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 Victor HUGO (1802-1885) C'était la première soirée

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MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) C'était la première soirée   Victor HUGO (1802-1885) C'était la première soirée Icon_minitimeJeu 29 Déc - 17:27

C'était la première soirée
Du ' mois d'avril.
Je m'en souviens, mon adorée.
T'en souvient-il ?

Nous errions dans la ville immense,
Tous deux, sans bruit,
A l'heure où le repos commence
Avèc la nuit !

Heure calme, charmante, austère,
Où le soir naît !
Dans cet ineffable mystère
Tout rayonnait,

Tout ! l'amour dans tes yeux sans voile,
Fiers, ingénus !
Aux vitres mainte pauvre étoile,
Au ciel Vénus !
DERNIÈRE GERBE
Notre-Dame, parmi les dômes
Des vieux faubourgs,
Dressait comme deux grands fantômes
Ses grandes tours.

La Seine, découpant les ombres
En angles noirs,
Faisait luire sous les ponts sombres
De clairs miroirs.

L'oeil voyait sur la plage amie
Briller ses eaux
Comme une couleuvre endormie
Dans les roseaux.
Et les passants, le long des grèves
Où Fonde fuit,
Étaient vagues comme les rêves
Qu'on a la nuit !

Je te disais : - « Clartés bénies,
Bruits lents et doux,
Dieu met toutes les harmonies
Autour de nous !

Aube qui luit, soir qui flamboie,
Tout a son tour ;
Et j'ai l'âme pleine de joie,
O mon amour !

Que m'importe que la nuit tombe,
Et rende, ô Dieu !
Semblable au plafond d'une tombe
Le beau ciel bleu !

Qué m'importe que Paris dorme,
Ivre d'oubli, '
Dans la brume épaisse et sans forme
Enseveli !

Que m'importe, aux heures nocturnes
Où nous errons,
Les ombres qui versent leurs urnes
Sur tous les fronts,

Et, noyant de' leurs plis funèbres
L'âme et le corps, '
Font les' vivants dans les ténèbres
Pareils aux morts !
C'ÉTAIT LA PREMIÈRE SOIRÉE...
Moi, lorsque tout subit l'empire
Du noir sommeil,
J'ai ton regard,, j'ai ton sourire,
J'ai le soleil ! »

Je te parlais, ma bien-aimée ;
O doux instants !
Ta, main pressait ma main charmée.
Puis, bien longtemps,

Nous nous regardions pleins de flamme,
Silencieux,
Et l'âme répondait à l'âme,
Les yeux aux yeux!

Sous tes cils une larmeobscure
Brillait parfois ;
Puis ta voix parlait, tendre et pure,
Après ma voix,

Comme on entend dans ,la' coupole
Un double écho ;
Comme après un ,oiseau s'envole
Un autre oiseau.

Tu disais : «. Je suis calme et fière,
Je t'aime ! oui ! »
Et je rêvais à ta lumière
Tout, ébloui !
Oh ! ce fut une heure sacrée,
T'en souvient-il?
Que cette première soirée .
Du mois d'avril!.

Tout en disant toutes les choses,
Tous les discours
Qu'on dit dans la.saison des, roses
Et des amours,

Nous allions, contemplant dans l'onde
Et dans l'azur
Cette lune qui jette au monde
Son rayon pur,

Et qui, d'en haut,' sereine comme
Un front dormant,
Regarde le bonheur de l'homme
Si doucement ! ....
DERNIÈRE GERBE
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