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 François Coppée. (1842-1908) I

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François Coppée. (1842-1908) I Empty
MessageSujet: François Coppée. (1842-1908) I   François Coppée. (1842-1908) I Icon_minitimeDim 1 Juil - 17:13

I
LE poète Olivier, cet être chimérique,
Qui, tout en racontant son beau rêve féerique,
A trouvé le moyen de charmer quelquefois
Ce temps d'opéra bouffe et de drame bourgeois,
Par un de ces matins de soleil et de pluie,
Semblables à des pleurs que le sourire essuie
Dans les doux yeux battus des veuves de vingt ans,
Se réveilla, tout triste, en dépit du printemps.
Ce n'était pas qu'il eût, comme homme ou comme artiste,
Le sujet de se plaindre et le droit d'être triste.
Au-contraire, il avait, cet heureux Olivier,
Le plaisir délicat de se voir envier.
Épris de vérité, d'art pur, d'exquis langage,
Il élevait longtemps ses poèmes en cage;
Et, lorsque ces divins oiseaux de paradis
Pour affronter l'azur semblaient assez hardis,
Sur la ville pourtant bien inhospitalière,
Un beau jour, il ouvrait brusquement sa volière;
Et c'était, au palais comme au logis cachés,
A qui recueillerait ces doux oiseaux lâchés.
La vie avait été facile à ce poète.
Une fée, un peu muse, avait, de sa baguette,
Effleuré son berceau, quand il était petit.
Dès ses débuts, son nom vers la gloire partit,
Ainsi qu'un brick léger qu'un bon vent favorise.
La chance lui faisait sans cesse une surprise :
De l'argent, quand sa bourse était vide; un succès,
Alors que du vieux spleen lui revenait l'accès;
Et, quand il était pris d'une vague tendresse
Ou d'un confus désir d'amour, une maîtresse.

Dans les passionnés et gracieux romans
Qui peuplaient son passé de souvenirs charmants,
Les plus humbles faisaient comme les plus altières.
Jadis, quand il rimait des vers sous les gouttières,
Enfant par l'idéal et le rêve maigri,
Déjà, dans son grenier plus d'un bonnet fleuri
Montait pour l'égayer avec sa chansonnette,
S'asseoir sur ses genoux, et faire la dînette.
Un peu plus tard, lorsqu'il se sentit fatigué
Des grisettes qui lui trouvaient l'air distingué
Et qu'il courut un peu le théâtre, une actrice
Se prit pour ses yeux bruns d'un violent caprice
Et mit ses diamants au mont-de-piété
Pour courir avec lui, libre, tout un été,
Et l'adorer, fourmi transformée en cigale,
Dans les bois de Meudon, en robe de percale.
Il fit un livre, et fut connu le lendemain.
- Et dans un hôtel noir du faubourg Saint-Germain,
Sur un lit blasonné, le coude dans la plume,
Une duchesse lut le dangereux volume,
Et l'amour platonique et pur qu'elle rêva
Finit par une intrigue à la Casanova.

Mais dans ces liaisons dont on prévoit le terme,
Il n'avait rencontré qu'un amour d'épiderme
Dans lequel il avait plus donné que reçu,
Et qu'il trouvait parfois, coeur sceptique et déçu,
Pareil au piano de valse et de quadrille,
Décor banal ornant le salon d'une fille,
Et sur lequel, pendant un instant, par hasard,
Un bon musicien vient jouer du Mozart.
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François Coppée. (1842-1908) I
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