PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
Partagez
 

 Jean Auvray(1590-1633) LES GAUTIERS GARGUILLES

Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



Jean Auvray(1590-1633) LES GAUTIERS GARGUILLES Empty
MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) LES GAUTIERS GARGUILLES   Jean Auvray(1590-1633) LES GAUTIERS GARGUILLES Icon_minitimeMer 11 Jan - 0:54

LES GAUTIERS GARGUILLES



Ces vieux penards dont le babil,
Vous les fendent jusqu' au nombril,
En mauvais jeu font bonne mine,
Et tousjours ont (quoy qu' il en soit)
Comme pincettes de cuisine,
Le bec chaud, et le manche froid.
Mais de ce mal-heur general
Le ciel par un don special
Exemptes ces gautiers garguilles,
Rables triez sur le vollet,
Et plus grands abbateurs de quilles
Que ces mentons à poil follet.
Un bon chien à tousjours bon nez,
Ces jeunes levrons mastinez
Ont l' encoleure un peu trop linge,
Niais est le jeune espervier,
Il n' est bon tour que de vieux singe,
Ny chasse que de vieux limier.
Or si quelque tendron ruzé
Dit que le menton frais-razé
De Gautier Garguille la pique:


Son cul doüillet comme un castor
Il luy monstre, et dit, Angelique,
Voyla vostre amoureux Medor.
Jamais n' eschet d' occasion
Pour exprimer sa passion
Que Gautier Garguille n' empoigne
Car c' est l' artisan mieux appris
Qui fut jamais mis en besongne
Au grand attelier de Cypris.
Aussi au maneige d' amour
Il n' y a saccade ou destour
Dont nous ne baillons tablature,
Et sans chevestre, ou cavesson
Francisque n' a point de monture
Qui nous face perdre l' arçon.
Nous n' avons le discours choisi
D' un Petrarque amoureux transi
Pour cajoller les damoiselles,
Car les premiers complimens faicts
Laissant les parolles femelles
Nous venons aux masles effects.
Tandis qu' on va tant discourant
La bresche se va reparant,
Puis conter les maux qu' on enserre


Ce n' est pas y remedier,
En cour, en amour, et en guerre
Plumez la poule sans crier.
Grotesquement sommes vestus,
Mais nous n' avons moins de vertus
Que ceux qui osent tant despendre,
Et peut estre que dés demain
Beaucoup seront contrains de vendre
Leur clinquant pour avoir du pain.
Quelle plus grand' sottize encor
D' estre habillé de toille d' or
Comme un vieux Comte De L' Enclastre
Pour se ranger sous le drapeau
Des vers qu' un failly poëtastre
Se forge en sa teste de veau?
Que diroit le picquant Botru
Voyant sous un vers malotru
Marcher ces bombances prophanes?
Diroit-il pas à leurs guidons
Ou menez vous paistre ces asnes
Qui sont si friands que chardons?
Tous ces rapetasseurs de vers
Qui empoisonnent l' univers
Ne sont que des stupides buses,


Apollon ne les vid jamais
Et jamais n' eurent d' autres muses
Que les grenoüilles d' un marais.
Taisez vous donc petits broüillons,
Ne trenchez plus des Apollons
Car vos rimes qui sont plus froides
Que la brayette d' un cocu
Feroient venir les hemorroïdes
À qui s' en torcheroit le cu.
Or pour ne rien dire des moeurs
De ces miserables rimeurs
Revenons à Gautier Garguille,
Et le voyons saisi d' amours
Aborder quelque jeune fille
Avec ce fantasque discours.
Si le vilbrequin de vos yeux
N' eust estocadé furieux
Le vieux palletot de mon ame,
Le serrurier de ma douleur
Ne vous ouvriroit pas (madame)
La fauconnerie de mon coeur.
Que j' auray de plaisir un jour,
Quand le fourgon de mon amour
Raclant le four de vos delices,


Le boulanger de mes desirs
Cuira du feu de vos blandices
Le pain de mes menus plaisirs!
Si mon dodrental braquemart
Fourbissoit vostre jacquemart
Tost seroit expiré mon charme,
Et le toxain de mes langueurs,
Ne donneroit jamais l' alarme
Au regiment de vos rigueurs.
Quoy? Faut-il que le tire-fond
De vos vertus culbute au fond
Les casemates de ma vie?
Esclaterez-vous jour et nuict
Du petard de vostre furie
Le tape-cu de mon déduit?
Si tost que sur le pont-levis
De vos beautez, rouler je fis
La machine de ma constance:
Le canonnier des chastetez
Me promit de battre à outrance
Le parapel de vos beautez.
Quoy? Ma Perrine, mon trongnon
Gautier Garguille ton mignon
Fera t' il point cricon criquette?


Ça, foy d' homme, l' humeur m' en prend
Que du hansard de ma brayette
Je mette en deux ton os Bertrand.
Sus donc amour loge un cartier
De mon pilon en son mortier,
Que je trempe en sa lichefrite
Mon lardon: ou petit badin,
Permets qu' au fond de sa marmite
Je face crever mon bondin.
Qu' alaigre en caleçons vestu
La raquette de ma vertu
Bricole au jeu de son merite,
Et que d' un air plein de roideur
Je pousse six coups tout de suitte
Au petit trou de son honneur.
Relançons doncques le goujon
Par le sainct trepié d' Apollon
Si ne distille mon andoüille
Dans son escuelle aux larges bords,
Je mourray comme une citroüille
La semence dedans le corps.
C' est comme il faut faire l' amour
Et non pas pleurer nuict et jour
Au thraistre sein de ces faustines,


Ces lucresses à bas collet
Le maistre rejettent mutines
Et s' abandonnent au valet.
Revenir en haut Aller en bas
 
Jean Auvray(1590-1633) LES GAUTIERS GARGUILLES
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [Giono, Jean] Colline
» Jean d'Aillon
» Jean Monfisse, associé de Guerber
» Gestion des couleurs pas à pas, par Jean Delmas
» Laurent Jean 1906 1995

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: