PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885)Lachose jugée

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Inaya
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Inaya

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Victor HUGO (1802-1885)Lachose jugée Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885)Lachose jugée   Victor HUGO (1802-1885)Lachose jugée Icon_minitimeJeu 29 Sep - 22:34

LACHOSE JUGÉE

L'huissier du dogme dit : - Silence! on délibère.
Gloire au Dieu saint! et gloire à l'empereur Tibère!

Rosmophim parle. Il dit : - « L'homme que vous voyez
« Rit des lois et des saints par Dieu même envoyés;
« Il se croit plus grand qu'eux et se prétend Messie.
« Il se dit Roi des Juifs. Il ment. L'arche est noircie,
« O Prêtres, par la nuit qui sort de ses discours.
« Cet homme doit mourir. Nos pères ont toujours
« Fait creuser des tombeaux par la loi violée.

Josaphat crie : - « A mort l'homme de Galilée!

« - Observons la loi, dit Achias de Membré.
« Il faut que par le prêtre au prince il soit livré,
« Et qu'Hérode l'envoie à Pilate. A quoi servent
« Des lois que ni le roi ni le juge n'observent?

Joseph de Ramatha dit : « L'homme est innocent. »

« - L'exil, dit Potiphar.

- Non, dit Samech, du sang! »

Et Nicodemus dit: - « Il faut d'abord qu'on prouve.

« - D'abord, répond Teras, qu'on le tue! et qu'on trouve,
« Demain, puisque cet homme a dit : nous sommes trois;
« Deux voleurs pour l'aller compléter sur la croix;

« - Qu'il meure, dit Riphar, dans les formes prescrites. »

Gamaliel se lève. Il est le chef des rites;
Et ce maître inflexible a vu le premier vol
Du jeune aigle effrayant qui plus tard fut saint Paul.
Il parle, l'oeil au ciel : - « L'indulgence est un leurre.
« Juste ou non, attaquant les lois, il faut qu'il meure.

« - Non, réplique Joram, j'absous! Je pense, moi,
« Que les arrêts trop durs font mal vivre la loi;
« Il sied qu'à l'accusé le juge compatisse;
« Sur la sévérité des juges la justice
« Pleure comme l'enfant sut le pain noir qu'il mord.

« - Ce langage est payen, dit Saréas. La mort.

« - Mort! dit Elieris; il prêche le ravage.

« - Mort! répète Diras; il combat l'esclavage.

Et Sabinti s'indigne au nom du sanhédrin;
Il atteste le vase aux douze boeufs d'airain,
Et crie : « - A mort! qu'il meure! ou l'arche est abattue! »

Simon, qui fut plus tard lépreux, dit : « - Qu'on le tue. »

Le sénateur Mesa se lève après Simon :
« - S'il dit vrai, c'est un dieu; s'il ment, c'est un démon.
« Donc il faut qu'on l'adore ou bien qu'on l'extermine.

« - Dieu, dit Ptoloméus, peut avoir sa vermine.

Et Rabam jette un cri dans la rumeur perdu :
« - Ne le condamnez pas sans l'avoir entendu! »

La sagesse commence et finit au pontife;
Tout arrêt doit venir du grand-prêtre.

Caïphe
Se lève le dernier, la double corne au front;
Dressant cette tiare où toujours brilleront
Les deux rayons du chef de la terre promise,
Sombre, et plus ressemblant à Satan qu'à Moïse,
Il dit :

« - Mieux vaut la mort d'un homme que la mort
« D'un peuple, et du viol des lois le gibet sort;
« Il faut punir. Sinon, malheur! Quiconque hésite
« Est une âme de nuit que le démon visite;
« Le juge indulgent suit le crime comme un chien;
« Celui qui ne sait pas ces choses ne sait rien.

Puis, à demi tourné vers Jésus, il ajoute :

« - Sa voix fera peut-être écrouler cette voûte.
« Pourtant, parle. Est-il vrai que tu te sois vanté
« D'être le fils de Dieu saint dans l'éternité?

Christ répondit : - C'est vous, ô prêtre, qui le dites.

Et, comme on pouvait voir confusément écrites
Des sentences au mur que le temps effaçait,
Calme, il montrait du doigt aux juges ce verset :

« Le sage adore Dieu. Quiconque est esprit, l'aime.
« Le soleil n'est nié dans la sphère suprême
« Ni par l'astre Allioth, ni par l'étoile Algol.
« Quand Dieu luit, refuser de croire, c'est un vol.
« Celui qui nie est fils de celui qui dérobe. »

Caïphe dit : Blasphème! et déchira sa robe,
Quoique cela lui fût défendu par la loi.
Et, pâle, il s'écria :

« - Paix à quiconque a foi!
« Moi, Caïphe, courbé sous le Seigneur, je pense
« Qu'on doit au mal la peine, au bien la récompense,
« Et qu'il faut éclairer ceux qu'un fourbe a déçus,
« Et je condamne à mort l'homme appelé Jésus. »

Un prêtre casse en deux une baguette noire.

Caïphe se rassied sur son trône d'ivoire.

On emmène Jésus.

Les juges restent seuls;
Leurs robes dans la nuit paraissent des linceuls;
Tous font silence autour de Caïphe en prière.

XIV
LA FIDELITE DU MEILLEUR

Une servante vint dans la cour et vit Pierre
Qui se chauffait, ouvrant ses mains devant le feu :

- Vous étiez, lui dit-elle, un des gens de ce dieu,
De ce Jésus, car c'est le nom dont on le nomme.

- Et Pierre répondit : - Femme, quel est cet homme?
Je ne le connais point.

Alors le coq chanta.

Cependant les bourreaux, au haut du Golgotha,
Creusaient la terre afin d'y planter la potence.

Dans la cour du grand-prêtre et parmi l'assistance,
Pierre pensait.

Quelqu'un tout à coup l'appela
Et cria : - Vous étiez avec cet homme-là.

Pierre dit : - Je ne sais ce que vous voulez dire.

Une femme, un moment après, se prit à rire,
Disant : - Vous connaissez l'homme qu'on juge ici.
Car vous êtes venu de Galilée aussi.

Sur quoi Pierre jura d'une exécrable sorte :
- Non! je n'ai jamais vu cet homme!

Sur la porte
Le coq chanta.

La nuit couvrait les noirs chemins.

Pierre, se souvenant, prit son front dans ses mains
Et se mit à pleurer amèrement dans l'ombre.
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