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 Joseph Autran (1813-1877) Roncevaux.V

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Joseph Autran (1813-1877) Roncevaux.V Empty
MessageSujet: Joseph Autran (1813-1877) Roncevaux.V   Joseph Autran (1813-1877) Roncevaux.V Icon_minitimeDim 8 Jan - 19:15

V

Donc, ils ont fui. Roland sur son bras se soulève;
Ses veux sont obscurcis; il ne voit plus. Il rêve.
A force de souffler dans son rude oliphant,
Il a fait éclater sa tempe qui se fend:
Le sang coule à ruisseaux de la blessure rose,
Et son épée à terre, inutile, repose.
Survivra-t-il, Seigneur, jusques au lendemain?
Dans son délire, il croit sentir comme une main
Furtive. qui saisit dans sa main entrouverte
Sa chère Durandal qui rougit l’herbe verte.
« Non, non! dit le héros en relevant le front.
Tu ne subiras pas, noble fer, cet affront,

Toi, si longtemps fidèle à Charles, notre maître,
De passer dans les mains d’un païen et d’un traître!
Plutôt que de descendre à cette honte. hélas!
Mieux vaut pour toi périr et voler en éclats!»
D'un vieux bloc de sardoine, à ces mots, il s’approche.
Et d’un reste de force il frappe sur la roche:
L’étincelle jaillit; mais, solide à son poing,
L’acier brise la pierre et ne s’émousse point.
Pourrait-elle gauchir, cette arme consacrée
Qui porte un saint trésor sous sa garde dorée,
Des cheveux de la Vierge en tresse réunis,
Une dent de saint Pierre, un os de saint Denis?

« O mon épée, ô chère et vaillante compagne,
Que n’avons-nous pas fait pour le roi Charlemagne!
S’écriait le baron. Sous les cieux étonnés,
Que de glorieux coups n’avons-nous pas donnés!
Par toi, noble instrument de tournois et de guerre,
J’ai soumis à mon roi presque toute la terre.
J’ai pris la région des Normands; j’ai conquis
La Gascogne et l’Anjou, dont je suis le marquis,
La terre des Bretons, qui dans les eaux s’avance,
Et la fière Lorraine et la belle Provence!
L’Écosse a vu briller ton redoutable éclair.

J’ai pris Constantinople et Rhodes sur la mer.
Là-bas, jusqu’aux déserts où l’Euphrate bouillonne,
Tu courus ébrécher les tours de Babylone!
Et voilà maintenant que ces hardis travaux
Sont finis pour jamais! Roncevaux, Roncevaux,
Tu seras dans l’histoire un lieu sombre et funeste!
De mes vieux compagnons, c’en est fait, nul ne reste!
Les meilleurs, les plus fier, sous la grêle d’airain
Sont tombés tour à tour, Beuve, Yvoire, Gérin.
Gérard de Roussillon est par là sur la lande.
J’ai vu périr Astor, le mari d’Yolande.
J’ai vu rouler enfin sur le rude gravier
Turpin, notre archevêque, et mon frère Olivier!. . .
Est-il mort? Je ne sais; mais je sens bien moi-même
Que mon âme retourne à son juge suprême.
Recevez-la, Seigneur, dans votre paradis!»
Ainsi parle Roland, sous ces rochers maudits,
Et dans sa droite, enfin, sa Durandal éclate;
Et lui-même, affaissé sur la ronce écarlate,
Il retombe, et la mort, à pas silencieux,
Approche, éteint son souffle et referme ses yeux.
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Joseph Autran (1813-1877) Roncevaux.V
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