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 François-Xavier Garneau (1809-1866) Le voyageur

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MessageSujet: François-Xavier Garneau (1809-1866) Le voyageur   Sam 15 Juin - 22:14

Le voyageur

Élégie


Le murmure des flots qui blanchissent ces bords,
Et la brise du soir cadençant ses accords;
La douteuse clarté de l'astre du silence
Effleurant les côteaux, les bois, la mer immense,
Tout réveille dans moi de pieux souvenirs,
Et mon âme en planant s'enivre de désirs.
L'amant ou l'exilé, le bonheur, la misère,
Chacun a ses échos dans ce lieu solitaire.
Heureux celui qu'embrase un délire joyeux!
Naguère je goûtais ce nectar précieux;
Mais errant aujourd'hui sur la terre étrangère,
Sans parents, sans patrie, oublié des humains,
À l'écho de douleur j'adresse mes refrains;
La nuit seule entend ma prière.

Ô toi qui de l'amour bus le philtre enchanteur,
Ou qu'abreuve à longs traits la coupe du malheur,
Poursuis les concerts de ta lyre:
La nature propice en ces lieux les inspire,
Et les zéphirs te répondront en choeur.

Hélas! dans quel climat le ciel te fit-il naître?
Quel destin malheureux, quel orage peut-être,
Contre toi souleva les flots?

D'un joug pesant fuis-tu l'ignominie,
Ou de ton fatal génie
Suis-tu l'astre entraîné par des sentiers nouveaux?

Le bonheur file en silence
Les jours de l'humble berger;
Le toit qui vit sa naissance
Ne le vit pas s'enfuir à l'étranger.

Content du sort, chéri de sa bergère,
En vain, roule aux cités le char ambitieux,
Dormant en paix sous la douce chaumière,
Il méprise des rois les palais orgueilleux.
Que n'ai je, comme lui, dans le hameau paisible
Sut choisir un séjour aux chagrins inconnu!
Savourant le bonheur d'une épouse sensible
J'eus partagé l'amour et la vertu.

Mais d'un astre fatal éprouvant l'influence,
J'errai contre mon gré bien loin sous d'autres cieux.
Je disais: je verrai le soleil de la France
Et le tombeau de mes ayeux.

Je laissai donc ces bords, où, profonds et sublimes
Roulent du Saint-Laurent les flots majestueux;
J'entends encor gronder dans les sombres abîmes
Du fier Montmorency les rochers écumeux.
Mes yeux suivaient de loin ces murailles superbes
Qui portent jusqu'au ciel leurs créneaux foudroyants.
Et les rayons du soir glissaient, comme des gerbes,
Sur les toits éblouissants.

O toi, fière cité, reine de ma patrie,
Combien dût ce moment me coûter de douleurs!
À ces pensers... ma paupière attendrie
Ne peut retenir ses pleurs.

J'ai vu de l'océan les vagues agitées
Que pressaient d'Aquilon les ailes irritées.
Puis j'ai vu de Paris les palais somptueux,
Et le dôme superbe élancé jusqu'aux cieux.
Sur la colonne triomphale;
J'ai vu de vieux guerriers relire leurs exploits;
J'ai vu le lieu funèbre où repose des rois
La cendre sépulcrale;
Mais rien du Canada n'éteint le souvenir:
J'y trouvais le passé, j'y voyais l'avenir.
En vain, Londres à mes yeux déployait sa richesse,
Son faste, sa splendeur, d'un factice bonheur
La perfide ivresse,
Mon âme n'y trouvait qu'un charme empoisonneur.

Où sont ces jours quand, sous l'ombre d'un chêne,
Je fredonnais un rustique refrain?
L'amour guidait mes doigts, et la timide Hélène
En rougissant sentait gonfler son sein.

Mais, comme un doux rayon au milieu d'un orage
Frappe l'oeil du voyageur,
Ce tendre aouvenir perce, en vain, le nuage
Qui pèse encor sur mon coeur.

Hélas! j'ai tout quitté, parents, amis, chaumière;
Chaumière où j'ai reçu la vie et la lumière.
Ô toit, cher protecteur de mon humble berceau,
De ma voix, de mon nom nourrirais-tu l'écho?
Ingrat, j'ai déserté le seuil de mon enfance,
Seul un furtif adieu fut ma reconnaissance.
D'une mère éplorée, oubliant les regrets,
Je la quittais, peut-être pour jamais.
Non... je vous reverrai, lieux qui m'avez vu naître;
Champs, bocages, riants vallons;
J'y répèterai mes chansons;
De tristes souvenirs de la flûte champêtre
Attendriront lea sons.

Ah! combien il est doux après un long orage,
De rentrer dans le port, de baiser le rivage
Que l'autan furieux semblait nous disputer:
Un bonheur toujours pur devient froid à goûter.
Déjà je vois au loin venir sur la colline
Mon père aux cheveux blancs, que la vieillesse incline.
Ses cheveux que zéphire agite mollement,
Couvrent son front joyeux de leurs boucles d'argent.
De ses pas l'âge, en vain, ralentit la vitesse,
Il me voit, il m'atteint, sur son sein il me presse.
Une mère, une soeur, des frères, des amis!
Je revois donc enfin ces objets tant chéris...
Mais que dis-je?.. Peut-être un funèbre silence
Règne au toit paternel, témoin de mon enfance;
Qu'un père, qu'une mère, enviés par les Dieux,
Reposent maintenant dans la splendeur des cieux;
Que ses tristes enfants vont pleurer sur sa tombe
Quand de l'humide nuit le voile épais retombe.
Ils disent: notre frère est aussi loin de nous.
Il quittait pour un rêve un asile si doux!
Il ne répondit pas à la voix de son père,
Lorsqu'à ses yeux la mort déroba la lumière.
Errant en d'autres climats
Il n'a pas entendu l'airain impitoyable
Sonner... ni dans le deuil s'avancer le trépas,
Tenant le sablier dans sa main redoutable,
Et notre seuil frémir sous ses pas.

Mais pourquoi de mon coeur augmenter la tristesse?
De ces illusions, noirs enfants de la nuit,
Chassons l'ombre qui me poursuit;
Lyre répète encor tes accents d'allégresse,
Et dérobe mon âme à l'ennui.

Oui, je verrai ces champs où rêvait ma bergère;
Du lympide ruisseau j'écouterai la voix;
Et sous le pin touffu qui vit naître mon père
Je chanterai mes refrains d'autrefois.

Aux premiers rayons de l'aurore
Qui brilleront à l'orient,
Je poursuivrai de l'oeil encore
L'astre des nuits dans l'occident.
L'airain sonore au clocher du village,
En répondant à l'hymne du matin,
Réveillera par son divin langage,
Ces sentiments qui charmaient tant mon sein.

Et sous l'ormeau, voisin du toit champêtre,
Aux pas légers qu'accorderont mes chants,
Je mêlerai les récits que fait naître
Le Dieu jaloux du bonheur des amants.

De la rive où le flot expire
J'écouterai le vieux pêcheur.
Sa voix que le silence inspire
A des airs qui charment le coeur.

Mes doigts harmonieux animeront ma lyre,
Dont la corde souvent chantera nos exploits.
Et quand l'âge viendra refroidir mon délire,
Assis à l'ombre d'un bois,
Mes chants plus doux plairont au folâtre zéphire.

_________________


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François-Xavier Garneau (1809-1866) Le voyageur
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