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 Jean Auvray(1590-1633) LES RODOMONTS SOUS LES COURTINES

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) LES RODOMONTS SOUS LES COURTINES   Jean Auvray(1590-1633) LES RODOMONTS SOUS LES COURTINES Icon_minitimeDim 8 Jan - 21:57

LES RODOMONTS SOUS LES COURTINES

Ces fendeurs de nazeaux, ces trasons, ces bravaches,
Qui armez jusqu' aux dents menacent terre et cieux
Aux combats de Cypris ne sont que des gavaches,
L' adolescent amour n' a rien de furieux.


C' est un conte de vieille, un mensonge, une fable,
Que de Mars furibond Cyprine aye pitié,
Si ce cruel baisa ceste deesse affable
Ce fut par violence et non par amitié.
Mars est peint tout armé, l' oeil fier la main sanglante,
Plein de rage et de fiel: au contraire Venus,
Tousjours en bel humeur, douce, humaine, riante,
Les membres potelez, rebondis et tout nuds.
Pour nous que jour et nuict le feu d' amour enflame,
Nous disons qu' il n' est point tombeau plus glorieux
Que le sein pommelé d' une amoureuse dame,
Et que mourir ainsi, c' est vivre avec les dieux.
Tous nuds entre deux draps à l' ombre des courtines
Nous souffrons et faisons souffrir mille trespas,
Et l' ame palpitant sur deux lévres sucrines:
Nous mourons mille fois, et si ne mourons pas.
Soit en force de corps, soit en vigueur de flames,
Soit pour trouver au lict mille blandissements,
Nous sommes les phoenix des amoureuses ames,
Jettant la poudre aux yeux des plus parfaits amants.
Nous sçavons comme il faut aux plaisirs de la couche
Ralumer nos braziers de mille attraicts nouveaux,
Baiser en cent façons le corail d' une bouche,


Et l' enfleure presser de deux globes jumeaux.
Lancer à l' improviste une oeillade lascive,
D' un fantasque mary appaiser le courroux,
Souspirer nos tourmens d' une grace naïfve,
Pocher les yeux d' Argus, et tromper les jaloux.
Dissimuler nos feux, forger mille artifices,
Cacher aux plus rusez les desirs de nos coeurs,
Adorer deux beaux yeux, leur offrir nos services,
Les nommer nos soleils nos roys et nos vainqueurs.
Ou si nous ne pouvons devant ces ames louches
Gemir ouvertement la rigueur de nos coups,
Nos yeux alors faisans l' office de nos bouches
Nos languissans regards parlent assez pour nous.
Nous produisons encor ce miracle en nature,
Qu' un sein de glace brusle au feu de nos doublons,
Si l' herbe ethiopis fait tomber la serrure,
Nostre discours fait cheoir la nymphe aux cours talons.
Aux doux accords d' un luth nostre voix mariee
Porte l' ame à l' oreille ouyr un paradis,
Et dansant, nostre grace au geste appariee
Donneroit de l' amour aux plus chastes Judiths.


Pour rendre de tout poinct une dame contente
Sans le satirion, la pistache, et les oeufs,
Le mol begayement d' une langue qui tente,
Invincibles nous rend au duel amoureux.
Qu' on ne nous blasme point du vice de paresse,
Ce morfondu peché repugne à nos desirs,
Car il n' est tordion, culletis, ny souplesse
Qu' amour ne nous instruise au fort de nos plaisirs.
L' Aretin fut un sot de limiter un nombre
Des postures qu' on tient au manege d' amour,
Si de l' enfer pouvoit ressusciter son ombre
Bien d' autres il verroit pratiquer à la cour.
Mais laissant Jupiter et son beau Ganimede
D' un stupre abominable offencer le soleil,
Pour donner à nos maux un licite remede
Nous humons à longs traicts le nectar d' un bel oeil.
Enragez donc vulcans, tenez maussades ames
Ces amoureux tendrons jour et nuict enserrez,
Vos rigoureux glaçons augmenteront leurs flames,
Et plus serez jaloux, plus cocus vous serez.
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Jean Auvray(1590-1633) LES RODOMONTS SOUS LES COURTINES
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