PLUME DE POÉSIES

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 Jean Auvray(1590-1633) STANCES PANEGIRIQUES

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) STANCES PANEGIRIQUES   Jean Auvray(1590-1633) STANCES PANEGIRIQUES Icon_minitimeVen 13 Jan - 18:21

STANCES PANEGIRIQUES

Stances panegiriques presentées par l' autheur au roy,
Et a la reyne son espouse en leur ville de Blois.
Durant les troubles de l' an 1615.

Quels feux nouvellement allumez dans les cieux,
De leur vive lumiere esbloüissent nos yeux?
C' est Phebus et Phebé les deux lampes du monde,
L' un comme un grand soleil remplit tout de clarté,
Et l' autre semble bien le croissant argenté
Quand la nuict il se mit au beau cristal de l' onde.

Il est vray que Phebus ne reluit que le jour,
Et que Phebé la nuict se pourmeine a son tour,
Mais jour et nuict ces feux reluisent sur nos testes,
Il n' est point d' occident pour ces divins flambeaux,
Et l' amoureux aspect de ces astres jumeaux
Fera naistre le calme au fort de nos tempestes.
Le muable croissant perd souvent sa lueur
Quand du lourd element la palpable noirceur
Jalouse, s' interpose aux deux torches celebres,
Et Phoebus roy des jours éclipse quelquefois
Quand l' opaque rondeur de la mere des mois
Entre luy et nos yeux oppose ses tenebres.
Mais ces phares luysants que je chante en mes vers
Luyront par tous les coins de ce bas univers
Sans rencontrer d' obstacle aux raiz de leur justice,
Feront guerre mortelle aux pythons vicieux,
Et l' immortel soleil de leurs faicts glorieux
N' éclipsera jamais que le monde n' éclipse.
Brave Louys c' est vous que j' appelle un soleil,
Puis qu' entre tous les roys vous estes sans pareil,
Titan ne quitte point l' orniere de son erre,


Vous ne sortez jamais du sentier vertueux,
C' est assez de luy seul pour gouverner les cieux,
C' est assez de vous seul pour gouverner la terre.
S' il ne laisse jamais sommeiller ses chevaux,
Vous ne prenez repos que parmy les travaux,
S' il void tous ses climats, vous toutes vos provinces,
Grands roys soubs qui l' on void les muses prosperer
Bref qui plus justement sçauroit-on comparer
Au prince des flambeaux, que le flambeau des princes?
Belle et royalle fleur du tige de Bourbon,
Race de Sainct Louys, Louys que Dieu tout bon
Nous donne pour fermer à nos larmes la bonde,
Fils aisné de l' eglise, et le pivot des loix,
Tout le monde vous dit le vray soleil des roys
Comme vostre royaume est le soleil du monde.
C' est vous belle Anne aussi que j' appelle un croissant
Il addresse la nuict le fourvoyé passant,
En la nuict de nos maux vostre jour nous recrée,
Hecate on adoroit pour sa grand' chasteté,
Aussi n' est-il permis de voir vostre beauté
Qu' a fin de l' adorer comme chose sacrée.
Ceste deesse porte en escharpe un carquois
Un espieu d' une main, de l' autre un arc turquois,
Laissant le fuseau tordre aux femmes casanieres,


Imitez là (madame) et vous armant pour nous
Laissez pour un precepte aux reines comme vous
Que les femmes des roys doivent estre guerrieres.
Durant que l' avant-chien vomit à gros boüillons,
Ses braziers rotissans sur nos blatiers seillons,
La lune espand dessus les perlettes utiles
D' une fraische rosée: aussi Anne vos yeux,
Font tomber sur la terre une fraischeur des cieux
Durant l' embrazement de nos guerres civiles.
Ô reine excusez moy, si vos divinitez
Me cachent vostre gloire en leur infinitez,
Voudroy-je contenir tout Neptun dans un verre?
Si mon humble bassesse exprimoit vos hauteurs,
Un pygmé porteroit le ciel de vos grandeurs,
Voire j' enfermerois tous les cieux dans la terre.
Quand je voy vos beaux yeux plus clairs que deux soleils,
Vos lévres se border de deux coraulx vermeils,
Les graces frisotter vostre ondoyante tresse,
Les vertus se mirer en vostre front luysant,
Je dy lors que le ciel se trompa vous faisant,
Et qu' au lieu d' une femme il fit une déesse.
Je dirois volontiers que nature à voulu
Monstrer aux dieux jaloux son pouvoir absolu
Et par vos raretez braver leur arrogance:


Mais parlant en chrestien, je dy qu' en verité
Dieu ne vous prodigua jamais tant de beauté
Que pour le seul respect d' estre reine de France.
Avec un si grand roy vos grandeurs marier,
C' estoit à son anneau la pierre apparier,
Louys est sans second, comme vous sans seconde,
Jeune et beau comme vous, tous deux de mesme loy
Si vous estes encor fille d' un puissant roy,
Vous avez espousé le plus grand roy du monde.
Reine mere c' est vous, qui bravant nos mutins,
Nous donnez ce beau couple en despit des destins,
Qui sembloient faire espaule aux vassaux infidelles,
La fin de vos exploicts tesmoigne à vos jaloux
Que vous eustes jadis un magnanime espoux
Qui vous à bien appris à dompter les rebelles.
La France vous en à mille obligations,
Car les flots turbulents de nos dissentions
Nous eussent engloutis sans vostre vigilance,
Quand l' estat en vos mains mist le salut des siens,
Au gouffre de Sylla n' aboyent tant de chiens,
Que de chiens abboyoient le sceptre de la France.
Mais l' ange bien-veillant que le grand roy des roys
Crea pour directeur de l' empire françois,
A par vous estouffé ces intestines flames,


Fait culbuter du ciel ces petits phaëtons,
Percé de mille traits ces superbes pythons,
Et changé nos tombeaux en des epithalames.
Beaux astres venez donc essuyer de nos yeux,
Les pitoyables pleurs et calmer gratieux
Des soldats insolents la tempeste et l' orage,
Trop long-temps ce pays sert de proye aux volleurs,
Et le peuple à desja souffert tant de douleurs,
Qu' a peine pourrez vous le cognoistre au visage.
Maudite ambition que tu cause de mal!
Quel conseil decretté dans l' abisme infernal
Pour reformer l' estat le veut mettre en ruine?
Faut-il nous massacrer afin de nous guarir?
Est-ce la comme il faut nos douleurs secourir
De nous donner la mort pour toute medecine?
Princes, les petits dieux de ce monde mortel,
Sans le maudit conseil du traiste Architofel
Absalon n' eust jamais fait la guerre à son pere,
Et tant d' Achitofels qu' on void auprez de vous,
Ne sont que boutte-feux de vos jeunes courroux,
Et que serpents ingrats qui devore leur mere.
Je parle rondement, trop libre est mon humeur
Pour infame jouër le rôle d' un flateur,
Il ne faut pas tousjours disent ces limes sourdes,


Corner la verité aux oreilles des grands,
Vous mentez imposteurs, c' est a faire aux tirans,
Les princes vertueux ne se paissent de bourbes.
Au dire de Solon, Diogene parloit
Trop hardiment aux roys, Partisatis vouloit
Que de son fils Cyrus l' oreille fut repuë
De paroles de soye, ô pure vanité!
Jamais ne faut couvrir la simple verité,
Ceste blanche deesse est belle toute nuë.
Polipes inconstans, fusils seditieux,
Allumettes de cour, flambeaux contagieux,
Vous cachez le venim dans le coeur de la pomme,
Vous mordez en riant, et succrant le morceau
Vous semblez au boucher qui gratte son pourceau
D' une main, cependant que de l' autre il l' assomme.
L' ocean est à craindre alors qu' il est esmeu,
Le foudre est dangereux, dangereux est le feu,
La peste encore plus: mais le flatteur ressemble
À la peste, et au feu, au foudre et à la mer,
Voire est pire cent fois, car soubs ombre d' aimer,
Il foudroye, occit, brusle et noye tout ensemble.
Grands princes chassez donc ces sordides flateurs,
Bouffons brigue-banquets, ces trasons, ces vanteurs,
Ces esprits de bitum de soulphre et de salpestre,


Fuyez le fray maudit de ces sifflants serpents,
Vous cognoistrez un jour (sages à vos despens)
Que jamais il ne faut se jouër à son maistre.
De grace dites-moy: quand vos dissentions
Mettront la France en proye aux autres nations,
Quel profit pensez-vous tirer de son dommage?
Si nos troubles civils la font couler dans l' eau,
Vous estes embarquez dans le mesme vaisseau,
Aussi perirez-vous par le mesme nauffrage.
Non, tant que sur la mer de nos calamitez,
Ces tintarides feux lanceront leurs clartez,
L' estat ne cinglera que sur des ondes calmes,
La France passera sur le ventre aux mutins,
Et nos lys cultivez par la main des destins
Porteront de l' ombrage aux estrangeres palmes.
Venez doncques grand roy, grande reyne venez
Que de peuples seront aujourd' huy estonnez
De voir tant de beautez, de traits, d' attraits, de flames,
D' honneurs, de majestez, de graces et d' appas!
Mais, faut-il s' estonner si nature icy bas
A fait deux corps si beaux pour deux si belles ames?

La nature pestrit (disoit un ancien)
Les corps du simple peuple, et ses mains peuvent bien
Bastir pour tels esprits des mortels habitacles,
Mais il faut que Dieu mesme avec ses propres doigts
Organise les corps pour les ames des roys
Comme temples sacrez, ou il faict ses miracles.
Et je panche quasi vers ceste authorité
Quand mon oeil ne voit rien sous le plancher voûté
Ou tant de dons qu' en vous la nature respande,
Dons qui taire me font quand j' en ose parler,
Car ce ciel est trop haut, ce soleil est trop clair,
Cét abisme est trop bas, ceste mer est trop grande.
Pour graver Alexandre un Phidias jadis,
Sur le grand mont Athos fit ses desseins hardis:
Sacré germe royal ou toute grace abonde,
Pour peindre vos beautez en leur proportion
Et vos perfections en leur perfection
Il faudroit un tableau plus grand que tout le monde.
Mais nos nouveaux chrestiens, et quelques factieux
Voyans que vos vertus leur donnoient dans les yeux,
Assaillent au berceau vostre sainct mariage
Courage le dompteur des monstres inhumains,
Lié dans son berceau, estrangla de ses mains
Deux venimeux serpens pour son apprentissage.
Il est vray que jamais un plus pesant revers
Ne pouvoit estourdir l' heretique pervers,
Cét hymen luy sera un grand coup de massuë,


L' idole de Dagon fera bien tost le saut,
L' ephyalte à porté sa superbe si haut,
Qu' il s' est faict à la fin assommer dans la nuë.
Si l' on eust consulté ces sepulchres blanchis
La licorne eust flestry la candeur de nos lys,
La Seine eust fait enfler les flots de la Tamise,
Le monstre d' heresie en son lustre eust esté,
La Babel de Nembroth jusqu' au ciel eust monté,
La sinagogue en fin eust gourmandé l' eglise.
C' estoit au philistin assembler Israël,
Agar avec Sarra, Isaac et Ismaël,
La tribu de Juda avec la moabite,
Joindre Jerusalem au mont de Sinay,
Jesus et Belial, Ester avec Vasthy,
Et prendre pour Jacob une femme en Egypte.
Sus donc preste ton bras à tes destins (mon roy)
Jà la belle victoire amoureuse de toy
D' honorables lauriers couronne ta couronne,
Retiens l' occasion luitte contre le temps,
Chacun desire voir les fleurs de ton printemps,
Pour juger la valeur des fruicts de ton automne.
Et n' aprehende point que de tes jeunes bras
Les premiers passe-temps soient les sanglants combats,
Le passe-temps d' un roy n' est beau s' il n' est penible,


Puis il n' est pas requis que tes bras soient si forts,
Ton courage suffit pour forcer tous efforts,
Et le seul nom de roy te peut rendre invincible.
Aussi void-on souvent le jeune lyonneau
Pour essayer sa force affronter un thoreau,
Et l' aigle au premier vol aux dragons faire teste,
Le mont de la vertu est si roide et si haut,
Que qui veut y grimper diligemment luy faut
Commencer au matin pour au soir estre feste.
Qui mit le fils d' Alcmene au rang des immortels?
Qui luy bastit jadis un temple et des autels,
Si non les grands travaux de sa verte jeunesse?
Il se faut de bonne-heure endurcir aux labeurs,
Et jeune ensemencer le terroir des honneurs
Afin d' en moissonner les fruicts à la vieillesse.
Pour quoy tant celebrer d' Hercule les hazards?
Henry ce grand Henry cét invincible Mars,
L' Alcide qui purgea de tous monstres la France,
N' a t' il gravé par tout ses genereux exploicts?
Imite donc Louys cét Hercule françois,
Les exemples d' un pere ont beaucoup de puissance.
Quand son peuple fardoit son visage trompeur
Du plastre de la foy: quel penible labeur
N' eust-il aint que de voir la ligue surmontée?


Si ce qui couste cher on doit bien estimer,
France que ce bon roy te devoit bien aimer
Puis qu' au prix de son sang il t' avoit achetée.
Ses bras n' estoient encor que du jonc nouvelet,
Ses os n' estoient encor que du cotton mollet,
Quand il voulut porter les fardeaux de la guerre,
Ses ennemis dés lors disoient bas en leur coeur
Si desja ses esclairs nous font trembler de peur:
Que fera quelque jour l' esclat de son tonnerre?
Tonnerre qui a fait tout le monde tonner,
Qui ses rebelles fit tant de fois estonner
Qu' ils n' en ozent encor parler en asseurance,
Tonnerre qui n' a point pardonné aux lauriers
Qui cernerent le front des plus braves guerriers,
Tonnerre qui a fait trembler toute la France.
Il n' estoit de ces roys au mois de may trainez
Dedans un chair de fleurs, laissans effeminez
Aux maires du palais les publiques negoces:
Aussi peu sembloit-il ces princes féneants
Qui se monstrent au peuple une fois tous les ans
Puis se font renfermer comme un habit de nopces.
Comme un simple soldat on l' a veu mille fois
Se jetter aux hazards, suer souz le harnois,
Dans les retranchements passer les nuicts entieres,


Si son corps fatigué quelquesfois sommeilloit,
Son grand esprit tousjours sur la France veilloit,
Et ses songes n' estoient qu' entreprises guerrieres.
Mort implacable mort, que ne l' as-tu mis bas,
Quand les champs gemissoient sous ses braves combats,
Quand il fendoit, fondit, foudroyoit aux alarmes,
Faisant des mieux armez le sang par tout jaillir,
Ô que tu n' avois garde alors de l' assaillir
Coüarde, tu tremblois au seul bruit de ses armes.
Pardonnez cher Louys à nos justes clameurs,
Nos maux ne cessent point, cesserons nous les pleurs?
Long temps d' un tel brazier se gardent les flaméches,
Irons nous d' un tel roy la memoire estouffants?
Son sang tombe sur nous, et sur tous nos enfans,
Et ses playes encor nous semblent toutes fréches.
Ne cesse donc jamais France de souspirer,
Noye tes tristes yeux à force de pleurer,
Quand de tes yeux seront les rivieres taries
Fay de ton coeur transi un embrazé fourneau
Pour faire distiler tous membres en eau
Et tirer de ton sang des larmes cramoisies.
Non, arreste tes pleurs legitime françois,
La Parque n' eust jamais de pouvoir sur les roys,
Henry Le Grand revit en sa vivante image


Veux-tu voir bien au vif peintes ses actions,
Contemple son Louys, et ses perfections
Tu diras que l' autheur fut moindre que l' ouvrage.
Dieu nous promet en luy un beau siecle doré,
Les astres, et les cieux l' ont ensemble juré,
Son gentil naturel d' abondant nous l' asseure,
Fortune, a ce bon heur se plaist de consentir,
Quel envieux démon pourroit faire mentir
Dieu, les astres, les cieux, fortune, et la nature?
Tout le monde à les yeux sur ses premiers exploicts,
Rarement en la guerre on peut faillir deux fois,
Le dessein bien fondé rend la chose avancee,
La fin couronne l' oeuvre, il est vray: mais souvent
L' on juge du midy par le soleil levant,
L' oeuvre est faite à demy qui est bien commencee.
Donc pour donner (mon prince) a tes sublimes faits
Un bon commencement, redonne nous la paix,
Où si a nos malheurs la guerre est necessaire,
L' innocent, pour le moins, n' en ressente les coups,
Faut-il que les aigneaux patissent pour les loups
Et que la France soit a la France adversaire?
C' est grand cas qu' en dix ans la France et les françois
N' ont tant souffert de maux qu' ils ont depuis dix mois
Que ces ambitieux ont broüillé ton empire,


Empire que l' on void en danger d' abismer,
Si tes braves nochers ne veulent mieux ramer,
Et toy mesme ne prends le timon du navire.
Comme ce ruineroit tout ce grand univers,
Si haut, si bas, si long, si large, si divers,
Si Dieu le reculoit des yeux de sa prudence:
Tout de mesme mon roy, ce royaume si grand,
Si riche, si peuplé, si beau, si florissant,
Ne se peut maintenir que par ta providence.
Qu' est-ce d' un corps sans chef, d' un monde sans soleil?
D' un geant polipheme à qui l' on creve l' oeil?
D' une nef sans pilote, et d' un colosse informe?
La France est ce grand corps, ce monde, ceste nef,
Ce geant, ce colosse, et toy seul és son chef,
Son soleil, son seul oeil, son pilote, et sa forme.
Tu n' auras pas si tost esteint ces premiers feux,
Que les roys tes voisins se tiendront bien-heureux
D' aplaudir au destin qui tes valeurs seconde,
Le monde que pour toy n' aura plus de lauriers,
Et Dieu favorisant a tes actes guerriers
Pour agrandir ton los agrandira le monde.
Je voy de toutes parts des sceptres apporter
Aux pieds de tes grandeurs, le turc s' espouvanter
Prevoyant que par toy finiront ses conquestes,


Le tartare craindra la fureur de ton bras,
Le grec, le transsilvain: et tes braves soldats
Iront planter la foy parmy les massagettes.
Va donc phoenix des rois, indomptable guerrier,
Du front de la victoire arrache le laurier,
Affronte les destins, gourmande la fortune,
Fay voler la poussiere aux yeux de tes jaloux,
Que ces crapaux crevez du foudre de tes coups
Vomissent a tes pieds le fiel de leur rancune.
Puisse donc ton bon-heur exceder tes souhaits,
Qu' il n' y ait rien au monde au delà de tes faicts,
Que puisse-tu bien tost surmonter tes rebelles,
Maudissent ces ingrats à tes pieds prosternez
Le jour malencontreux qu' ils se sont mutinez
Et baisent en pleurant tes verges paternelles.
L' on dit que Jupiter à deux vaisseaux divers,
L' un d' où coulent les maux sur les hommes pervers,
L' autre, les biens pour ceux qui abhorrent les crimes:
Grand roy, l' un de tes yeux soit tout plein de douceur
Pour tes loyaux subjects, l' autre plein de fureur
Pour ceux qui aigriront ton courroux magnanime.
Ton foudroyant courroux soit un Aethna fumeux
Dans les morts, dans le sang, dans les fers, dans les feux,


Mais lors que tu tiendras la victoire captive,
Si tu veux doublement estre estimé vainqueur,
Il faut que la clemence aye place en ton coeur
Condamnant aux despens la vengeance excessive.
Quand ta gloire sera jusqu' a son dernier poinct,
Qu' un orgueilleux levain ne te boursoufle point,
Beny le dieu de paix au milieu de la guerre
Et reporte à luy seul l' honneur de tes combats,
Plus l' epy est chargé, plus humble il panche bas,
Et le soleil plus haut fait moins d' ombre sur terre.
Sur tout ne permets point tant d' impudents esprits
Ta grandeur blasonner de critiques escrits,
Et blasmer en autruy tes faveurs coustumieres,
Mes braves laissez-là ces momes envieux,
L' esclat de vos vertus leur offusque les yeux,
Ces hybous n' ozeroient regarder vos lumieres.
Ô que d' un orateur est a craindre la voix
Alors qu' il se déborde à medire des rois!
Qu' il s' entre-mesle trop des affaires publiques,
Trenche du politique et donne plus de lieu
Aux maximes d' estat qu' aux preceptes de Dieu,
Et à Machiavel qu' aux loix evangeliques.
Ce rapide torrent émeut les passions,
Tourneboule les sens et les affections,


Des royaumes plus grands ébransle les racines,
Du temple de la paix sape les fondements,
Ravage les citez, abbat les parlements,
Et destruit toutes loix humaines et divines.
Car sans ces gros chrestiens jamais ne fussent veus
Nos champs couverts de morts, nos chasteaux abbatus
Nos temples prophanez, nos loix annichilées,
Nos lys ensanglantez, nos edicts mesprisez,
Nos autels démolis, nos images brisez,
Nos prestres corrompus, nos vierges violées.
Tout le monde sçait bien si je dy verité,
Car si le peuple ingrat au babil affeté
De ces foux, ne se fut jamais laissé corrompre,
L' impudent n' eut jamais armé contre son roy,
Infidelles vassaus, faut-il donner la loy
Aux roys qui font les loix, et qui les peuvent rompre?
La babillarde echo ne redise autre nom
Dans les sombres forests que Louys De Bourbon,
Ce grand nom face enfler la page de l' histoire,
Ce beau nom soit tousjours venerable aux françois,
Grand roy je te promets le graver mille fois
En grosses lettres d' or au temple de memoire.
Ce nom soit formidable à tous tes ennemis
Que les roys estrangers à ta grandeur soubz mis


Viennent comme vassaux baiser ton diadéme,
Tes travaux achevez, face la saincte paix
Son temple de la France, et le monde à jamais
N' aye qu' un dieu, qu' un roy, qu' une foy, qu' un baptesme.
Puis au bout de cent ans, grand roy l' honneur des roys,
Que tu auras regi cent peuples sous tes loix,
Autant aymable en paix que redoutable en guerre,
Si Dieu par nos pechez t' esloigne de nos yeux:
Qu' il te vueille du moins faire roy dans les cieux,
Apres avoir esté si bon roy sur la terre.
Vivez donc cependant heureux coulpe d' amants,
Que les doux feux d' amour dans vos coeurs s' alumants,
Facent naistre un dauphin de vostre chaste couche,
Qu' en naissant il soit mis en la garde des dieux,
Mars se loge en ses bras, Cyprine dans ses yeux,
Minerve dans son chef et Mercure en sa bouche.
Mais cependant (mon roy) que tu arboreras
Tes lys victorieux sur l' eschine d' Atlas,
Et au bords ou Phoebus leve ses belles flames:
Te souvienne tousjours de ta ville de Blois,
Le petit oeil de France, et le sejour des roys,
La terre des guerriers, et le beau ciel des dames.


Car qui void ses aspects, ses jardins precieux,
Ses bois, ses bleds, ses prez, ses vins delicieux,
Son logeable chasteau, ses royalles allées,
Son orgueilleuse Loyre, et ses nymphes encor:
La juge un paradis, où durant l' aage d' or
Les hommes et les dieux faisoient leurs assemblées.
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