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 Honoré Harmand (1883-1952) La mort de l'enfant du siècle

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James
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Honoré Harmand (1883-1952) La mort de l'enfant du siècle Empty
MessageSujet: Honoré Harmand (1883-1952) La mort de l'enfant du siècle   Honoré Harmand (1883-1952) La mort de l'enfant du siècle Icon_minitimeJeu 28 Fév - 11:48

La mort de l'enfant du siècle
18 juin 1906

O mort vient dans mon coeur atténuer la fièvre
Qui jette un voile affreux sur mon triste avenir
Vois mes yeux ont pleuré je suis las de souffrir
Le baiser de la vie est glacé sur ma lèvre.

Ainsi parlait un soir ou plutôt une nuit
Un jeune adolescent qu'une amère souffrance
Au coeur avait blessé. Se tournant dans son lit
Il implorait la mort plutôt que l'espérance

Cette nuit-là Armand ainsi on l'appelait
A vingt ans et demi tristement se mourait.

Son histoire est bien vieille et toujours ressemblante
A celles qu'on raconte une femme une amante

Est le glaive qui tue en frappant lentement
De l'infidélité adultère et mensonge
Défenseur qui condamne aussi injustement
Que le bonheur qui rit des plaisirs d'un beau songe.

Mais diras-tu lecteur quel est donc ce héros
Qui s'éteint fièrement comme au champ de la gloire
Et qui semble applaudir en sincères bravos
Intrépide guerrier mourant pour la victoire

Suis-moi dans mon récit je vais te l'expliquer
C'est un enfant du siècle et de dame fortune
Il fut par ses parents le premier héritier
Rien que le mot argent peut combler la lacune

Qui semblait te gêner dans l'introduction
Du récit maintenant daigne d'attention
Honorer de la vie une vivante page
Ecrite par l'enfant fils du libertinage.

Armand avait seize ans quand au sein du plaisir
Le vice l'appela la voix d'une maîtresse
Dans son coeur fit germer la soif de la caresse
Et dans un beau boudoir le pria de venir

Il avait de grands yeux et son visage pâle
Avait un je ne sais de très voluptueux.
Les femmes l'adoraient pour sa figure mâle
Pour sa beauté naissante et son rire joyeux.

L'argent avait aussi quelque part au prestige
Qu'il semblait étaler avec un peu d'orgueil
Comme un grand diplomate au fond de son fauteuil
Il semblait à l'amour prodiguer le vertige

Mais nous, n'avons-nous pas quantité de défauts
Et de sa vanité tirer une critique
Serait une vertu un peu trop prolifique
Engendrant dans nos coeurs la blessure des mots.

Pardonnes cher lecteur l'emploi de la licence
Mais pour tout expliquer de notre grand enfant
Il me faut ajouter un bout de conférence
Qui donne à tout récit un intérêt plus grand

Tu sauras qu'il était avide de caresses
Qu'il aimait le bon vin et les folles maîtresses

Et qu'il cherchait l'oubli dans le sein du plaisir
Ce dieu qui nous enivre et qui nous fait mourir.

Que fais-tu grand garçon au sein de cette fête
Ainsi parlait un vieux noceur à cheveux blancs
Qui, comme Armand venait au bras d'une conquête
Dans un lieu de plaisirs rendez-vous des amants
Qui cherchent le bonheur dans une heure d'orgie
Comme au seuil du tombeau la mort cherche la vie
Et l'enfant de répondre : Et toi pauvre vieillard
Que viens-tu faire ici ? Peut-être d'un regard
Aimer encor l'amour endormi sur ta couche
Et donner de l'argent pour le prix d'un baiser
Tu viens pour qu'une femme imprime sur ta bouche
D'une lèvre adultère un mot qu'on nomme aimer
Mais vois ton pas fléchit en gravissant les marches
De ce lieu de débauche et les vieux patriarches
N'ont plus droit de siéger au trône de l'amour
C'est, comme à la fontaine on a chacun son tour.

Mais après tout pourquoi prodiguer le reproche
Puisque l'un comme l'autre on vient pour s'amuser
Bénissons le hasard qui si bien nous rapproche
Un sage fabuliste a dit il faut s'aider
Mais sans vouloir ici implanter la morale
Ne nous méprisons pas. J'ai horreur du mépris
C'est une arme trop faible et bonne aux mal appris
Et bientôt va sonner cette heure triomphale
Où les verres levés jusqu'au front de Bacchus
Vont semer dans nos coeurs une étrange folie
Et mêler à l'ivresse un frisson de l'orgie
Que nous donne en passant le baiser de Vénus.

Armand avait seize ans il commençait à vivre
A creuser le sillon où germent les regrets
Il effleurait déjà les pages du grand livre
Qui cache la douleur dans les mots guillerets.

Les jours passaient ainsi éphémères rapides
Les semaines fuyaient davantage les mois
Et parfois il fouillait au fond des poches vides
Il avait prodigué et bientôt aux abois
Comme un chien poursuivant la biche effarouchée
Il allait d'un ami implorer le bon coeur
Et confiante hélas la bourse déliée
Dans un don généreux grandissait la douleur
Qui vieillissait toujours s'enfonçant davantage
A mesure qu'Armand déchirait une page
Du livre de nos jours écrit par Destin
Qui traçait aujourd'hui la route pour demain.

Comme ta lèvre est froide et tes yeux pleins de larmes
Armand pourquoi pleurer quelles grandes alarmes
T'abusent à ce point et te font soupirer
Déjà las de l'amour cesses-tu de m'aimer
Viens là tout près de moi, Viens je veux sur ta lèvre
Rallumer le feu mort et la brûlante fièvre
Aimons-nous jouissons le temps passe et s'enfuit
Et le malheur sommeille au sein noir de la nuit

Ainsi parlait Jeannette une fille de joie
Qu'Armand avait connue un soir dans un salon
Une jeune brunette au visage mignon
A la taille bien prise en sa robe de soie.

Ils s'étaient adorés le temps d'une saison
L'amour est dans le coeur fragile papillon
Qui butine les fleurs et ne pose ses ailes
Que sur celles qu'il voit odorantes et belles.

A présent le désir était tout épuisé
Dans son coeur de vingt ans l'amour était usé.
Ah ! Je comprends pourquoi ton front se fait morose
Reprit l'amante ! Il est une épine à la rose
Piquante quand on sent le parfum de trop près
Et c'est dans ton passé que je lis le secret
Que tu veux me cacher. Tu aimais une femme
Une enfant comme toi qui jeta dans ton coeur
Les pleurs avec l'amour le regret dans la flamme
Et c'est de là vraiment que naquît ta douleur.

Armand d'une voix faible expliqua son histoire
A toi je puis tout dire et si tu veux me croire
Tu comprendras peut-être ? As-tu déjà aimé
Un amant pour l'amour et non pour la richesse
Qui donne moins de feu à la tendre caresse ?
Eh bien j'ai autrefois connu une fillette
Que j'aimais follement comme on aime à quinze ans
Elle était orpheline et tu sais sans parents
Quand l'amour a parlé que la femme est coquette
Ce qui attend le coeur quand il est attendri
Par quelques mots dictés à l'heure du midi
Quand des grands ateliers la foule passagère
Sort comme un gros essaim de la ruche ouvrière
Qu'un beau jeune homme parle on l'écoute et souvent
L'argent de sa clarté fascinante et vermeille
Brille d'un feu trompeur aux doux yeux de l'abeille
Elle croît à l'amour aux baisers d'un amant
Il est riche il est beau mais fou de l'heure brève
Où l'amour à longs flots verse la volupté
Comme un coeur généreux faisant la charité
Mais le coeur est fragile et le baiser d'un rêve
Laisse de l'amertume à l'instant du réveil
La jeunesse en tous temps méprise les conseils
Comme un jeu qui distrait la tremblante vieillesse
J'aimais donc cette enfant ! Ah la douce caresse
Qu'elle savait donner à mon coeur encor neuf
Et comme en ce temps là je me plaisais à rire
De ceux que je voyais au café se détruire
Mais pour moi à quinze ans le vice était dans l'oeuf.
J'aimais, combien de temps je n'ose te le dire
Car je vois sur ta lèvre un étrange sourire
Ce que dure souvent un amour enfantin
Il est né de la veille et meurt le lendemain
Depuis notre rupture une douleur stupide
A ravagé mes sens. Vois ma face livide
Saura tout expliquer dans le choix de l'oubli
Mais combien d'amertume il entraîne avec lui.

Après avoir parlé des heures disparues
Il dit je sens déjà que les lois sont venues
Pour juger de mes jours les crimes innocents
Que m'importe après tout à mes derniers instants
L'amour d'une maîtresse ou ses larmes amères
La mort est insensible au baiser des chimères
Allons nous reposer j'ai besoin de dormir
Je sens que le sommeil va peut-être adoucir
Cette douleur qui gronde qui fond de ta caresse
Quand tu m'embrasses fort que ta lèvre se presse
Sur ma bouche brûlante encor d'un doux baiser
Mes yeux gardent des pleurs qu'ils laissent échapper
Sur le grand souvenir de cette heure éphémère
Qui passa dans mon coeur comme une ombre légère
Que chasse mollement le timide zéphir
Je ne puis plus parler de l'amour sans souffrir.

Une heure dans la nuit a troublé le silence
Et du lourd balancier la plaintive cadence
Achève la tristesse au coeur du grand enfant
Il vient de s'éveiller près de lui dort Jeannette
Comme elle semble belle ainsi qu'une Pierrette
Dans son peignoir de nuit rose croisé de blanc
Il la voit adorable et sent comme une flamme
Briller d'un désir fou au profond de son coeur
Pour celle qu'il aimait hier comme une femme
Qu'on rencontre aujourd'hui en quête d'un dîneur
Qu'on quittera demain que l'on perdra de vue
Passante sur la route et bientôt inconnue.

Il se lève il a peur ! De quoi ! Il ne sait pas
Il a vu dans son rêve un cortège funèbre
Traverser ce Paris de mémoire célèbre
Une femme suivait tremblante sur ses pas
Des amis attristés derrière le cortège
Les yeux rouges de pleurs suivaient péniblement
Le char de charité pour cet enterrement
Jetait un linceul noir sur le blanc de la neige.

Ces gens sont ses amis et la femme qui suit
Est celle qu'il pleurait encore l'autre nuit
C'est son premier amour sa petite orpheline
Qui dans ses bras jadis se faisait si câline
Mais quel est donc celui que ses yeux ont pleuré
Dans quatre planches mort pour une éternité
C'est lui comme il sera à la saison prochaine
Quand il aura tari la source de ses jours.
Il ne craint de mourir est-ce donc une peine
Mourir qu'est-ce après tout goûter d'autres amours
Que la mort cache aux yeux des âmes indiscrètes
Que savent expliquer les douleurs interprètes
Du langage sacré des mômes endormis
Dont les vivants ont peur comme des ennemis.

Une heure passe encor et sa main décharnée
Dans l'ombre de la nuit fouille sa destinée.
Il lutte avec un spectre il repousse des morts
Qui viennent expirer sur les draps de sa couche
D'autres déjà glacés se couchent sur son corps
Et d'un baiser de feu brûlent sa froide bouche.
Il veut fermer les yeux ce n'est pas qu'il ait peur
La souffrance chez lui étouffe la torpeur
Mais il craint de pleurer et qu'une de ses larmes
Brise de son courage une à une les armes
Il repousse au tombeau ces spectres affamés
Il creuse plus profond leur dernière demeure
Il discute avec eux. Faites que je ne pleure
Sans quoi tous mes efforts par vos feux consumés
Brûleront ma douleur même jusqu'à la cendre
Et je verrai sur moi rapidement descendre
Un grand voile funèbre aux yeux du moribond
Qui regarde déjà dans l'abîme profond
Les verts grouillants de faim, avides de carnages
Ces rongeurs de la terre aux formes de serpents
Qui méprisent les corps, justes dans leurs ouvrages
De la mort, ouvriers, dans leurs travaux plus lents
Vampires sans scrupule au fond des sépultures
Gravant la répugnance au front des créatures
Epargnez à mes yeux l'image du tombeau
Le jour de la gaieté semble toujours plus beau
Quand on l'a travesti des frissons de l'envie
Que sur nos passions ont germé nos désirs
Ainsi je veux mourir en méprisant la vie
Je veux aimer la mort quand tous mes souvenirs
Un à un arrachés au sein de ma chimère
Creuseront pour toujours mon tombeau dans la terre.

Jeanne s'est éveillée Armand parle toujours
Aux spectres que lui seul semble avoir vus dans l'ombre
Il a les yeux méchants et de son regard sombre
Il sonde dans la nuit la profondeur des jours.
Il s'est tû, et bientôt il ferme la paupière
Jeanne veille à présent comme ferait la mère
Sur le sommeil troublé de son petit enfant
Elle sèche son front et sa paupière humide
Elle embrasse sa lèvre et sa face livide
Il semble que la mort touche de son baiser
Celui qu'elle frappait avant de le juger
Sa faucille est injuste et fauche la vieillesse
Ainsi que la jeunesse et dans sa cruauté
Elle appelle au secours de son autorité
Le regret la douleur et même la tristesse.

Jeanne n'est plus amante aux fragiles amours
Pour son enfant malade elle est presque une mère
Son coeur est attendri et la fille adultère
Jure sur le mourant qu'elle aimera toujours
Celui qui n'aime plus que l'amère souffrance
Dont il nourrit sa vie et son expérience.
Elle est femme elle est mère Armand est son enfant
Et veut le disputer aux griffes du Néant
Ce monstre symbolique et cruel dans son oeuvre
Qui cache sous l'espoir une insigne manoeuvre
Elle sent dans son coeur un sentiment nouveau
Est-ce la voix du bien ou celle du tombeau
Qu'importe le mystère étrange inexplicable
Elle a changé vraiment les désirs de son coeur
La folle volupté a péri par l'honneur
L'amour quand il est pur chasse l'amour coupable.

Mais le remède hélas sans efficacité
Ne saurait réagir contre la maladie
L'esprit plus que le coeur davantage attaqué
Chez l'enfant qui expire empoisonne la vie
Les yeux demi fermés par les doigts de la mort
N'ont plus des jours passés l'inaltérable flamme
La mort d'un dur baiser frôle déjà son âme
Un cadavre respire en cet enfant qui dort.

Il s'éveille, il fait jour, et sa lèvre murmure
Des mots qu'on n'entend pas est-ce du souvenir
Qu'il veut parler, sans doute, est-ce de la nature
Ou bien de son passé qu'il veut entretenir
Les spectres qu'il a vus. Il rit c'est le délire
Expliquant à la mort les secrets qu'il veut dire
Il tremble et pour toujours il s'endort effrayant
Dans la rigidité qu'imprime le Néant
A nos membres glacés quand ils n'ont plus la vie
Sa face est grimaçante et de sa main raidie
Il semble encor chasser les images des morts.
Comme la conscience exhalant les remords
Il semble qu'un regret sur cette face obscure
Creuse encor le sillon d'une longue torture
Sa lèvre exhale enfin un suprême soupir
Puis c'est la mort qui vient étendre ses grands voiles
Comme un nuage noir sur le front des étoiles
Et jeter dans son coeur l'ombre du souvenir.

Honoré HARMAND


_________________
J'adore les longs silences, je m'entends rêver...  
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