PLUME DE POÉSIES
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 Honoré Harmand (1883-1952) Epître familière

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James
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James

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MessageSujet: Honoré Harmand (1883-1952) Epître familière   Honoré Harmand (1883-1952) Epître familière Icon_minitimeVen 1 Mar - 19:05

Epître familière
24 novembre 1906
À Madeleine DESCHAMPS

Jeune fille écoutez ! La raison qui m'éclaire
Me conseille aujourd'hui de vous parler en frère
J'ai sû que dans votre âme un fluide vermeil
Fait sourire le rêve aux rayons du soleil
Comme les feux de mai font éclore les roses
Dans votre âme sensible en mille fleurs écloses
Les pensers chaque jour vous font croire à ces dieux
Qui cachent le réel à tous les jeunes yeux
Vous empruntez sans doute à la belle Algérie
Ce magique secret de voir en féerie
L'existence qu'on mène et qui change suivant
Le pays qu'on habite et la marche du temps
Il doit être bien doux de vivre en ces contrées
Où libres, les enfants, dans les plaines noyées
De soleil et de paix, tentent leurs premiers pas
Où la mère en rêvant veille sur leurs ébats
Et, les suivant des yeux dans le jour qui s'achève
Contemple au crépuscule et l'amour et son rêve
Comme on doit vivre heureux quand un soleil brûlant
Embrasse chaque jour et le fait ressemblant
L'âme doit être émue en entendant la rive
Gémir sous le baiser d'une brise craintive
Qui agite en soufflant les rameaux déployés
Des acacias nains ou des géants palmiers
Quand l'enfant dans son coeur sent grandir le mystère
Et qu'il sait distinguer les beautés de la terre
Quand son regard s'élève et contemple les cieux
Reflétant leur azur au miroir des flots bleus
Aussi emportiez-vous dans votre âme exilée
D'un pays souriant l'image ensoleillée
Semblable à ces oiseaux qui vers d'autres climats
S'envolent à l'hiver sur les voiles, les mâts
Des navires glissant sur le miroir de l'onde.
Vous cherchiez les douceurs d'une terre féconde
Votre âme se grisait et dans l'illusion
Trouvait l'amer secret d'une confusion.

Mais le sombre décor de la plaine normande
N'effaçait à vos yeux les beautés de la lande
Quand les maures allaient sur leurs chevaux dressés
Franchissant le désert excitant leurs coursiers
D'un geste inaperçu d'une simple parole
Partant comme une flèche en une course folle
Vous les suiviez des yeux au lointain horizon
Ou bien contemplative au seuil de la maison
Vous attendiez le soir et son beau crépuscule
Quand l'heure du retour au grelot de la mule
Accordait ses accents et sa plaintive voix
Quand les oiseaux dormaient à l'ombre des grands bois.
Ici vous n'avez plus la troublante auréole
D'un crépuscule d'or brillant sur la coupole
Du temple en pierre blanche ainsi que sur ses murs
Faits avec de gros blocs des marbres les plus purs
Et vous n'entendez plus cette brise légère
Qui soufflait chaque soir sur l'onde et sur la terre
A peine le soleil aux clartés d'un beau jour
Prodigue t-il parfois sa caresse d'amour
Et réchauffe les prés de sa troublante haleine
Sème l'amour au coeur et les fleurs dans la plaine

Mais ce temps passe vite et comme un frêle esquif
Qui marque un trait sur l'onde et glisse fugitif
Le soleil à nos yeux cache sa douce image
Et souvent sa clarté dont un sombre nuage
Semble jaloux, s'efface et ne réchauffe plus
La terre refroidie et les bois dévêtus
Je cesse de décrire et ma leçon commence
J'ai vécu plus que vous comme un être qui pense
J'ai cherché le bonheur où le bonheur n'est pas
Et parfois incertain revenant sur mes pas
J'ai voulu voir j'ai vu et doutant de moi-même
J'au cru que je rêvais et parfois le blasphème
A consolé mon coeur de ses folles erreurs
Et j'ai souvent cherché le plaisir sous les pleurs
Comme vous très sensible aux ivresses de l'âme
J'ai contemplé le rêve et sa troublante flamme
J'ai écrit, médité, j'ai pensé et j'ai lu
Et j'ai souvent aimé ce que je n'ai pas vu
Des nuits des jours entiers m'ont vu penser écrire
Admirer tour à tour critiquer et maudire
Ce qui criait trop haut la froide vérité
Et froissait mon erreur aussi ma vanité.

Alors mes yeux ont vu jaillir une étincelle
Du choc d'un rêve d'or à sa valeur réelle
Et j'ai compris combien nous sommes insensés
Les jours où notre coeur de plaisirs ignorés
Se grise sans penser aux grandes différences
Qui séparent l'ennui des folles espérances
Sans fermer notre lèvre à l'éther du sommeil
Et protéger nos coeurs contre un brutal réveil.

Ne rêvez pas ! Le rêve est-il un rêve rose
Ou bien un rêve bleu sur notre front morose
Il grave de son doigt une ombre qu'on ne voi
Qu'au jour, grand éclairé au flambeau de l'émoi
Habituez vos yeux à la forte lumière
Qui guide sa clarté au sein noir de la terre
Peut-être au premier jour vos regards éblouis
Souffriront de trop voir les rêves ennemis
Assombrir l'espérance aux clartés si troublantes
En jetant un linceul sur les choses vivantes
Vous marcherez, aveugle en égarant vos pas
Et vous croirez souffrir d'un étrange trépas

Mais après quand plus tard comme s'en va l'épouse
Au bras de votre époux vous marcherez, jalouse
Des lois de cette vie où tout jusqu'au bonheur
S'achète par la lutte et les armes du coeur
Vous sentirez combien mes vertus pessimistes
Avaient de vérités aux heures réalistes
Vous vivrez le bonheur après l'avoir acquis
Au prix de mille efforts de peines et d'ennuis
Et ce jour là vraiment vous serez bien heureuse
Et votre âme d'enfant de fillette rêveuse
Retrouvera le prix de ces petits efforts
Qui pénètrent nos coeurs et nous rendent si forts
Quand à l'heure précise où s'engage la lutte
L'esprit inébranlable a su prévoir la chute

C'est alors que le rêve à la réalité
Livrera son mensonge et dans la vérité
Plongera de vos jours la trame si mêlée
Chaque chose vivra à vos yeux dévoilée
Et loin dans le passé les tendres souvenirs
De la jeunesse heureuse et ses mille plaisirs
Ne seront plus pour vous qu'un rêve qui s'efface
Qu'un jour qui passe et meurt qu'un jour qui se remplace
Les crépuscules d'or et le vaste désert
Et des oiseaux chantant l'harmonieux concert
Tout sera disparu et dans votre pensée
Gardera la valeur d'une image effacée

La vie est un jardin dont les jours sont les fleurs
L'homme à certains instants l'arrose de ses pleurs
Puis de ses jours heureux la féconde lumière
Ranime son courage et la brise légère
Souffle comme au désert, dans les rameaux tremblants
Le zéphyr fait chanter les palmiers ses enfants

Ne rêvez pas de joie et de folle espérance
Le réveil est toujours suivi d'une souffrance
Comme dans un troupeau les dociles brebis
Voient toujours à leur flanc suspendus leurs petits
Un jour viendra pour vous où dans un doux murmure
L'amour vous redira tout ce que la Nature
Confiait à votre âme aux jours où votre coeur
Comme un petit enfant embrassait la douleur
Vous rirez à l'amour à ses folles caresses
Le rire d'un enfant chassera vos tristesses
Et vivant votre rêve en sa réalité
Vous chanterez l'amour où vous l'auriez pleuré.

Honoré HARMAND

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