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 Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix 2

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MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix 2   Victor HUGO (1802-1885) Une autre voix 2 Icon_minitimeSam 8 Oct - 18:16

UNE AUTRE VOIX
Malheur au curieux lugubre, -qui s'acharne
A la vertigineuse et sinistre lucarne!
Malheur aux imprudents penchés, sur l'absolu!

Pour avoir trop sondé, pour avoir trop voulu,
Pour s'être trop plongés dans l'abstraction triste
Où rien de saisissable et d'humain ne persiste,
C'est fini; les voilà sur les fatals sommets,
Égarés en dehors de l'homme désormais,
Sortis du bien, du mal, de l'orgueil, de l'envie,
De l'amour, de la haine, et plus grands que la vie!
Leur esprit, emporté loin de vous, ô viyants,
Prend, dans la vision des gouffres décevants,
Dans on ne sait quoi d'âpre et d'horrible et d'immense,
Cette divinité que. vou nommez démence.
Ils ne sont plus jamais éveillés ni dormants.
Terrestre et claire encor dans ses commencements,
Leur pensée, obscurcie en grandissant, achève
D'ouvrir ses vagues yeux dans le monde du rêve.

Oh! monde redoutable! oh! ce que nous voyons!
Des échelles d'esprits dans de pâles rayons;
Les flamboiements, les feux, les cratères, les soufres,
Les éclairs, gouvernés par les anges des gouffres;
Des sons de voix qu'on a dans la joie entendus;
D'affreux escarpements dans des mondes perdus;
Des astres, dans des mains portés comme des lampes;
Et là-bas, dans la nue aux tortueuses rampes,
Errent ceux qui vivaient et ne sont plus; ils vont,
Tous ces crânes à l'oeil monstrueux et profond,
Tous ces squelettes blancs venus des ossuaires;
Ils vont, tous ces linceuls, tous ces hideux suaires,
Tous ces draps frissonnants, foule effrayante à voir,
Et, chassant devant lui, dans l'affreux chemin noir,
Leur conscience nue et leur âme sans voiles,
L'ange fouette les morts avec son fouet d'étoiles.
Et l'on voit des lueurs, on entend des appels;
Les constellations, flamboyants archipels,
Brillent au zénith sombre, et le chaos conspue
Le ciel avec son eau sinistre et corrompue.

Et les désespérés passent. Qui donc sont-ils?
Sont-ce des esprits morts? Sont-ce des corps subtils?
Ils tombent on ne sait de quelle obscure cime,
Tantôt plus noirs, tantôt moins sombres que l'abîme;
Leur chute flotte au gré de l'air qui les poursuit;
Ils seraient les flocons, s'il neigeait de la nuit.
Qu'est-ce que ce nuage inconcevable d'êtres,
Phalènes se heurtant à de vagues fenêtres?
Les uns n'ont qu'un regard et sont comme les yeux
De l'infini glacé, sourd et silencieux;
D'autres vont droits et blancs dans la profondeur blême;
D'autres, plus effrayants que. les ténèbres même,
Luttent contre la nuit dans les horreurs du vent,
Poussant des cris, mordant l'ombre, n'apercevant
Que la lividité des mornes étendues,
Ne distinguant qu'un flot de formes éperdues,
Et que ce qu'on peut voir de nuée et de cieux.
Dans des renversements de torses furieux.

Et ces larves s'en vont. Est-on sûr qu'elles soient?

Et les contemplateurs sont la. Tristes, ils voient.
Quoi? l'inconnu, muré dans sa muette loi.
Et qui dira jamais ce qu'expriment d'effroi
Ces profils ténébreux, ces postures fatales,
Ces yeux hagards noyés dans des aurores pâles?
Ils pensent, échoués dans l'immobilité;
La terreur sans espoir fait leur tranquillité;
Leur épaule fléchit comme s'ils portaient toute
La charpente du monde avec toute la voûte;
Et, comme en un caveau, goutte à goutte, la nuit
Filtre sous leur front blême où leur oeil fixe luit.
Ils ont pour vision éternelle la Chose
Sans nom, sans jour, sans bruit, sans bord, sans fin, sans cause,
Jamais ne s'arrêtant, jamais ne s'achevant,
Terrible, avec des vols de spectres dans e vent.

Que viens-tu demander à e monde nocturne?
Un Dieu!Pourquoi viens-tu plonger ta main dans l'Urne?
Job en. tire Satan et Mahomet Iblis.
Les gouffres ont-ils Dieu dans leurs profonds oublis?
Ce Dieu sert-il de centre à leurs. circonférences?
Le voit-on à travers leurs sombres transparences?
Ou bien est-ce ce Tout, cette âpre immensité,.
Ce ciel, que vous, prenez pour une volonté?
Sont-ce ces profondeurs, ces vents, ces fondrières,
Ces forêts de nuée aux livides clairières,
.
Ces éléments, ces nuits, ces mornes régions,
Que vous appelez Dieu dans vos religions?
Avez-vous pour mirage, ô fils du cimetière,..
De voir la chose-Dieu sous la chose Matière?
Est-ce Dieu qui paraît,. quand s'enfuit;l'alcyon;
Quand l'hydre. de l'écume entre en convulsion;
Quand. partout on entend dans la sombre nature
Comme un bruit d'ouragan brisant une mâture,
Quand le ciel lamentable éclate en tristes voix;
Quand le nuage accourt'.; quand les bêtes" des bois
Tremblent; quand les lions, hagards, baissent-la tête
Sous des écrasements d'éclairs et de tempête?

Est-ce lui que la mer appelle en sa clameur?
Homme, est-il quelque part un effrayant semeur
Qui jette dans l'azur des chiffres et des nombres,
De la graine d'abîme éclose en larves sombres,
Des vivants comme nous qui te semblent des morts,
Des esprits comme toi qui nous semblent des corps,
Et qui voit, dans le champ des espaces sonores,
Ondoyer des épis d'étoiles et d'aurores?
Qui peut répondre oui? qui peut répondre non?
Un geôlier rôde-t-il autour du cabanon?
Qu'importe! Vis. Tais-toi. Va-t'en. Aime ton père,
Ta mère et tes enfants. Qui cherche désespère.
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