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 Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix

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Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix  Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix    Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix  Icon_minitimeSam 8 Oct - 18:15

UNE AUTRE VOIX
Ne nous demande pas, ô songeur, qui nous sommes.
S'ils nous entrevoyaient, nous ferions peur aux hommes.
Soit en bien, soit en mal, nous avons conseillé
Quiconque a médité, cherché, pensé, veillé, -
Tous les grands insensés, tous les sages célèbres:
Nous volons d'arbre en arbre aux forêts de ténèbres;
Tout ce que l'homme appelle Énigme, Doute, Mort,
Brume, Silence, Effroi, Hasard, Mystère, Sort,
Est pour nous, sous l'horreur des voûtes éternelles,
Comme un taillis obscur par où passent nos ailes;
Nous sommes les flottants de l'immense azur noir;
Si quelque mage osait essayer de nous voir,
De saisir un de nous, * de compter notre nombre,
Nous nous dissiperions comme des oiseaux d'ombre.

C'est nous que vous nommez démons; homme, tu sens
Sous des souffles confus tes cheveux frémissants,
C'est nous. Nous versons l'ombre aux jours que tu consommes;
Nous jetons des lueurs dans ton-sommeil. Nous sommes
Pris dans l'obscurité comme vous dans la chair.
Nous, sommes les passants -sinistres de l'éclair,

Les méduses du rêve aux robes dénouées,
Les visages d'abîme épars dans les nuées.
Tout ce que vous voyez, nous ne le voyons pas.
Nous ne distinguons point votre terre, vos pas,
Vos faces, d'un soleil invisible inondées,
Mais dans votre cerveau nous voyons vos idées;
Votre pensée est nue à nos regards moqueurs;
Nous voyons le dedans vertigineux des coeurs.
L'haleine de la nuit nous chasse et nous oublie,
Et fait flotter le fil mystérieux qui lie
Vos sciences, vos plans, vos travaux, vos desseins,
Vos efforts, vos projets, vos voeux, à nos essaims.
Nous mêlons notre nuit avec votre ignorance;
Vous appelez cela savoir. La transparence
De l'Être parfois laisse apercevoir nos fronts.
Parfois jusqu'à vos coeurs, la nuit, nous pénétrons,
En rêve, et vous sentez comme une vague étreinte.
Sans cesse des courants d'espérance ou de crainte,
Des flux et des reflux de sentiments divers
Vont, dans les profondeurs de l'espace, à travers
Le vide, l'aquilon, le tombeau, le décombre,
De vous le peuple aveugle à nous le peuple sombre.
L'Inconnu nous tient tous. dans ses mornes filets.
Nous sommes vos échos, vous êtes nos reflets;
Car tout est l'unité. Forme joyeuse ou triste,
Tout se confond dans Tout, et rien à part n'existe,
O vivant! Et sais-tu ce que dit l'abîme? UN.
Sans que vous le sachiez, nous pensons en commun;
Nous tremblons au-dessus de vous, livide armée;
Et de votre feu noir nous sommes la fumée.
Nos formes de la nuit sont le lugubre jeu
Nous allons, nous flottons. -Et toi, tu cherches Dieu?
Hélas!


Qui que tu sois, redoute, au gouffre où tu te plonges,
Le vague coudoiement des vains passants des songes.
-Fuyez d'ici, vivants, dont l'esprit, fléchissant
Sous l'incompréhensible et sous l'éblouissant,
Peut à peine porter le poids d'un évangile.
Ce n'est pas sans danger que des hommes d'argile,

Tremblants quand ils sont las, glacés quand ils sont nus,
Dialoguent dans l'ombre avec des inconnus.

À force de songer, ô pâle solitaire,
Tu sentiras de l'air sous toi; tu perdras terre...
Oh! les souffles! craignez les souffles de la nuit!
Où vous emportent-ils? Ceux qu'un rêve conduit
Deviennent rêve eux-mêmes, et, sans. être coupables,
Tombent dans l'essaim noir des faces impalpables.

C'est alors qu'éperdu, terrible, iu tendras
Les mains comme les morts sous leurs lugubres draps.

Mais à quoi bon? Tout fuit. Un vent qui vous pénètre
Vous roule dans l'espace à jamais... -O deuil! être
Des espèces d'esprits misérables chassés!
Oh! n'entendre jamais ce mot céleste: assez!
Un souffle vous apporte, un souffle vous remmène..
On a, sur ce qu'on garde encor de forme humaine,
D'obscurs attouchements et des passages froids;
Toute l'ombre n'est plus qu'une suite d'effrois;
On sent les longs frissons. des roseaux de l'abîme.
Jamais le jour. -Jamais un rayon qui ranime.
Errer! errer! errer! errer! faire des noe uds
D'ombre, dans l'invisible et le vertigineux!
Monter, tomber, monter, retomber! sort terrible!
Être à jamais l'informe égaré dans l'horrible,
Le contraire du jour, de l'hymne et de l'encens,!
Des témoins de l'énigme, à jamais frémissants
Devant le ténébreux, devant l'inabordable,
Et face à face avec un voile formidable!
Être, en dehors de l'être, en dehors du trépas,
Quelque chose d'affreux qui souffre et ne vit pas!
Être de la clameur dans l'infini semée,
Un vague tourbillon pleurant, une fumée
De larves, de regards, de masques, de rumeurs,
De voix ne pouvant pas même dire: je meurs,
Passant toujours, toujours, toujours, comme un flot sombre,
Sous les arches sans fin du hideux pont de l'ombre!
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Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix
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