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 Jean Auvray(1590-1633) LE MONDE MALADE

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) LE MONDE MALADE   Jean Auvray(1590-1633) LE MONDE MALADE Icon_minitimeVen 13 Jan - 18:19

LE MONDE MALADE

Advertissement au lecteur.
Non plus qu' on permettoit à l' ancien ethnique
S' il n' estoit consacré prestre au temple delphique
D' expliquer d' Apollon les oracles divers:
Si tu n' es fait poëte au temple de la muse,
Ne sonde cét Euripe, et discret ne t' amuze
Au sens anagogic de ces mystiques vers.
Tu resvois Democrite, arpenteur de phantosmes,
Quand du choc hazardeux d' impartibles atomes,
Mon estre essentiel resulter tu faisois,
Car Dieu crea d' un rien le suject pathetique
Avant que luy donner sa forme entelechique
Par l' active vertu de sa divine voix.


Quatres freres germains paisiblement contraires
Tiennent de mes agents les ressorts ordinaires,
Perpetuant ma paix en leurs dissentions,
Et le meslange esgal de leurs substances pures,
Des mixtes singuliers, fait les mixtes natures,
Des especes causant les propagations.
Quand du confus amas, où languissoient encloses
D' un ocieux repos les semences des choses,
La main de l' eternel, eust extraict mon berceau,
Et chaque individu ennobly de sa forme,
L' empireume resté de ce trouble difforme,
Ma tousjours menacé d' un desordre nouveau.
Bien qu' un symbole égal tout corps physic regisse,
Et qu' un cindesme encor deux opposez unisse,
Si l' ordre politiq' tant soit peu se dément,
La remise vertu par l' intense est domptée,
La substance du foible est du fort surmontée,
Et le suppost formel dissoult en un moment.
Un fruict contagieux par transgrez de deffense,
De mon premier bourgeois entoxiqua l' essence,
Le sexe lunatique enseigne tous les mois,
L' homme en foüille en sueur sa pousiere natalle,
Mais afin d' expirer cette offence fatalle,
Le grand serpent d' airain fut pendu sur le bois.


Par ce morceau mortel ma race estant mortelle,
Foiblet je fus sevré de la saincte mamelle,
Qui le laict emmanné de la grace rendoit,
Ainsi pauvre orphelin, vagabond phantastique,
Un regime mauvais me rendit hidropique
Lors qu' un grand cataclisme en mes flancs s' épandoit.
Mais l' oeuvre ombilical, le paracentesique,
Ny l' emissaire faict d' un flameux pirothique
N' ont de ce grand peril sauvé le genre humain,
Apres quarante jours celuy qui m' a sçeu faire,
Esteignant dans mes eaux le feu de sa colere:
Changea son ire en grace, et ses verges en pain.
Or analogizant les maux de mon enfance
Ceux de ma puberté, de mon adolescence,
Avec ceux que je souffre en ma declinaison,
Il n' y a rien d' esgal mon mal est sans refuge,
Ô grand dieu purgez moy par un second deluge,
Puis que mon podalire est infect du poizon.
Une ethique arrivant à la putredinale
Consume peu à peu ma liqueur radicale,
Mes membres débilite, et ce feu vehement
La substance corrompt de mes humeurs nourrices,
Qui portans en mon coeur les vapeurs de leurs vices,
Mon estat monarchique portent au monument.


Mon coeur, c' est le soleil qui trace sa carriere
Par le quatriéme ciel, afin que sa lumiere
Aux plus opaques corps il donne liberal,
Oeconome prudent qui visite en sa course,
Les colomnes d' Hercul', et la Tamise source
Sans s' esloigner jamais de son poinct vertical.
Mais quoy? Maints autres feux par soif insatiable
Boivent de mon soleil le nectar amiable,
Et luy comme un phinée estant des autres beu,
Pense estancher sa soif d' un emprunté breuvage:
Mais en vain car sa soif n' en croist que d' avantage,
Plus il boit, plus ses feux luy boivent sa vertu.
Deux diverses boissons diversement alterent,
Ces dévorants braziers qui jamais ne temperent
Leur tantalique soif, une esclatte et reluit,
Visqueuse et adherante à la main qui l' attouche,
L' autre est douce à la bourse et salée à la bouche
Que titan chaleureux au mois de may recuit.
Est-ce pas grand pitié? Que l' onde qui ruisselle,
De mes membres grevez (taillant leur hydrocelle,)
Dedans ses aqueducts void ses flots consommer,
Et que tant de vautours, tant de glouttes sangsuës,
Epuisent tellement ces sources incogneuës
Qu' a peine en revient-il une goutte en la mer.


Insalubres liqueurs: non, par metonymies
Je vous veux appeller salutaires mumies,
Car de mon corps seiché le bâme vous naissez:
Catacreze trop large: helas! Plutost vous estes
Un dangereux venin, puis que crever vous faites
Le ventre crapuleux qui en prend par excez.
Ô dieu: mon sens se trouble, où courent ces evantes
Le tyrse entortillé dedans leurs mains sanglantes?
Quel espais tourbillon de centaures je voy?
De polipes encor, qui portent poligames
Cent robbes sur le dos, sacrileges infames
Qui se vont marchandant des tresors de la foy.
Enfans de giezy, qui donnez impudiques
Les joyaux de l' espouse a des circes lubriques,
Flambeaux soubz le boisseau qui n' esclerez qu' a vous,
Excubes aggravez du sommeil des delices,
Pastres qui empestrez dans les gluaux des vices
Delaissez vos troupeaux a la gueulle des loups.
Un siecle est revolu depuis que la semence
D' un poizon alleman par vostre negligence
Pululle dans mes reins, et s' y va desployant:
Le sablon qui jaunit les ondes de Pactole
En devient corrompu, et la sur-face molle
De la Seine aux lon plis fremit en le voyant.


Mais le plaisir de voir ces passageres gruës
Pantagruelizer en leurs testes cornuës
L' oracle d' un Panurge ou d' un Epistemon!
Alte, muse, mon tout, donne trefve à tes plaintes,
Souvent la verité se cache sous les feintes,
Comme Neptanabus sous Jupiter Amon.
Vous donc le corps triple-un de la theurapeutique,
Espluchez de mon mal la cause morbifique,
Repurgez ces humeurs qui troublent ma raison,
Pour conserver le tout extirpez la patrie,
Il faut un fort remede en forte maladie,
Un extréme antidote en extréme poizon.

Le medecin. Licence.
J' ordonne que tu sois sans crainte et sans justice,
Qu' au bourbier de peché paresseux tu croupisse,
Enyvre toy du vin de tes pollutions,
Vy sans religion, opprime l' innocence,
Secouë imperieux toute humaine puissance,
Et cours a toute bride apres tes passions.

Le chirurgien. Cruauté.
Ca que tout l' aliment de tes veines j' espuise,
Que je tranche ta chair, et tes os cauterise,


Tu ne dois esperer de remede à tes maux
Que le fer et le feu la gangrene est formée,
Et le venim montant de ta chair enflamée,
S' est emparé dés-ja des membres principaux.

L' apotiquaire, ignorance.
Pour lenir ta douleur, il faut que je compose
Mille forts laxatifs, et redouble la doze,
Qui raclent tes boyaux et te picquent le flanc,
Si ne profitent point mes drogues anciennes,
Quelque fin charlatan te donnera des siennes
Qui te feront vomir et vuider jusqu' au sang.

Le monde.
Je l' avois bien predit mon mal estre incurable,
Ces foux devroient premier eux-mesmes se guarir
Divers sont leurs conseils mais leur fin est semblable,
Et ne tendent tous trois qu' à me faire mourir.
Ô mon sainct Esculape, à toy seul je m' escrie,
J' implore langoureux les rais de ta bonté,
Car comme tu m' as seul donné l' estre, et la vie,
Seul tu me peux aussi redonner la santé.
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Jean Auvray(1590-1633) LE MONDE MALADE
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