PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885) Quai de la ferraille

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MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Quai de la ferraille   Victor HUGO (1802-1885) Quai de la ferraille Icon_minitimeSam 26 Nov - 16:56

Nous sommes les sergents recruteurs. Pour la gloire,
Pour l'empire, pour être illustre dans l'histoire,
Il faut des meurtriers au roi; nous en cherchons.
Pour faire nos drapeaux noùs prenons des torchons;
Pour faire des héros nous prenons des canailles.
Nous.rions en ouvrant dans l'ombré nos tenailles;
Qui se fie au sourire est pincé par l'étau.
Le froid, la faim, la soif, sônt des coups de marteau
Qui donnent une forme obscure-aux misérables;
Mais pourvu qu'il leur reste un oeil fier,. de bons râbles,
Des vices, de la rage et des instincts fougueux,
Ils sont notre gibier; nous épluchons les gueux;
Nous trions les gredins; nous passons à nos cribles
Toutes sortes de gens sauvages et terribles;
Les méchants sont les bons; les sanglants sont les beaux.
Ils deviendront vautours, ayant -été corbeaux.
A nous tout ce qui traîne! à nous tout-ce qui passe!
Sa Majesté nous dit: Sergents, faites main basse.
Elle nous livre en bloc le tas des mendiants;
Nous lui rendons des Cids et des Esplandians.
Nous avons carte blanche et pleins pouvoirs pour faire
L'armée horrible ainsi que le roi la préfère; -
Nous enrôlons des loups, des ours, des juifs de choix
Et de bons allemands qui pattent les pourchois;
Nous prenons tin coquin,-faux boiteux, faux aveugle,
Nous l'offrons gentiment à Bellone qui beugle,
Et plus tard il aura, rampant sur les pavés,
La jambe de bois vraie et de vrais yeux crevés.
Nous montrons à qui veut les voir nos -tours fort drôles,
Nos trucs, nos fleurs de lys, parfois sur nos épaules,
Nos façons de tricher aux cartes, nos galons,
Nos plumets, notre sabre. et jamais nds talons. -
Nous régnons; nous dressons nos fières silhouettes,
Étant tous très voleurs et même un peu poëtes.
On nous suit. Si ce n'est de force, c'est de gré.
Que c'est beau, l'épaulette et le colback tigré!
Qui veut de l'or? Venez, manants. Notre escarcelle
S.offre, brille, éblouit le pauvre, et le harcèle.
Quand nous voyons passer des moines, nous louchons
Du côté de ces gars masqués de capuchons;
En fait de va-nu-pieds, nous préférons les carmes;

Pour les guerres, les camps, les clairons, les vacarmes,
Les sacs et les viols, on prend des assassins
Et des larrons, à moins qu'on n'ait des capucins;
Les abbés défroqués sont d'admirables reîtres
Et nos meilleurs bandits sont faits avec des prêtres;
Un casque sied au prêtre aussi bien qu'un turban.

(Une pause.)

Beau sexe, attention! Tambours, battez un ban.
En pêchant ces messieurs les héros en eau trouble,
On sert Mars et Vénus, et nous faisons coup double.
Les dames, grâce à nous, ne manquent point d'amants
Vu que nous fournissons l'état de garnements.
L'enfant Amour, crieur public, annonce et braille
Le départ pour Cythère au quai de la Ferraille;
Cypris, étant déesse et toute nue, aurait
Grand tort de ne point suivre Ajax au cabaret;
Achille a pour Catau des façons très civiles.
Les grenadiers -battez tambours! -ça prend les villes
Et les mentons; c'est gai, féroce et tapageur.
Babet devant Fanfan sent une humble rougeur;
Les belles ont le goût des héros, et le mufle
Hagard d'un scélérat superbe sous le buffle
Fait bâiller tendrement l'hiatus des fichus;
Quand passe un tourbillon de drôles moustachus,
Hurlant, criant, affreux, éclatants, orgiaques,
Un doux soupir émeut les seins élégiaques.
Quels beaux hommes! housard ou pandour, le sabreur
Effroyable, traînant après lui tant d'horreur
Qu'il ferait reculer presque la sombre Hécate,
Charme la plus timide et la plus délicate.
Rose, qui ne voudrait toucher qu'avec son gant
Un honnête homme, prend la griffe d'un brigand,
Et la baise; telle est la femme. Elle décerne
Avec emportement son âme à la caserne;
Elle garde aux bourgeois son petit air bougon.
Toujours la sensitive adora le dragon.
Sur ce, battez, tambours! Ce qui plaît à la bouche
De la blonde aux doux Yeux, c'est le baiser farouche;
La femme se fait faire avec joie un enfant
Par l'homme qui tua, sinistre et triomphant;
Et c'est la volupté de toutes ces colombes
D'ouvrir leurs lits à ceux qui font ouvrir des tombes.

31 mars 1870.
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Victor HUGO (1802-1885) Quai de la ferraille
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