PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885) Les dix-Neuf

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Inaya
Plume d'Eau
Inaya

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Victor HUGO (1802-1885) Les dix-Neuf  Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Les dix-Neuf    Victor HUGO (1802-1885) Les dix-Neuf  Icon_minitimeJeu 29 Sep - 22:33

LES DIX-NEUF

Le jour est loin encor, pas un rayon n'effleure
L'orient froid et noir, mais on devance l'heure.

Les juges, dont l'orgueil est d'aller lentement,
Montent au tribunal d'un air calme et dormant.
Le grand-prêtre en souliers, les prêtres en sandales,
Marchent tous à la file et traversent les dalles.
Chacun d'eux a son nom sur sa chaise gravé.
Le Gabbatha, qu'on nomme aussi le Haut-Pavé,
Est le palais lugubre où le tribunal siège.

Devant la porte, un vase, où sur l'eau flotte un liège,
Semble dire au passant, qui songe avec effroi :
L'eau c'est le peuple, et rien ne submerge la loi.

Le sanhédrin, sous qui la Judée est courbée,
Ebauché par Moïse, accru par Macchabée,
Depuis qu'il a subi l'arrogant examen
Du préteur Gabinus, oeil du sénat romain,
Se réfugie, ainsi qu'une orfraie effarée,
Dans une sorte d'ombre inquiète et sacrée;
Jadis le peuple vil qui fourmille au soleil
Parfois apercevait cet austère appareil
Que la loi triste emplit de sa vague colère,
Les tables, les gradins, la chambre circulaire,
Les docteurs dans leur chaire assis sur les hauteurs,
Les scribes dans leur stalle aux genoux des docteurs,
Et l'essaim des enfants aux robes incarnates,
Les lévites, épars à terre sur les nattes;
Maintenant tout est clos. C'est loin de tous les yeux
Que le Prince s'assied, spectre mystérieux,
Ayant le Père à droite, ayant le Sage à gauche;
C'est dans l'obscurité qu'on laboure et qu'on fauche;
Rome pouvant entendre, on cache les débats;
Le sanhédrin se mure et la loi parle bas.

Donc depuis Gabinus, ce sénat de prière
Qui s'assemble au lieu dit le Conclave de Pierre,
Ce sanhédrin qui fait une haie à la loi,
Qui seul sait le comment et seul dit le pourquoi,
Pour punir le blasphème a commis dix-neuf juges.
Ces dix-neuf, devant qui l'impie est sans refuges,
Comme Dieu sur l'Horeb sont sur le Gabbatha.

La salle est large et haute. Oliab la sculpta.
La nuit ne sort jamais de ce lieu sans fenêtres.
Une lampe suffit au front blême des prêtres.
Dix-neuf chaises de cèdre, au fond du cintre obscur,
Mêlent leur double étage aux ténèbres du mur;
On sent que là, vertu, crime, innocence et vice,
Tremblent devant cette ombre humaine, la justice.

La poussière des ans, près du plafond, ternit
Un chérubin ouvrant six ailes de granit.

Les taffilins, nommés par les grecs phylactères,
Couvrent la voûte; à l'or de leurs saints caractères,
Textes brumeux épars sur des plaques de fer,
La lampe par instant arrache un vague éclair.

Les juges, les voici : huit scribes, tête nue;
Quatre docteurs qu'emplit la science inconnue,
Ceints du taled, l'esprit hors du monde réel;
Et, mêlés aux docteurs, sept anciens d'Israël,
Vêtus de blanc, pensifs sous leurs turbans à mitres.

Sabaoth luit dans l'oeil de ces sombres arbitres.

En montant à sa place, ainsi qu'Aaron faisait,
Chaque juge récite à voix haute un verset;
On dirait que la loi farouche les enivre.

Le sciamas tient les clefs; le cazan tient le livre.

L'oeil fixé sur le texte écrit par David roi,
Les deux hommes nommés les Epoux de la Loi
Lisent, en alternant d'une grave manière,
L'un la première page et l'autre la dernière.

La lampe a quatre bras comme celle d'Endor.

Un degré de sithim étoilé de clous d'or
Exhausse un large trône en ivoire où préside
Caïphe destiné dans l'ombre au suicide.
Ses souliers sont de pourpre et sa robe est de lin;
Autour de chaque bras il porte un taffilin
Où l'on peut lire un vers résumant la doctrine;
Et le rational qu'il a sur la poitrine
Mêle à la majesté de ses sacrés habits
Tous les noms des tribus gravés sur des rubis;
Le grand-prêtre est assis, fatal comme un prophète;
Et l'on voit remuer vaguement sur sa tête,
Comme au vent de la nuit brille et tremble un fanal,
La tiare, clarté du sombre tribunal.

La rumeur des versets qu'on récite s'apaise;
On se tait; chaque juge est assis dans sa chaise.

Christ est debout devant ces hommes ténébreux;
Son oeil inépuisable en rayons luit sur eux.
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Victor HUGO (1802-1885) Les dix-Neuf
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