottes
Si Cupidon est perdu?


Que fera vos chansonnettes,
Escoutera vos sornettes,
Creusera vos chalumeaux?
Qui tressera vos guirlandes,
Qui tapissera vos landes
Qui peuplera vos troupeaux?
Sans luy, nous pouvons bien dire
Que la nopce est un martyre,
Un vray enfer nuict et jour,
Une mer pleine d' orage,
Mal-heureux le mariage
Qu' on celebre sans amour.
Sus donc amoureuse bande
Cerchez ce dieu qui commande
Sur la terre, et dans les airs,
À tous les cercles sublimes,
Et dans les profonds abimes
Des plus orageuses mers.
Fils aisné de la nature,
À qui doit la creature
Son repos, son mouvement,
L' unique mastic du monde
Sans qui la machine ronde
Periroit en un moment.


Vous le cognoistrez, pucelles.
Aux trois couleurs de ses aisles,
Pourpre, azur, jaune-doré,
À son regard amiable,
À son carquois redoutable,
Par tout le monde adoré.
À sa chevelure rousse
À ses fléches, à sa trousse,
À son dard, à son flambeau,
À ses feintes, à ses charmes,
À ses souspirs, à ses larmes,
À son arc, à son bandeau.
Il est beau par excellence,
De petite corpulence,
Les membres gras et doüillets,
L' oeil brun, la grace naïfve,
Le sang chaud, la couleur vifve,
Le tein de lis et d' oeillets.
Il est couronné de roses,
Mille fleurettes écloses
Naissent dessous ses patins,
Mignard, la voix attrayante
Sa parole begayante
Et ses gestes enfantins.


Qu' on ne le cerche en Menale,
Mais en Paphos, en Miscale,
En Guide, en Cipre, et plus bas
Dans Amathonte, en Cythere,
Sejours plaisans où sa mere
Prend ses amoureux esbats.
Mais sçachant ceste assemblee,
N' est-il point allé d' emblée
Ravir l' empire des cieux?
Piller l' arsenac des poudres,
Saisir les feux et les foudres
Et desarmer tous les dieux?
Ou dans les royaumes sombres
Tourmenter encor les ombres
De ses venimeux attraicts?
Ou dans l' antre du ciclope
Faire que bronte ou sterope
Forge la pointe à ses traicts?
Non, le voila le folastre,
Que l' univers idolatre,
Le voyez vous cét archer
Ce garçon plein de cautelle
Dans les beaux yeux d' Isabelle
Honteusement se cacher?


Craignant les mains vengeresses
De tant de belles deesses
Dont il a navré les coeurs,
Et de brizer ses machines
Contre les chastes poictrines
Des neuf Castalides soeurs.
Ne redoutez plus mes dames
Ses traicts, ses attraicts, ses flames
Son arc, son dard, son flambeau,
Ce petit enfant volage
A perdu son equipage
Dedans les yeux d' Isabeau.
Et devalisé de fléches,
De brandons, et de flameches,
Garroté de toutes parts:
Pleurant tout nud, la convie
De luy redonner la vie
Au feu de ses doux regards.
Ainsi, ô vengeance extresme?
Amour, amoureux luy-mesme
De ce roc de chasteté,
Esprouve combien de peine
Donne la poursuitte vaine
D' une invincible beauté.


Il voit bien le temeraire
Comme sa flame est amaire,
Combien nos sens sont confus
Parmy l' amoureuse orage,
Le desespoir et la rage
Qu' apporte un rude refus.
Mais jà la blonde criniere
De l' astre porte-lumiere
Trempe aux espagnoles eaux,
Et desja la nuict brunette
Aux limons de sa charette
Fait atteller ses moreaux.
Sur le coupeau des montagnes,
Melisse, avec ses compagnes
Nymphes au pied diligent,
Chasse à meuttes descouplées
Par les forests amiclées
Le cerf aux branches d' argent.
Allez donc ames gentilles,
Mesler ces flames subtilles
Qu' amour attise en vos coeurs,
Et que ceste nuict obscure
Recompense avec usure
Vos amoureuses langueurs.


Qu' embrassez dans vostre couche
Flanc à flanc, et bouche à bouche,
Donnez et rendez encor
D' une mignardise mole
Plus de baisez que pactole
Ne contient de gouttes d' or.
Ramassez à lévres gloutes,
Vos ames demy dissoutes
En ce dueil amoureux:
Et qu' amour de la partie
À vostre ardeur alentie
Suggere de nouveaux feux.
Que l' aurore à la pareille
De long-temps ne se resveille
Du sang de son vieux penard,
Que le roy des flames blondes,
Endormy dessous les ondes
Ne se leve que bien tard.
De vos plaisirs legitimes
Facent tous les dieux sublimes
Naistre maint prince puissant:
Dont le bras un jour arbore
La fleur que la France honore
Sur l' infidelle croissant.


Jamais l' affreuse discorde
De vostre maison n' aborde,
Mourant n' ayez qu' un tombeau,
Que rien ne vous desassemble,
Que charon vous passe ensemble
Dedans un mesme batteau.
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