PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885) Mais je me vengerai sur son humanité

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Inaya
Plume d'Eau
Inaya

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Victor HUGO (1802-1885) Mais je me vengerai sur son humanité Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Mais je me vengerai sur son humanité   Victor HUGO (1802-1885) Mais je me vengerai sur son humanité Icon_minitimeJeu 29 Sep - 22:43

Mais je me vengerai sur son humanité,
Sur l'homme qu'il créa, sur Adam et sur Eve,
Sur l'âme qui sourit, sur le jour qui se lève,
Sur toi, l'astre! sur toi, l'aile! sur toi, la fleur!
Sur la vierge, et la mère, et sur l'enfant! Malheur!
Je défigurerai la face universelle.
Serpent, je secouerai dans l'ombre ma crécelle.
J'inventerai des dieux : Moloch, Vishnou, Baal.
Je prendrai le réel pour briser l'idéal,
Les pierres des édens pour bâtir les sodomes.
A travers les rameaux de la forêt des hommes
On verra mes yeux luire, et l'on dira : c'est lui.
Plus effaré du mal que du bien ébloui,
Le sage doutera de Dieu. Je mordrai l'âme.
J'enlaidirai l'amour dans le coeur de la femme.
Je mêlerai ma cendre à ces charbons éteints.
Et, mauvais, je rirai, rayant tous leurs instincts
Et toutes leurs vertus de l'ongle de mes ailes.
Je serai si hideux que toutes les prunelles
Auront je ne sais quoi de sombre; et les méchants
Et les pervers croîtront comme l'herbe des champs,
Le fils, devant le juge aux lèvres indignées,
Apparaîtra, tenant dans ses mains des poignées
De cheveux blancs du père égorgé. Je dirai
Au pauvre : vole; au riche : opprime. Je ferai
Jeter le nouveau-né par la mère aux latrines.
Tremble, ô Dieu! J'ouvrirai de mes mains leurs poitrines,
J'arracherai, fumant, et je tordrai leur coeur,
Et j'en exprimerai tous les crimes, l'horreur,
La trahison, le meurtre, Achab, Tibère, Atrée,
Sur ta création rayonnante et sacrée!
Tu seras Providence et moi Fatalité.
J'ai fait mieux que la Haine; ô vide! ô cécité!
J'ai fait l'Envie. En vain ce Dieu bon multiplie
Ces colosses dont l'âme est de rayons remplie,
Le génie et l'amour et l'héroïsme; moi
Par la négation je fais ronger la foi;
Je suis Zoïle; autour des Socrates j'excite
Anitus, et je mets sur Achille Thersite,
Et tout pleure, et j'égale, à force de venins,
A l'éclat des géants le gonflement des nains.
La matière a mon signe au front. Je la querelle.
J'effare l'eau sans fond sous des gouffres de grêle.
Je contrains l'océan, que Dieu tient sous sa loi,
Et la terre, à créer du chaos avec moi,
Je fais de la laideur énorme avec leur force,
Un monstre avec l'écume, un monstre avec l'écorce,
Sur terre Béhémoth, Léviathan sur mer.
Je complète partout le chaos par l'enfer,
La bête par l'idole, et les rats, les belettes,
La torpille, l'hyène acharnée aux squelettes,
La bave du crapaud, la dent du caïman,
Par le bonze, l'obi, le fakir et l'iman.
Dieu passe dans le coeur des hommes, j'y séjourne.
Sa roue avec un bruit sidéral roule et tourne,
Mais c'est mon grain lugubre et sanglant qu'elle moud;
Jéhovah reculant sent aujourd'hui partout
Une création de Satan sous la sienne;
Son feu ne peut briller sans que mon souffle vienne.
Il est le char; je suis l'ornière. Nous croisons
Nos forces; et j'emploie aux pestes, aux poisons,
Aux monstres, aux déserts, son pur soleil candide;
C'est Dieu qui fait le front, moi qui creuse la ride;
Il est dans le prophète et moi dans les devins.
Guerre et deuil! je lui prends tous ses glaives divins,
Le glaive d'air, le vent, le glaive d'eau, la pluie,
L'épée éclair, stupeur de la terre éblouie,
Je m'en sers pour mon oeuvre; et la nature a peur.
A mon haleine une hydre éclôt dans la vapeur,
Et la goutte d'eau tombe en déluge agrandie;
Avec le doux foyer qui chauffe, j'incendie;
Je fais du miel le fiel, je fais l'écueil du port;
Dieu bénit le meilleur, je sacre le plus fort;
Dieu fait les radieux, je fais les sanguinaires.
Oui, pour broyer ses fils je prendrai ses tonnerres!
Oui, je me dresserai de toute ma hauteur!
Je veux dans ce qu'il fait tuer ce créateur,
Je veux le torturer dans son oeuvre, et l'entendre
Râler dans la justice et la pudeur à vendre,
Dans les champs que la guerre accable de ses bonds,
Dans les peuples livrés aux princes; dans les bons
Et dans les saints, dans l'âme humaine tout entière!
Je veux qu'il se débatte, esprit, sous la matière;
Qu'il saigne dans le juste assassiné; je veux
Qu'il se torde, couvert de prêtres monstrueux,
Qu'il pleure, bâillonné par les idolâtries;
Je veux que des lys morts et des roses flétries,
Du cygne sous le bec des vautours frémissant,
Des beautés, des vertus, de toutes parts, son sang,
Son propre sang divin sur lui coule et l'inonde.
Voyez, regardez, Cieux! L'échafaud, c'est le monde,
Je suis le bourreau sombre, et j'exécute Dieu.
Dieu mourra. Grâce à moi, les chars sous leur essieu,
Les rois sous leur pouvoir, les aigles sous leurs griffes,
Les dogmes ténébreux et noirs, sous leurs pontifes,
Tout ce qui sur la terre à cette heure est debout,
Même les innocents sous leurs pieds, ont partout
Quelque chose de Dieu que dans l'ombre ils écrasent.
Mes flamboiements rampant sous l'univers, l'embrasent.
Je suis le mal; je suis la nuit; je suis l'effroi.
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