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 Victor HUGO (1802-1885) Talaveyra récit de mon père

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Victor HUGO (1802-1885) Talaveyra récit de mon père  Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Talaveyra récit de mon père    Victor HUGO (1802-1885) Talaveyra récit de mon père  Icon_minitimeDim 30 Oct - 18:00

TALAVEYRA
RÉCIT DE MON PÈRE
C'est à Talaveyra de la Reine, en Espagne.
Les anglais, contre qui nous étions en campagne,
Tenaient, en s'appuyant sur un vieux château-fort,
Le coteau du midi, nous le coteau du nord.
Deux versants; un ravin entre les deux armées.
On se battait depuis le matin; les fumées
Monstrueuses que fait un combat furieux
Salissaient le soleil, terrible au fond des cieux;
Et lui, l'astre éternel d'où sort l'aube éphémère,
Vieux, et jeune toujours comme le vieil Homère,
Lui, ce même soleil qu'Achille vit jadis,
Se vengeait; sur nous tous combattants, assourdis
Par le vaste fracas des canons en démence,
Il versait les flots noirs de sa lumière immense,
Il nous aveuglait; sombre, il jetait au milieu
Des tonnerres humains le grand rayon de Dieu.
Il brillait, il régnait; il nous brûlait, sinistre.

Le roi don Charles quatre et Godoji, son ministre,
Nous avaient mis l'armée anglaise sur les bras,
Mais les anglais, qui sont peu faits pour les sierras,
Avaient chaud comme nous. La journée était dure.
Pas un brin d'herbe; au fond du ravin la verdure
De quelques pins d'Alep, espèce de rideau
Laissant voir sous son antre un maigre filet d'eau.
De même que les cils séparent deux paupières,
Ces arbres couvrant l'eau qui courait dans les pierres
Séparaient les deux plans inclinés du vallon.
Or, comme le semeur attaque l'aquilon,
Nous nous heurtions, français contre anglais. Les mitrailles
Pleuvaient, et l'on voyait des crânes, des entrailles,
I, 29 ÉCRIT SUR UN LIVRE DU JEUNE MICHEL NEY
Des ventres entr'ouverts ainsi qu'un fruit vermeil,
Et, sur l'immense mort sanglante, le soléil.
Le sabre, le canon, l'espingole; la pique,
C'est tout simple, on s'y fait; mais avoir le tropique
Sur sa tête, c'est trop. Nous avions soif. Le fer
Et le plomb, c'est la mort; mais la soif, c'est l'enfer.
Le soleil, la sueur, la soif, oh! quelle rage!
Nous n'en faisions pas moins notre implacable ouvrage,
Et l'on se massacrait éperdûment. Partout
Des cadavres, mêlés aux combattants debout,
Gisaient, indifférents déjà comme des marbres.
Tout à coup j'aperçus le ruisseau sous les arbres.
Un espagnol le vit et cria: caramba!
Je descendis vers l'eau, qu'un anglais enjamba;
Un français accourut, puis deux, puis trois, puis quatre;
On se mit à genoux, on cessa de se battre,
Quitte à recommencer; les blessés, à pas lents,
Se traînaient; on trinqua dans les casques sanglants.
-A votre santé! dis-je. ' Ils dirent: A la vôtre! -
Et c'est ainsi qu'on vint boire un peu l'un chez l'autre.

La bataille reprit, sans trêve cette fois,
Affreuse; et nous songions, nous, en pensant aux rois,
Aux empereurs, à tous ces sombres téméraires,
Qu'ils font des ennemis, mais que Dieu fait des frères.
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