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 Jean Auvray(1590-1633) CONTRASTE ENTRE CUPIDON ET VERTU

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) CONTRASTE ENTRE CUPIDON ET VERTU   Jean Auvray(1590-1633) CONTRASTE ENTRE CUPIDON ET VERTU Icon_minitimeDim 8 Jan - 23:00

CONTRASTE ENTRE CUPIDON ET VERTU

Contraste, entre Cupidon, et la vertu.
Cupidon

Je suis le seul vainqueur des hommes et des dieux,
Je dompte souz mes loix, l' air, la terre, et les cieux,
J' ay cent fois Jupiter entamé de mes fléches
Et dans son coeur divin fait des humaines bréches,


En combien de façons l' ay-je fait transformer
Pour forçer les objets qui le forçoient d' aimer?
Tantost en gouttes d' or pour la fille d' Acrise,
Tantost en aigle afin d' enlever par surprise
Le beau fils de Priam en taureau blandissant
Pour Europe ravir qui l' alloit ravissant.
Mais Jupiter n' est seul qui redoute mes armes,
Combien le dieu guerrier a t' il versé de larmes
Dans le sein pommelé de ma mere Venus?
Et bien que ce bravache aux exploits tant cogneus
Ait jadis empesché que la tourbe orgueilleuse
Des geants terre-nez n' eschellast furieuse
Des grands dieux immortels les palais lambrissez,
Si ne peut-il gauchir a mes traicts élancez,
Et qu' au fond de son coeur un brazier je n' allume
Qui sans le consumer doucement le consume.
Et toy fiere Diane au beau front argenté,
Qui deesse te dis de toute chasteté,
Combien as-tu de fois és plaines de Lathmie
Eclos mille baisers sur la lévre blesmie
De ton Endymion? Toy guerriere Pallas,
Fus-tu pas une nuict serrée entre les bras,
De mon pere boiteux? Quand faisant la fascheuse
Pour sa defformité, sa semence germeuse,
Boüillonnante d' esprits, en terre cheût alors,
Dont s' engendra un monstre horrible et laid de corps
Qui depuis fut placé au nombre des chandelles
Qui marquent dans le ciel leurs clartez eternelles,


Et toy porte-trident, nonobstant la froideur
De tes flots courroucez, n' as-tu senty l' ardeur
De mon feu doux-amer? Toy Pluton dieu des ombres
Malgré ton chien portier, tes lieux affreux et sombres,
Ton Stix, ton Acheron, ton Cocyte bourbeux,
T' ay-je pas fait sentir de mes traicts amoureux
L' attainte inévitable, en un mot, mes amorces
Forcent de tous les dieux les indomptables forces,
Il n' y a dans le ciel, en la terre, aux enfers,
Aucune deité qui n' adore mes fers
Et qui le nom d' amour sainctement ne revere,
Fors toy sotte vertu, qui seule m' es contraire,
Temeraire oze-tu opposer ton pouvoir
Pour obstacle a ma force? Impudente vouloir
Enchainer sous tes loix celuy qui les plus braves
L' enchaine quand il veut, et les fait ses esclaves?

La vertu.
Và, petit boute-feu petit nain avorté,
Luxurieux enfant, ton babil affeté
Ne me charmera point: car tes armes frivolles,
N' eurent jamais pouvoir que sur les ames molles,
Aiguise si tu veux ton traict ensorcelé,
Cache toy si tu veux dans le poil crépelé
D' une aimable beauté, dans ses yeux, dans sa bouche
Campe toy sur sa lévre, et a ton aise touche


Ses corans my-ouverts, invente si tu veux
Appas dessus appas, rets sus rets, feux sur feux,
Esveille ta malice, emplis ses yeux de charmes,
Et te baignes malin dans ses lascives larmes,
Tu ne pourras jamais un coeur plein de vertu
Esclaver souz tes loix: ains un homme abatu,
Engourdy, casanier, dont l' ame effeminée
Languit dedans le crime aux enfers destinée,
Le vertueux ressemble un superbe rocher
Que la mer affermit a force de licher,
C' est un chesne branchu que plus le vent secouë
Plus sa racine avant dans la terre se jouë,
Bref, je brize ton arc, je ry de tes attraicts,
Et brave foulle aux pieds, toy, ta trousse, et tes traicts.


Amour.
Combien de vertueux ont senty ma puissance:
Combien se sont rangez souz mon obeïssance
Qui portoient ton image emprainte dans le coeur?
Des plus braves vainqueurs n' ay-je esté le vainqueur?
Hercule qui l' enfer effroya de sa dextre,
Qui voulut s' emparer du plutonique sceptre,
Agamemnon, Achille, et mil autres heros
Qui ont senti mon feu fureter dans leurs os
N' estoient-ils vertueux?


La vertu.
Non, tous ces personnages
Ne sont ny vertueux, magnanimes, ny sages,
La vertu ne consiste a seulement dompter
Les monstres furieux, encor moins à porter
Sur son chef orgueilleux un royal diadéme,
Celuy est vertueux qui sçait dompter soy-mesme:
Est-ce un traict de vertu que laschement servir
À ses affections, son courage asservir
Soubz le joug d' un enfant, dont l' infame naissance
Declare assez le vice et brutale puissance?
Que l' homme est aveuglé qui cét aveugle croist
Estre un dieu immortel: c' est un brazier qu' on doit
Estouffer d' heure, avant que sa lascive flame
Enfume de son noir le blanc cristal de l' ame.
Les amateurs de vertu.

Aux dames.
Dames dont les appas, les charmes les blandices
Esclavent les humains de vostre amour épris,
Nous quittons Cupidon et sa mere Cipris,
Pour suivre Cupidon, et ses chastes delices.
Amour, et la vertu n' ont point de simpathie,
Amour époint nos coeurs d' un lubrique plaisir,
La vertu les époint d' un honneste desir,
De vivre apres la mort d' une immortelle vie,


Ces hommes (direz-vous) tranchent par trop des graves
De mépriser amour et ses plaisirs si doux,
Il est vray mais aussi vous apprendrez de nous
Que vertu fait les roys, Cupidon les esclaves.
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