PLUME DE POÉSIES

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 Jean Auvray(1590-1633) FRINGALLET

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) FRINGALLET   Jean Auvray(1590-1633) FRINGALLET Icon_minitimeMer 11 Jan - 0:48

FRINGALLET



Nopce, nopce, par la morgoy
À un bel esprit comme moy
Fortune est tousjours favorable,
Ô l' estat sur tous honorable!
Ô que de biens, ô que d' honneurs,
Que de presens que de faveurs,
De reverences, de promesses,
D' applaudissemens, de carresses,
Depuis que j' obtins à la cour
L' estat de messager d' amour!
Et qu' Angoulevent l' autentique
En la faculté venerique
Me fit passer en un bordeau
Mes licences de maquereau.
Ce fut chez la dame Isabelle
Qu' un jour de feste solemnelle
Vindrent bien cinquante putains
De Paris, et des lieux prochains.
Il y avoit des villageoises,
Des chambrieres, des bourgeoises,
Des damoiselles de trois jours,


J' en vy maintes dont les atours
La noblesse et la seigneurie
Relevoient de la fripperie,
Entr' autres deux belles estoient
Qui d' habits pompeux esclattoient
Que je vy apres par fortune
Au cloistre de Saincte Opportune
Je vy la belle Jenneton
S' abandonner pour un teston,
Puis aupres de la cheminée
La grand' Damoiselle Renée
Qui discouroit de ces amours
Avec un soldat de velours,
En un des angles de la salle
Je vy la grosse mareschale
Qui rempendantoit quatre dents
Pour reparer les accidents
De sa bouche demantelée,
Apres je vy une assemblée
De dames qui tenoient leurs plaids
C' estoient mercieres du palais
Qui discouroient de leurs malices,
De leurs fards, de leurs artifices,
Et des bons tours qu' ils mettent sus
Pour faire leurs maris cornus,
J' en vy deux qui se vermeillonnent
Et leur cheveux passe-fillonnent
Pour mieux les marchands allecher


J' y vy une autre se cacher
Honteuse de ce voir ridée
Comme une aposteme vuidée,
Et que son corps vieillard n' est plus
Propre aux tordions de Venus.
J' en vy deux plus cointe et gentes
Qui se lavoient d' eaux astringentes
Et devenoient en s' estuvant,
Pucelles comme auparavant.
Puis je vy deux orleanoises
En grandes et cruelles noises,
À qui leveroit le plus haut
L' eschine en l' amoureux assaut.
Une autre devant une glace
Composoit son ris et sa grace,
Et montroit à ses yeux mignards
Comme il faut feindre des regards
Pleins de feux, d' appas, et de charmes.
D' autres pleuroient à chaudes larmes,
Voyant leurs ventres augmenter.
D' autres en du pain à chanter
Faisant une assez laide mine,
Prenoient de la therebentine.
D' autre de plus palle couleur
La bouche de puante odeur,
La teste chauve et la peau molle
Venoient de suer la verole.
D' autres qui n' avoient que des peaux


Se faisoient un sein de drapeaux.
Une autre avec une rotie
Frottoit sa machoire moisie.
Une autre ayant le front ridé
Le tenoit jour et nuict bandé.
Une autre aux vanitez aprise
Calcinoit le talc de Venise
Et se l' appliquoit à tastons
Sur son nez tout plein de boutons.
Une autre enrageoit toute vive
De se voir si jeune captive
Sous les loix d' un fascheux mary.
L' autre asseuroit son favory
De l' aimer d' une amour certaine
Tant que sa bource seroit pleine,
Mais que si son argent failloit
Son amour aussi failliroit.
L' autre disoit toute follastre
Que son mary estoit de plastre
Et qu' elle aymoit autant coucher,
Prez d' un insensible rocher.
Une autre disoit dépiteuse
Qu' elle n' estoit point amoureuse,
Mais qu' elle avoit escrit au coeur
Plus de profit et moins d' honneur.
J' en vy une autre plus poupine
Qui se vantoit à sa voisine
Qu' elle sçavoit du jeu d' amours


Toutes les ruses et les tours,
Comme il faut feindre d' un oeil louche
Une pâmoison sur la couche,
Comme il faut faire les doux yeux,
Puis tout flambants et furieux
Faire semblant d' estre en colere
Afin de mieux taster l' artere
Des pauvres amoureux trancis,
Comme il faut voûter ses sourcils
Et les cambrer en petite arche,
Danser en lascive démarche,
Bransler le corps, porter son bois
Comme une amazone aux tournois.
Je vy une jeune déesse
Qui laissoit flotter de sa tresse
Des petits frangeons d' or espars
Qui secoüez de toutes parts,
Du vent qui follastre s' en jouë
Ombrageoient les lys de sa jouë,
Ses yeux estoient deux beaux soleils,
Ses lévres deux coraux vermeils,
Ses dents blanches et yvoirines
Sont deux rangs de perlettes fines,
Son beau sein flottoit jumelet
En deux montagnettes de laict,
Sa gorge blanche aux veines noires
Ressemble ces piliers d' yvoire
Par l' expert graveur ombragez


Les filets d' ébene rangez,
Cette-cy disoit arrogante
Qu' elle estoit bien la plus sçavante
Aux embrassements amoureux,
Et qu' en ces plaisirs doucereux
Elle restoit infatigable.
Allez vilaine insatiable
Ce dit la Du Mouline alors,
J' employe en ces brusques efforts,
Aussi bien que vous ma journée.
Va, farcineuse haquenée
(ce dit la fringante catin)
Les postures de L' Aretin,
Tu ne mis jamais en usage
Vrayment tu as un beau visage
Si la verolle ne rongeoit
Ton nez qui jadis s' allongeoit
Comme la peautre d' une touë.
Et toy, dont la pedante jouë
Semble aux machoires d' un limier,
Ta bouche, l' odeur d' un fumier,
Bossuë devant et derriere
Comme une double gibesiere.
Ma foy, ce dit la vieille Alix,
Vous estes en mache-coulis
Le haut deffend du bas l' entrée.
Tais-toy maquerelle effrontée
(dit la greniere aux gros tetins)


Tu feras l' un de ces matins
La procession par la ville,
Pour avoir desbauché la fille
D' un archange du chastelet.
Alors mes garces au collet,
À belles dents et aux injures,
S' entrepeignoient leurs chevelures,
À coups de poing, de pieds, de grifs
S' entre-deschiroient leurs habits,
Perruque en l' air, perruque en terre,
Tout estoit lors de bonne guerre,
L' une au lieu de son scoffion
Prenoit quelque gras chapperon,
Une autre au lieu de son aiguille
Arrachoit une peccadille,
L' autre prenoit pour son butin
Les poches d' un vertugadin,
L' autre pour sa glace cassée
Prenoit une escharpe frangée,
L' autre pour son bust esgaré
Un vieil esventail deschiré.
Or pour calmer ceste querelle
Chacun à son ayde m' appelle,
Fringalet cy, Fringalet là,
Fringalet faictes le holà,
Fringalet, où sont mes pantoufles,
Fringalet, j' ay perdu mes moufles,
Fringalet, ramasse mes noeuds


Et le ruban de mes cheveux:
Donc embesongné de la sorte
Voicy ou l' on frappe à la porte,
Je l' ouvre, il entre à point nommé
Un galand assez renommé,
Un financier à deux estages
Un enfonceur de pucelages,
Un furet aux connils privez,
Un dénicheur d' oyseaux couvez,
Un succe-lévre, un tatte-cuisses,
Un carrillonneur de nourrices,
Un fringant redresseur de licts,
Un grand defonceur de chalits,
Un rodomont sous les courtines,
Un fumeur de terres voisines,
Un remboureur de jeunes basts,
Un voltigeur entre les draps,
Un grand embrocheur de pucelles
Un arrondisseur de mamelles,
Un reboucheur de trous vivans,
Un grand ramonneur de devans,
Un metteur de ventres en presses
Et grand persecuteur de fesses:
Au demeurant ce goguelu
Cét adonis, ce fafelu,
Ce beau fils allumeur de cierges,
Amoureux d' onze mille vierges,
Estoit gay, goffré, testonné,


Brave comme un chou godronné,
Le manteau à la balagnie,
Le soulier à l' academie
Dedans la mule de velours,
Les jartiers à tours et retours
Bouffants en deux roses enflées
Comme deux laictuves pommées,
Le bas de milan, le castor,
Orné d' un riche cordon d' or,
L' ondoyant et venteux pennache
Donnoit du galbe à ce bravache,
Un long floccon de poil natté
En petits anneaux frizoté
Pris au bout de tresse vermeille
Descendoit de sa gauche oreille,
Son collet bien vuidé d' empois
Et dentelé de quatre doigts
Se couchoit sur la peccadille
Comme un haranc sur une grille,
D' un soyeux et riche tabit
Estoit composé son habit,
Le pourpoint en taillade grande
D' où la chemise de Hollande
Ronfloit en beaux boüillons neigeux
Comme petits flots escumeux,
Le haut de chausse à fond de cuve,
La moustache en barbier d' estuve
Et recoquillée à l' escart


Comme les gardes d' un poignard,
La barbe confuse et grillée
En piramide estoit taillée
Ou en pointe de diamant,
Ce mignon alloit parfumant
Le lieu de son odeur musquée,
La mouche à la temple appliquée
L' ombrageant d' un peu de noirceur
Donnoit du lustre à sa blancheur,
De sa gorge il faisoit sans cesse
Rouler adorable princesse:
Cessez mortels: fascheux amour:
Et plusieurs autres airs de cour,
Et machoit à bouche déclose
Un curedent de bois de rose.
Au reste ce beau gaudisseur,
Ce papelard, ce cajolleur,
Sçavoit tout l' art d' aimer d' Ovide,
Les advantures de Floride,
Nerveze, Ronsard, Tahureau,
Amadis, Astrée, et Belleau:
Il sçavoit courtiser les dames
Se feindre des feux et des flames,
Composer en prose et en vers,
Escrire la lettre à l' envers,
Et casser dessous la moustache
L' anis confit et la pistache.
Il sçavoit d' un baiser larron


Dérober l' ame et la raison,
Il en donnoit de toutes sortes,
Tantost avec estreintes fortes,
Tantost ne touchant qu' à demy
Le jumeau d' un corail blémy,
Tantost un sec, puis un humide,
Tantost un prompt, puis un languide
Tantost en Mars, puis en Adon,
Puis en Cipris, puis en Junon,
Tantost en lévres toutes closes,
Quelquesfois à demy décloses
Humant goulument tour a tour
La douce poison de l' amour,
Tantost de sa langue pillarde
Entr' ouvrant la lévre mignarde
Cerchoit d' un baiser picoreur
L' ame et l' amour au fond du coeur,
Puis, si les deux pointes glueuses
De ces deux langues amoureuses
S' entre rencontrent en baisant:
Ô le combat doux et plaisant!
L' une roidit, l' autre tremousse,
L' une pousse, l' autre repousse,
L' une lasche, l' autre tient fort
Et d' un alternatif effort
En sucçant elles s' entretirent
Puis toutes moites se retirent.
Bref je vous livre ce galland


Pour estre bien le plus fringand
Et le plus brusque personnage
Qui jamais fut mis en ouvrage
Au doux attelier de Cypris:
En fin ce cavallier sans prix
Ayant fait en cét équipage
La reverence a double estage,
De mille discours affetez
Aborda ces jeunes beautez,
Et lors de ses mains liberales
J' eus abondance de reales
Pour banqueter splendidement.
Voyla mon premier document
Et le premier college, ou sage
J' appris l' art de maquerellage,
Bel art timbré par l' univers
De mille épithetes divers.
C' est nous qui sommes les oracles
De l' amour et de ses miracles,
Repertoires d' invention,
Registres de production,
Sont-ce pas les dariolettes
Et les messagers d' amourettes
Qui peuplent France de cocus?
Et qui accrochent plus de cus
Que Democrite par ses phantosmes
N' accrocha de menus atomes?
Qui ont tant planté de croissants


Sur les testes des plus puissants?
Qui ont mis en prix les pistoles?
Qui ont tant appris de bricoles
Et de tordions dru-menus
À nos devottes de Venus?
Ô bel estat! Puis que Mercure
Dieu de si gentille nature
Ne dédaigne pas dans les cieux
Estre le maquereau des dieux,
Maquereau fut Jupin encore
Quand à Vulcan ciclope more
Il fit sa Minerve embrasser
Affin de le recompenser
Des foudres forgez en la guerre
Contre les geants de la terre,
Et Phoebus qui fait tant du beau
Fut-il pas encor maquereau
Quand dans les forests d' Ericine
Il trouva Mars et sa Ciprine
Qui faisoient la beste à deux d' os?
Le dieu qu' on adore en Paphos
Ce Cupidon que l' on revere
N' est-il maquereau de sa mere?
Et si la doüillette Venus
Pouvoit voir ses cheveux chenus
Et qu' elle cessast d' estre belle
Seroit-elle pas maquerelle?
Bref, il n' est pas dessous les eaux


Que les peinturez maquereaux
N' esclattent leurs couleurs insignes,
Et qui doubte qu' entre les signes
Ces deux poissons tant lumineux
Ne soient deux maquereaux fameux?
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