PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885) Le mal

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Victor HUGO (1802-1885) Le mal Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Le mal   Victor HUGO (1802-1885) Le mal Icon_minitimeMar 1 Nov - 0:10

LE MAL
L'optique.
N'a-t-il pas ses aspects et ses illusions?
Et d'ailleurs pense donc, songeur, aux visions...
Que dans l'ombre, à travers. le verre des lunettes,
Peuvent en s'approchant. se donner deux planètes?
Tu, rencontres.le mal. 'Qui te dit qu'il te suit?
Est-ce que par, hasard 'deux -mondes dans la nuit
Ne peuvent 'point passer l'un à côté de l'autre
Sans troubler l'astronome et dérouter l'apôtre?

Le grand Un, le grand Tout, l'être où Thalès plongeait,
Entrecroise le monde esprit au monde objet,
Et mêle, en l'unité de ses lois inflexibles;
Des orbites moraux aux orbites visibles;
Dans l'idéal ainsi que dans le lumineux
Les phénomènes, noirs ou brillants, font des noeuds;
Il n'est qu'un tisserand, qui ne fait qu'une toile;
La vérité n'est pas moins astre que l'étoile;
Un soleil n'est pas plus centre qu'une vertu.

Donc, représente-toi, songeur des vents battu,
Des ensembles de faits moraux, sombres problèmes
Ayant leur raison d'être et l'ayant en eux-mêmes,
Dans un système au cours des planètes pareil,
Tdurnant autour de Dieu comme autour d'un soleil.
Ô songeur, je dis Dieu; je pourrais dire Centre.
Ils vont, viennent; l'un sort, l'autre accourt, l'autre rentre,
Et l'un pour l'autre ils sont des apparitions.
Tel fait qui sert de base à vos convictions
Et qui chez vous émeut le savant et le sage,
N'est sôuvent qu'un aspect, un fantôme, un passage.

Maintenant, connais-tu la révolution,
Homme, du fait idée et du fait passion?
Connais-tu les réels? connais-tu les possibles?
Toutes les fonctions te sont-elles visibles?
Sais-tu, triste passant dans cette ombre venu,
Tout ce qui tourne autour du pivot inconnu,
Et la totalité de l'ordre' planétaire?
Parce qu'en décrivant son orbe, ton mystère
Arrive à côtoyer dans le cercle fatal
L'autre mystère obscur que tu nommes le mal,
Faut-il pas t'expliquer cette coïncidence?

L'essor plus ou moins lourd dans l'air plus ou moins dense,
L'aigle fait pour l'éther, l'esprit fait pour l'amour,
Ces équilibres-là t'apparaîtront un jour.

Comment de l'idéal le réel est capable;
Comment ce qui vous est caché nous est palpable,
Comment votre visible est invisible à nous;
Comment il est un monde abstrait, terrible et doux,
Que vous ne voyez pas et qui se mêle au vôtre
Ainsi que, branche à branche, un arbre entre dans l'autre;
Comment l'univers lie, en un ordre éternel,
L'engrenage moral au rouage charnel;
Comment aux-faits"vivants qui pleurent, chantent, grondent,
D'autres faitsdans l'idée et l'esprit correspondent;
Comment, sur l'axe unique où tout l'être est construit,
Avèc lé zodiaque éclatant de la nuit,
Tourne le zodiaque effrayant du mystère;
Comment, tout en parlant, l'ombre semble se taire;
Ces faits, tu les pourras peut-être concevoir
Quand tes yeux, agrandis par la mort; pourront voir,
Comme tu vois l'azur aux millions de flammes;
La constellation formidable des.âmes.
Ô douceur, sainte esclave! ô bonté, sainte reine!
Que la bête ait en l'homme un maître respecté!
Que, partout où. la vie est en proie à la peine,
La douceur porte la bonté!
Synthèse,. dit. le ciel... L'homme dit: Analyse.!
Vous dites: -.«Tout végète ou se minéralise.
« Nos pères s'égaraient à force de rêver. » -
C'est en déchiquetant que vous croyez trouver.
La foudre, dont tremblaient le mage et le druide,
Ô savants, à cette heure est pour vous un fluide
Forcé d'être vitreux s'il n'est pas résineux;
L'âme est un gaz; certains animaux l'ont ,en eux.
Hommes, vous disséquez le miracle; vous faites
De la chimie avec le songe des prophètes;
Vous sacrez le creuset Principium et fous;
Acharnés, vous coupez les prodiges profonds,
Insaisissables, sourds, entiers, incorruptibles,
En un tas de petits morceaux imperceptibles;
Pour vous rien n'est réel que le moment.présent;
Science, ton scalpel n'apprend''qu'en détruisant!
Si tu n'étais science;' on te croirait envie.
De la nature, pourpre auguste de la
vie,
Vous faites un -haillon, -ô vivants, un lambeau,
Une loque, un. néant; et le ver du tombeau
Nomme cela manger; vous l'appelez connaître.
Toi, savoir! tu ne peux que décomposer l'être!

Apprenez donc ceci puisque vous apprenez:
Les fluides, d'un souffle invisible entraînés,
Ne savent pas où sont les pôles de la pile.
Qui ne sait pas un mot d'optique? la pupille.
Le chiffre ne sait pas l'algèbre; l'élément
Ne sait pas la science; et l'être est un aimant
Attirant tout à lui sans connaître les formes;
Toutes les forces sont des aveugles énormes;
L'absolu, c'est le fait immobile et total;
L'absolu ne sait pas, nains, votre piédestal,
Larves, vos visions, vos bruits, marionnettes,
Votre fourmillement d'yeux, d'esprits, de lunettes,
Votre oscillation, votre onde, votre flot;
Il ne sait pas si c'est cinq minutes qu'il faut
A la 'lumière, au fond des obscurités bleues,
Pour franchir trente-cinq millions de vos lieues,
Et venir du soleil, braise de l'infini,
A la terre, affreux globe, impur, lépreux, banni,
Roulant dans votre amas d'ombres inférieures,
Ô vivants, et si c'est quinze jours et seize heures
Qu'il faut à l'escargot pour faire un mille anglais.
Le gnomon dont l'ombre erre au front de vos palais,
L'horloge, de vos jours ténébreuse sourdine,
Qui, dans votre néant, stupide, se dandine,
L'aiguille du cadran, lourd cheval hébété,
Qui tourne, puisant l'heure au puits éternité,
Et qui la vide en bruit sur vos têtes fragiles,
Vos éclairs, vos longueurs, vos bronzes, vos argiles,
Le rhythme de vos voix et l'écart de vos pas,
Vos espaces, vos temps, il ne les connaît pas!

Si le plaisir qui dure agonise en souffrance;
Si le nom de Shakspeare, allant de Londre en France,
A mis cent cinquante. ans à-passer le détroit;
Si l'équateur a chaud et si le pôle a froid;
Si quelque Alizuber, lieutenant du prophète,
Traversant les combats comme une sombre fête,
N'en est jamais sorti, sanglant, poudreux, fumant,
Sans recueillir, le soir, sur son noir vêtement,
Cette poussière afin de la mettre. en sa tombe;
Si le Crédit foncier vaut -mieux que le Grand'Combe;
Si Louis, dit le grand, en Flandre a réussi
Par le conseil d'Harcourt ou l'avis de Torcy;
Si Tibère César en sa galère vogue
Et songe; et ce qu'en dit le vent, ce démagogue 80;
Si; - arien;
L'absolu n'en voit rien, l'absolu n'en sait rien,
L'absolu ne sait point qui je suis, qui vous êtes.
Seul, ni bon, ni méchant, au-dessus de nos têtes,
Il a, nous laissant dire assez, peu, trop, beaucoup,
L'impartialité terrible d'être tout.
L'âme, il l'a; l'invisible, il le voit; l'impossible,
Il l'est; ce qu'il comprend, c'est l'incompréhensible.

Si l'absolu pouvait, dans le gouffré où je suis,
Se pencher sous le porche insondable des nuits
Où se meuvent, selon la loi de ces grands antres,
Les globes himineux que vous croyez des centres,
S'il voyait cela, lui, l'oeil providentiel,
Sa stupeur, ce serait ce pauvre petit ciel,
Ce firmament chétif qu'à peine un rayon dore,
Cette bave de feu que vous nommez l'aurore,
Ce soleil clignotant que l'oeil perd dans l'azur
Tant il flotte enfoui sous un brouillard obscur,
Cette ombre, et la lenteur de l'escargot lumière.
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