PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885) -Les écrivains sont tous plus ou moins des démons.

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Victor HUGO (1802-1885) -Les écrivains sont tous plus ou moins des démons.  Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) -Les écrivains sont tous plus ou moins des démons.    Victor HUGO (1802-1885) -Les écrivains sont tous plus ou moins des démons.  Icon_minitimeLun 31 Oct - 23:57

-Les écrivains sont tous plus ou moins des démons.
Ils veulent nous ôter le Dieu que nous aimons!
Prenez garde à l'enfer! Défiez-vous des livres!
Ainsi parlent,-avec des gestes. de gens ivres,
De pauvres hommes noirs, vaguement égarés,
Qui sont fakirs 'dans l'Inde et parmi nous curés.
Comme ils sont ignorants, ces chers énergumènes!
Plaignons-les: Leur colère aux phrases inhumaines
S'agite dans de l'ombre, et fait. le triste bruit
Du torrent dans la chute et du vent dans la nuit.
Un jour, terrifiant le pâtre et la vachère,
Un de ces bonzes-là pérorait dans sa chaire; ,
Le bon bavard farouche aux longs bras, au sommet
De son bahut, orné d'un pigeon, écumait;
Ce rustre sèmbre; avec l'éloquence patoise
Qui ferait' rire Athène et fait trembler Pontoise,
Secouait sur Satan, Voltaire et le bon sens
Toutes sortes de coups de foudre paysans.
C'était de quoi frémir. Nonotte, plus de Maistre.
C'était la foi sans fin, le dogme à grand orchestre,
Un Sauveur menaçant qui grinçait et suait,
Et Jocrisse venant secourir Bossuet.
Autour de ce hurleur formidable, les branches
Offraient leur ombre amie aux vagues ailes blanches,
Les halliers étaient pleins de la douceur des nids
D'où sortait le rayon des bonheurs infinis;
Les plaines étalaient la vaste paix champêtre;
Ce Dieu, que dans l'église obscurcissait le prêtre
A force de credos et de confiteors,
Le soleil le prouvait tranquillement dehors.
Mon père, doux passant qui m'a conté la chose,
Était 'là. Laissez-moi, car ce nom me repose,
Vous dire que mon père était un sage pur,
Un de ces penseurs vrais qui, dans le monde obscur,
Montrent un front serein même à l'épreuve austère,
Qui cherchent.le.côté rassurant du mystère,
Et se font expliquer, l'énigme du destin :
Par le splendide chant des oiseaux le matin.
Il était souriant toujours, jamais sceptique.
Aucune Bible, aucune illusion d'optique,
Ne troublaient son regard fixé.sur le réel.
Il était confiant dans la beauté du ciel.

Donc le digne curé faisait rage. Et les chênes,
Les ormes, qui sans peur tremblent, grondent sans haines,
Continuaient leur grand murmure dans les bois;
Une confusion de rumeurs et d'abois
S'éteignait dans les champs-et venait de la ville,
Auguste apaisement des clameurs dans l'idylle
Cette conviction que donne aux coeurs l'azur,
Sorte de point d'appui mystérieux et. sûr,
Était partout sensible, et les molles prairies
Exhalaient ces parfums qu'on nomme rêveries;
La clémence éternelle était, visible aux yeux;
Le bon curé semblait d'autant plus furieux;
La foudre au poing, voyant dans Vaugirard Sodome,
Sinistre, il accablait du poids du bon Dieu l'homme;
Il "damnait tout, sans choix, sans trêve, sans répit.

Tout à coup un Gros-Jean quelconque interrompit,
Raillant le prêtre; ainsi parfois Pyrrhon poignarde
Patouillet à travers la blouse campagnarde:
- Si Dieu n'existait-pas? répondez à cela!,

- Il faudrait l'inventer, dit mon père. Voilà,
S'écria le curé, j'en prends à témoin Rome
Et-le Saint-Père, un cri de l'âme! Et le bonhomme
Sut gré du cri de l'âme à mon père, lequel
L'avait. pris dans le diable, édition de Kehl.

3 mars 1877.
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