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 Théophile Gautier (1811-1872) NOTRE-DAME II

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James
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Théophile Gautier (1811-1872) NOTRE-DAME II Empty
MessageSujet: Théophile Gautier (1811-1872) NOTRE-DAME II   Théophile Gautier (1811-1872) NOTRE-DAME II Icon_minitimeLun 24 Juin - 20:36

II.


Mais qu'est-ce que cela? lorsque l'on a dans l'ombre
Suivi l'escalier svelte aux spirales sans nombre
    Et qu'on revoit enfin le bleu,
Le vide par-dessus et par-dessous l'abîme,
Une crainte vous prend, un vertige sublime
    A se sentir si près de Dieu!

Ainsi que sous l'oiseau qui s'y perche, une branche
Sous vos pieds qu'elle fuit, la tour frissonne et penche,
Le ciel ivre chancelle et valse autour de vous;
L'abîme ouvre sa gueule, et l'esprit du vertige,
Vous fouettant de son aile en ricanant voltige
Et fait au front des tours trembler les garde-fous,

Les combles anguleux, avec leurs girouettes,
Découpent, en passant, d'étranges silhouettes
    Au fond de votre oeil ébloui,
Et dans le gouffre immense où le corbeau tournoie,
Bête apocalyptique, en se tordant aboie,
    Paris éclatant, inoui!

Oh! le coeur vous en bat, dominer de ce faîte,
Soi, chétif et petit, une ville ainsi faite;
Pouvoir, d'un seul regard, embrasser ce grand tout,
Debout, là-haut, plus près du ciel que de la terre,
Comme l'aigle planant, voir au sein du cratère,
Loin, bien loin, la fumée et la lave qui bout!

De la rampe, où le vent, par les trèfles arabes,
En se jouant, redit les dernières syllabes
    De l'hosanna du séraphin;
Voir s'agiter là-bas, parmi les brumes vagues,
Cette mer de maisons dont les toits sont les vagues;
    L'entendre murmurer sans fin;

Que c'est grand! que c'est beau! les frêles cheminées,
De leurs turbans fumeux en tout temps couronnées,
Sur le ciel de safran tracent leurs profils noirs,
Et la lumière oblique, aux arêtes hardies,
Jetant de tous côtés de riches incendies
Dans la moire du fleuve enchâsse cent miroirs.

Comme en un bal joyeux, un sein de jeune fille,
Aux lueurs des flambeaux s'illumine et scintille
    Sous les bijoux et les atours;
Aux lueurs du couchant, l'eau s'allume, et la Seine
Berce plus de joyaux, certes, que jamais reine
    N'en porte à son col les grands jours.

Des aiguilles, des tours, des coupoles, des dômes
Dont les fronts ardoisés luisent comme des heaumes,
Des murs écartelés d'ombre et de clair, des toits
De toutes les couleurs, des résilles de rues,
Des palais étouffés, où, comme des verrues,
S'accrochent des étaux et des bouges étroits!

Ici, là, devant vous, derrière, à droite, à gauche,
Des maisons! des maisons! le soir vous en ébauche
    Cent mille avec un trait de feu!
Sous le même horizon, Tyr, Babylone et Rome,
Prodigieux amas, chaos fait de main d'homme,
    Qu'on pourrait croire fait par Dieu!

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