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 Victor HUGO (1802-1885) La porte

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Victor HUGO (1802-1885) La porte  Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) La porte    Victor HUGO (1802-1885) La porte  Icon_minitimeJeu 29 Déc - 18:13

La porte
Céda. Je tâtonnai du bout de mon bâton ;
J'entrai ; tout était noir ; à peine pouvait-on
Distinguer, à travers les ombres étouffantes,
Le jour qui des volets rayait les blêmes fentes.
Tout sembla s'éveiller quand la porte bâilla.
Nul' depuis soixante ans n'avait pénétré là.
Les meubles' de santal, de citronnier, d'érable,
Dormaient sous la poussière épaisse et vénérable ;
Les miroirs détamés semblaient sur les dressoirs
Des morceaux de ciels blancs tout piqués de trous noirs,
Et me multipliaient en faces fantastiques
A travers des essaims d'immobiles moustiques ;
Au tremblement d'un pas dans cette ombre perdu,
Le lustre, avec un bruit de squelette pendu,
Au-dessus de ma tête entre-choquait ses prismes ;
Les vieux gonds de la porte avaient des rhumatismes,
Les lampas décloués, aux angles du plafond,
S'éploraient et flottaient tels que les vers les font ;
Les murs étaient tendus de toiles d'araignées ;
Les portraits noirs avaient des mines indignées ;
Tous ces objets tremblaient dans un vague rayon,
Et prenaient par degrés un air de vision
Comme si l'on eût vu bouger et parler presque
Des personnages peints sur quelque sombre fresque ;
Une espèce de vieux, en habit d'Apollon,
Trônait, encadré d'or, au milieu du salon ;
C'était Louis, portant l'auréole qu'agrafe
Au front de tout césar tout historiographe,
Peint à l'âge, où prenant l'ennui pour compagnon,
Le grand roi, devenu Monsieur de Maintenon 26
Gagnant de la perruque et perdant du panache,
Étant encor soleil, était déjà ganache.

Toute la salle avait gardé ce dernier pli,
Lugubre et froid, que fait en s'en allant l'oubli ;
La cheminée était comme un tas de décombres ;
113 J'AIME CES GRANDS ESPRITS... 875
On ne sait quelle horreur 'sortait des fauteuils sombres
Où des spectres semblaient avôir passé"la nuit.
Au fond de ce silence on entendait un bruit
Faible comme le pas des larves sur les cendres:
Des médaillons de dieux, 'd'Hercliles,'.d'Alexandres,
Luisaient parmi des sphinx étrangement groupés ;
Sculptée au dossier d'or des. larges canapés, ,
Cléopâtre montrait dans. leur rondéur princière
Deux seins que modelait vaguement la poussière ;
Et sur la devanture informe des bàhuts
Tityrus devisait avec Meliboéus. ;

J'eus peur, et je sentis comme une sombre lutte ;
Car ces vieilles splendeurs étonnent dans leur chute,
Les figures de l'ombre ont de sinistres yeux,
La ruine est terrible, èt les mornes aïeux
Semblent jeter des cris avec leurs pâles bouches
Dans le délabrement de leurs luxes farouches.
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Victor HUGO (1802-1885) La porte
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