PLUME DE POÉSIES
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
 

 Victor HUGO (1802-1885) Destruction de la colone

Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



Victor HUGO (1802-1885) Destruction de la colone  Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Destruction de la colone    Victor HUGO (1802-1885) Destruction de la colone  Icon_minitimeDim 27 Nov - 22:17

18mAi 1871
DESTRUCTION DE LA COLONNE
ACCEPTATION DU TRAITE PRUSSIEN 161
Quand la géante fut tombée, on approcha.

Si quelque bey d'Égypte, un khédive, un pacha,
Renversait le pilastre impur de Cléopâtre,
Bon à faire un peu d'ombre à midi pour le pâtre,
On dirait: Barbarié 1 et l'on aurait raison.
Or ce trophée était sublime à l'horizon;
Il avait, l'air d'un phare éclairant une rive
Les villes du prodige et du rêve, Ninive,
Memphis que fit Menès, Sarde où régna Cyrus,
Sarepta, qu'emplissaient tant d'hommes disparus,
Jéricho, Palenquè, Sofala, Babylone,
N'avaient rien-. de plus beau que cette âpre' colonne;
Ce cippe triomphal qu'un siècle respecta,
Effaçait l'obélisque altier d'Eléphanta,
La borne de Byzance au fond de l'Hippodrome,
Et le pilier de Thèbe et le pilier de Rome.

Cette colonne était -toute. pleine de voix,
Étant forgée ,avec des canons pris aux rois; -
.On entendait le peuple en ce bronze, bruire;

Et nous n'avions pas, nous, le' droit de la détruire,
Car nos pères l'avaient construite pour nos fils.
Elle représentait, bravant tous les défis,
La révolution de l'Europe, ébauchée
Par leur vertigineuse et vaste chevauchée,
Et l'esprit de Fleurus planant sur Austerlitz,
Et nos drapeaux ayant des rayons dans leurs plis.
En voyant sur la place auguste la spirale
De toute cette gloire énorme et sidérale,
Et ce noir tourbillon de fantômes, tordu,
Fixe et pétrifié sous le vent éperdu,
On songeait. Il semblait que la haute fumée
Sortie en tournoyant de cette fière armée,
N'avait pas, sous le ciel orageux ou serein,
Voulu se dissiper, et. s'était faite airain.

Semblable au moissonneur foulant des gerbes mûres,
Cette colonne avait pour socle un tas d'armures.
Elle offensait les rois et non les nations.
Afin qu'on pût juger les pas que nous faisions,
Elle fixait le point d'où nos pères partirent;
Elle indiquait le lieu d'où les flots se retirent,
Et rattachait. aux jours nouveaux les jours anciens;
Après les grands soldats place aux grands citoyens!
Elle était, dans Paris que le soleil inonde,
Comme un style au milieu de ce cadran du monde,
Et son ombre y: marquait les heures du progrès.

Les rois n'osaient venir la regarder de près.

Hier elle tomba, la grande solitaire.
On a pu mesurer, quand on l'a vue à terre,
Tout ce qu'on peut ôter d'orgueil en un instant
Au siècle le plus sombre et le plus éclatant.

Ceux qui sur ce débris collèrent leur oreille
Entendirent dans l'ombre une rumeur pareille
A l'océan qui parle et se plaint sous les cieux.

Voici ce que disait ce bruit mystérieux:

-Vous vous êtes trompés comme se trompait Rome.
Ce que vous avez pris pour la gloire -d'un homme,
C'est la gloire d'un peuple, et c'est la vôtre, hélas!
Peuple, quels sont mes torts? les trônes en éclats,
L'Europe labourée en tous sens par:-la France,
La bataille achevée en vaste délivrance,
Le moyen-âge mort, les préjugés proscrits.
Que me reprochez-vous? le sang, les pleurs, les cris,
Les deuils, et les trop grands coups d'aile des victoires;
D'être une cime où luit l'éclair dans les nuits noires,
De vivre, et d'attester que vos pères ont mis
Leur âme dans l'airain des canons ennemis.
Mon crime, c'est la lutte altière des épées,
Le choc des escadrons, les cuirasses frappées,
Les échelles au mur, les clairons, les assauts.
Les lions sont haïs par vous les lionceaux;
Votre enfance n'a pu supporter ma vieillesse. -
Soit. Je pars avec Ulm et Wagram.; je vous laisse
Avec Sedan. Adieu. Je gêne. Je m'en. vais.
J'aime encor mieux ma. guerre, hélas, que votre paix.
IV
La grande République a des griffes fatales.
Gare à ceux qui voudraient, sans être les vrais mâles,
Sans être les époux réels et sérieux,
Faire, accepter au fond des bois mystérieux
Leur virilité fausse à la rude femelle!
Pallas demanderait de quoi Davus se mêle;
La géante serait peu tendre au myrmidon
S'il osait essayer un instant d'abandon,
L'ongle altier pourrait bien maltraiter cette nuque;
Ce n'est pas sans danger parfois qu'une perruque,
Eût-elle un aspect fauve et d'âpres épaisseurs,
Prend des airs de crinière aux yeux des connaisseurs;
Je ne conseille pas au sieur Scapiglionè
De faire le lion auprès de la lionne.

Paris, 16 octobre 1871.
Revenir en haut Aller en bas
 
Victor HUGO (1802-1885) Destruction de la colone
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: