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 Honoré Harmand (1883-1952) Vers l'Idéal

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James
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James

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MessageSujet: Honoré Harmand (1883-1952) Vers l'Idéal   Honoré Harmand (1883-1952) Vers l'Idéal Icon_minitimeVen 1 Mar - 19:23

Vers l'Idéal
A l'ami RENARD
18 mai 1907

Cher ami j'ai reçu ta carte et tes souhaits
Ta main les écrivit et ton coeur les a faits
J'en suis touché vraiment et je te remercie
De jeter un rayon de soleil dans ma vie.
Je me désole en vain et suis découragé
De voir, chaque matin, qu'il n'est rien de changé
Dans l'ordre de mes jours à tous les jours semblables
Serais-je condamné à des succès probables ?
Je rêve à chaque instant de gloire et d'avenir
Mais vivrai-je un seul jour pour ce suprême désir ?
Pour être grand, tu sais, il faut de la fortune
Gravir, en son palais, les marches une à une
Fréquenter les salons où sous l'aile des arts
Se cachent le génie et les talents bâtards
Être noble de nom, et de coeur arriviste
Sembler de son talent un parfait égoïste
Parler toujours en oui, sans contradictions
Livrer son jugement à mille opinions
Taire ce que l'on pense et dire le contraire
Flatter un ennemi et le traiter en frère
Ecrire pour le monde et le changeant public
Vanter Monsieur Un tel, l'encenser pour son chic
Toujours être fécond en paroles mielleuses
Ecrire les secrets des bandes crapuleuses
Et sous un autre nom inventer le roman
Du monde qui s'ennuie. Etre rouge, être blanc
Je connais le secret de ce profond mystère
Et sans lui, cher ami, on ne peut rien sur terre.

Mais qu'importe vraiment à ma muse, ici bas
La gloire et les honneurs. A d'innocents ébats
Elle a livré ses jours ; et son insouciance
A grandi dans mon âme. Un frisson d'espérance
Désarmant mon ennui a calmé ma douleur
D'où vient ce sentiment étranger à mon coeur
Est-ce une trahison, un manège perfide
Un piège à moi dressé ou la mort qui me guide
Vers le néant des jours. Est-ce un troublant plaisir ?
Un signe précurseur de mes mots à venir ?
Ou bien de la raison le jugement sincère
Qui fait qu'en l'avenir à cet instant j'espère ?
Est-ce mot sacré par ton âme dicté
L'Idéal, à mes yeux, dans sa grande beauté
Apparaît-il ainsi quand perdu sur la route
Je promène mes sens et ma foi en déroute
Dois-je rire du monde ? Aux coupes de Circé
Dois-je laisser les fous d'un breuvage embaumé
Désaltérer leur soif ardente de plaisir
Dois-je rêver d'amour et les laisser dormir ?

Quand le soir tout repose au sein de la nature
Et qu'on entend le bruit de l'onde qui murmure
Et glisser le zéphyr dans les frêles roseaux
Le coeur pour ses désirs a des frissons nouveaux
Et devant ces tableaux de gloires grandioses
Les yeux, dans les chardons, voient éclore des roses
Et la muse en chantant, au poète attristé
Sait rendre la douceur d'une folle gaîté.
Que de fois écoutant ces voix harmonieuses
Dans le calme rêvant des heures glorieuses
N'ai-je pas dans mon coeur de deux amours distincts
Partagé les baisers. Quand les flambeaux éteints
Du soleil radieux dans un ciel sans nuages
Me montraient la valeur des fragiles hommages
Convoités par mon âme orgueilleuse à l'excès
Je restais incrédule aux lois de l'insuccès
Je rêvais ce bonheur qu'on prodigue et qui passe
Comme un plaisir vécu dont trop vite on se lasse
Je me croyais poète et ma folle raison
Erigeait un palais de ma simple maison
Ma table, mes brouillons, jusqu'à mes porte-plumes
Avaient pour moi le prix des plus riches volumes
Je rêvais l'Institut et mon front de lauriers
Se couronnait déjà. Ainsi des jours entiers
Je caressais mon rêve, abusé, insipide
Jusqu'au jour où, lassé d'une gloire stupide
Succombant sous l'effort de la réalité
Je m'aperçus enfin que je m'étais trompé.

Tu vins à mon secours et ta raison plus sage
A guidé mon esquif vers un autre rivage
Je savais le bonheur qu'on éprouve à rêver
Mais l'Orgueil plus habile avait sû me charmer
Entre ces deux amours mon coeur souvent dût vaincre
Et sans toi cher ami rien n'eût pu me convaincre
Des satisfactions, nombreuses, du repos
Quand la lyre s'accorde à la voix des échos
Quand lasse de plaisirs notre âme en infortune
Cherche l'isolement pour rêver à la lune.

Je n'irai plus jamais importuner le sort
Puisque l'homme ici-bas se retrouve à la mort
Egal à ceux qu'un jour, favori de la gloire
Il prit pour des manants sans esprit sans mémoire
Puisque la bourgeoisie et le peuple en haillons
Aux portes du trépas tiennent réunions
Puisqu'il n'est qu'une loi pour accuser nos crimes
Puisqu'aux yeux du Néant, les bourreaux sont victimes
Jour de tous les biens que la Création
Enfanta pour former notre imperfection
Telle est l'oeuvre sublime à laquelle en ce monde
L'homme doit se vouer. Pas de vaine faconde
Pas de coeurs vaniteux. Pas d'orgueil, de fierté
Ayons tous l'un pour l'autre un mot Egalité
Ne blâmons pas celui qui succombe à la charge
Allégeons son fardeau. Que notre esprit plus large
Conçoive ses efforts à leur juste valeur
Faisons d'un homme faible un vrai gladiateur
En tout et de tous temps montrons-nous charitables
Soulageons l'infortune et plaignons les coupables
Et que ceux que la Gloire a nommés dans ses rangs
Ne fixent plus sur nous leurs yeux indifférents
Vivons du même jour, de la même lumière
Et dans chaque passant sachons trouver un frère
Ne nous déchirons pas comme des animaux
Ne nous faisons pas voir les sinistres tableaux
De la puissance forte à braver la faiblesse
Ne chargeons pas nos jours d'une vaine détresse
Batailles de partis, luttes d'opinions
Eclats d'obus, mortels, dans les réunions
A ceux qui n'aiment pas enseignons la tendresse
De notre coeur toujours, éloignons la tristesse
Vivons heureux, mortels, puisque c'est notre « sort »
Mais sachons nous apprendre à sourire à la Mort.

Honoré HARMAND



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