PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885) La goule Isis-Lilith cria dans cette fosse

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Inaya
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Inaya

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MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) La goule Isis-Lilith cria dans cette fosse   Victor HUGO (1802-1885) La goule Isis-Lilith cria dans cette fosse Icon_minitimeJeu 29 Sep - 22:52

La goule Isis-Lilith cria dans cette fosse :

- « Sois content. Tout périt. » (Oh; toute langue est fausse
Comment rendre ces cris de spectre en mots humains?)
« Père, ce qu'une fois j'ai saisi dans mes mains,
« Moi, la Fatalité, jamais je ne le lâche.
« L'airain, le bois, la pierre, ont accompli leur tâche;
« L'airain s'est fait soldat, roi, prince, chevalier,
« Et le bois s'est fait juge et la pierre geôlier;
« Caïn a reparu sous trois formes, le glaive,
« Le gibet, la prison; et Babel se relève;
« Le sang coule, Jésus est mort, l'enfer prévaut;
« L'échafaud monstrueux du monde est le pivot;
« Tout croule; et dans le sang humain l'homme se lave;
« La guerre le fait brute et la prison esclave;
« L'homme subit le joug en sortant du combat;
« Et, tigre dans le cirque, est âne sous le bât.
« Sois content. Tout est fauve, impitoyable et triste.
« Tu règnes. Cependant un obstacle résiste;
« Dans cette fourmilière obscure un peuple luit;
« Il est le verbe, il est la voix, il est le bruit;
« Il agite au-dessus de la terre une flamme;
« Ce peuple étrange est plus qu'un peuple, c'est une âme;
« Ce peuple est l'Homme même; il brave avec dédain
« L'enfer, et, dans la nuit, cherche à tâtons l'Eden;
« Ce peuple, c'est Adam; mais Adam qui se venge,
« Adam ayant volé le glaive ardent de l'ange,
« Et chassant devant lui la Nuit et le Trépas;
« Il va; tous les progrès sont faits avec ses pas;
« Pas de haute action que ses mains ne consomment;
« Les autres nations l'admirent, et le nomment
« FRANCE, et ce nom combat dans l'ombre contre nous.
« Cette France est l'amour et la joie en courroux,
« C'est le bien qui rugit, l'idéal qui s'irrite;
« Tous nos prêtres, docteur qui ment, juge hypocrite,
« Faux juges, faux savants déformant les esprits,
« Nagent dans le crachat de son large mépris;
« Elle est volcan, torrent, flot, lave; elle bouillonne;
« Fière, elle a plus qu'Athène et plus que Babylone,
« Elle a Paris, la Ville univers, pour cerveau;
« Sur l'horizon humain, vaste, orageux, nouveau,
« Elle souffle la vie ainsi qu'une tempête.
« Mais écoute, ce peuple est vaincu : sur sa tête
« J'ai mis le joug; il est l'aube, je suis la fin.
« La pierre dont Abel fut frappé par Caïn,
« Gisait dans le sang, noire, inexorable, athée;
« Tu l'en souviens, je l'ai ramassée et jetée
« Près de la Seine, ainsi qu'une graine en un champ;
« Ton haleine, perçant le globe, et la touchant,
« L'a fait croître et grandir jusqu'au ciel, tour affreuse;
« Cette tour en cachots innombrables se creuse;
« Les rois en font leur antre; elle écrase Paris;
« Elle éteint sa lumière, elle étouffe ses cris;
« C'est là que toute chaîne aboutit et commence;
« Elle est le cadenas de l'esclavage immense;
« Elle est la glace au front de la France qui bout;
« Elle est la tombe; et l'ombre avec elle est debout.
« Elle garde en ses flancs le billot et la roue;
« Cette tour est la geôle où le vieux dogme écroue
« L'âme et la vie, et met l'esprit humain aux fers;
« Car Paris bâillonné fait muet l'univers;
« La prison de la France est le cachot du monde.
« Maintenant, c'est fini, tout râle et rien ne gronde;
« Ris, Satan. Plus que toi les hommes sont proscrits;
« La Bastille, implacable et dure, est sur Paris
« Comme l'épée avec la croix, sur les deux Romes.
« Puisque tous deux, moi spectre et toi démon, nous sommes
« Les damnés, sans repos, sans sommeil; les témoins;
« Puisque nous ne pouvons dormir, ayons du moins
« La joie âcre du mal dans notre fièvre horrible;
« A travers ton plafond comme à travers un crible,
« Toi, souffle la fureur aux hommes malheureux,
« Et moi je secouerai le suaire sur eux.
« Oui, ta vengeance étreint le monde, et le ravage.
« Dans ces trois cercles noirs, Haine, Meurtre, Esclavage,
« Le morne enfer tient l'homme à jamais enfermé.
« Un brouillard, d'ignorance et de douleur formé,
« Envahit lentement la terre comme une onde.
« O grand désespéré, dans ta tombe profonde,
« Sois content. Nuit, terreur, mort. Eclipse de Dieu.

Et le spectre, penchant ses prunelles de feu,
Regardant l'épaisseur qu'aucun frisson n'anime,
Attendit la réponse énorme de l'abîme.

Mais rien ne remua. Rien ne semblait vivant.

Le fantôme étonné regarda plus avant.

- Es-tu là? cria-t-il.

L'ombre resta muette.

Soudain la colossale et sombre silhouette
De l'ange monstre en qui le ciel s'évanouit,
Apparut, surnageant sur le flot de la nuit.

Sur son front formidable une molle fumée
Flottait, et sa paupière horrible était fermée.

O Prodige; Satan venait de s'endormir.

Une commotion de stupeur fit frémir
L'immuable nuée au fond du précipice.

L'antique patient de l'éternel supplice,
Pour souffrir à jamais à jamais rajeuni,
Lui, l'immense oeil de tigre ouvert sur l'infini,
Satan, le mal, l'horreur condensée en génie,
L'anxiété, le guet, la douleur, l'insomnie,
Dormait.

En même temps la terre eut un répit.
La lave folle aux flancs de l'Hékla s'assoupit;
Le fouet oublia l'âne; et l'ours, las de ses courses,
Vint boire avec la biche à la clarté des sources;
La rose parut belle aux dragons éblouis;
L'âme de Marc-Aurèle entra dans saint Louis;
Le plus grand, attendri, se pencha sur le moindre;
Le bonze, croyant voir de la lumière poindre,
Eut peur, chouette, et dit en frémissant : déjà!
La plante, qu'étouffait le roc, se dégagea;
Les mouches, qui pendaient aux toiles d'araignées,
S'envolèrent, de vie et d'aurore baignées;
Le poids se souleva des reins du portefaix;
Le vent s'arrêta court sur les flots stupéfaits,
Et fit grâce, et laissa rentrer la barque au havre;
L'enfant mort, dont la mère embrassait le cadavre,
Rouvrant les yeux, reprit le sein en souriant.

Satan dormait.
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