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 Jean Auvray(1590-1633) LES VERRIERS

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) LES VERRIERS   Jean Auvray(1590-1633) LES VERRIERS Icon_minitimeDim 8 Jan - 21:56

LES VERRIERS



Vous ennemis mortels de la melancholie,
Venerables beuveurs aux fronts enluminez,
Embrassez les verriers de la noble Italie,
Car ils font des pinceaux à vous peindre le nez.
Par ces braves pinceaux nous entendons les verres,
Verres qui parmy nous de grands miracles font,
Par eux nous oublions les malheurs de nos guerres,
Et sans eux bien souvent le dieu Mars se morfond.
Le verre inspire aussi les verves poëtiques,
C' estoit l' aimé joyau du bon Anacreon,
Et beaucoup trouvent plus de fureurs prophetiques,
Au verre de Bacchus qu' au trepié d' Apollon.
Entre les verres pleins l' on fait les mariages,
Les pleiges, les marchez, et les transactions,
Et les hommes vivoient agrestes et sauvages
Quand le verre addoucit leurs rudes actions.


Il donne l' eloquence, il augmente les forces,
Il rechauffe aux vieillards leurs membres engelez,
Il provoque à l' amour, r' allume ses amorces,
Et fait trouver du feu entre deux culs gelez.
Il noye les soucis, il acquitte les debtes,
Il dissoult aisément toutes difficultez,
Il fait voir les pensees des ames plus secrettes,
Et d' un oracle faux tire des veritez.
Si quelque scolarez nous objecte au contraire
Qu' au vin, non pas au verre, appartiennent ces droits,
Nous l' envoyrons teter derechef sa grammaire,
Et de la synedoche apprendre encor les loix.
Aussi comme à Pallas l' olive est consacree,
Le chesne à Jupiter, le laurier à Phoebus,
Les cornes à Vulcan, le myrthe à Cytheree,
Les verres sont aussi consacrez à Bacchus.
Ô gentil joly verre, ô joly gentil verre,
Joly verre gentil, gentil verre joly,
Quel plaisir reçoit on quand la bouche on desserre
Sur ton bord qui distille un nectar cramoisi.
Dans ces grands vazes d' or, despence superfluë,
Le vin n' est si plaisant bien qu' il soit de grand coust,
Il ny peut contenter que le goust, non la veuë,
Mais au verre il contente et la veuë et le goust.
Le haut bois est gaillard, plaisant est la pandore,
Le cithre est argentin, le luth armonieux,
Douce est la harpe aussi, gentille la mandore,
Mais le verre cent fois est plus melodieux.

Le belliqueux soldat n' ayme tant son espee,
Le berger ne va tant son chalumeau prisant,
Le chicaneur sa plume, et l' enfant sa poupée,
Comme va le beuveur son verre cherissant.
Aussi la verrerie a tant de gentillesse
Qu' elle n' est point permise aux vilains roturiers,
Car si tu n' es tout ladre, et pourry de noblesse
Tu ne souffleras point aux moulles des verriers.
Bien est vray qu' une fois quatre nymphes jolies
Que la discretion nous commande celer,
Nous vindrent visiter dedans nos verreries,
Et voulurent chacune un beau verre soufler.
Un impiteux glaçon eust congelé nos ames
Si lors nous eussions peu ces beautez refuser,
Puis les italiens sont amoureux des femmes
Quand ils ne trouvent point à ganimediser.
La plus gaillarde donc commence sans feintise


La premiere à souffler nostre metail fondu,
Et le mettant au moule à l' enflant elle advise
L' arrousoir de nature à sa verge pendu.
Hé! Mon dieu qu' est-ce là (s' escria la pauvrette)
Quand la seconde dit, qu' avez-vous donc ma soeur?
Là, ne faictes point tant de la fille secrette,
Un vivant, bien plus gros, ne vous fait point de peur.
Je veux, mon petit coeur, imiter ton ouvrage,
Verrier, permettez moy que je soufle le mien?
Hé, mon dieu qu' il est beau! Vrayment j' ay l'advantage,
Car le mien est plus gros, et plus long que le sien.
Vous ignorez encor toutes deux la maniere
(dit la troisiéme alors) le mien sera plus beau,
Voyez vous comme il est renfoncé par derriere,
Et comme par devant il renverse la peau.
La derniere n' estant moins que les autres gaye,
Et dont les mouvemens sembloient plus ravisseurs,
Si faut-il qu' en mon rang (ce dit-elle) j' essaye
Si je le pourray faire aussi bien que mes soeurs.
Lors prenant un peu trop de nostre chaude fonte,
La soufle, et puis la verse au fond du moule creux,
Mais souflant à la verge, elle eut un peu de honte
Voyant que son priape estoit plus gros que deux.

Or pour ces instrumens il y eût de la noise,
Le mien est le plus droit, cestuy-là est trop lourd,
Le sien n' est qu' un festu, le tien est une boise,
Cestuy-ci est trop long et cét autre est trop court.
Laissez (ce dismes nous) ce debat, belles dames,
Pour ces engins de verre, il ne vous faut fascher,
Mettez nostre metail dedans vos rouges flames,
Et nous vous apprendrons comme on en fait de chair.
Elles qui ressentoient un semblable martire,
Donneront pour response un sous-ris gracieux,
Et ce qu' honnestement leur bouche n' osoit dire
Ils le firent assez entendre par les yeux.
Alors chacun prit celle ou se jetta sa veuë,
Et qui fut plus sortable a son affection:
Mais d' autant que pour lors la table estoit rompuë,
Nous fismes sur le lict nostre colation.
Le bransle estant finy ces penelopes sages
Pour faire leur retour, remirent leurs colets,
Car avec nos metaux finirent nos ouvrages,
Comme avecques la notte on finit les ballets.
Mais helas il n' est point de plaisir sans tristesse,


Tousjours apres le bien, le mal se fait sentir,
Nous eusmes bon marché de ces douces carresses,
Mais nous en achetons bien cher le repentir.
Nous en avons porté la robbe de mercure,
À peine en nostre bouche est resté une dent,
Si tost n' eusmes passé le destroit de nature
Que nous vismes suri baviere et claquedent.
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Jean Auvray(1590-1633) LES VERRIERS
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