PLUME DE POÉSIES
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
 

 Victor HUGO (1802-1885) -Oui, duc ", nous sommes beaux, et nous avons l'amour

Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



Victor HUGO (1802-1885) -Oui, duc ", nous sommes beaux, et nous avons l'amour Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) -Oui, duc ", nous sommes beaux, et nous avons l'amour   Victor HUGO (1802-1885) -Oui, duc ", nous sommes beaux, et nous avons l'amour Icon_minitimeDim 30 Oct - 17:58

-Oui, duc ", nous sommes beaux, et nous avons l'amour
Dans les yeux, et l'esprit sur le front! -Un beau jour,
Car il faut bien que tout, même le mal, finisse,
Bref, après avoir eu la fièvre et la jaunisse,
Après avoir aimé fort peu, beaucoup haï,
Après avoir menti, trompé, triché, trahi,
Fait rage; après un tas de choses mal agies,
Nuits au tripot, brelans, lansquenets, tabagies,
Nous crevons. Vils faquins que l'orgueil étouffait!
Et nous ne savons plus ce que nous avons fait
De notre âme, l'ayant derrière nous semée
Au hasard, dans cette ombre et dans cette fumée.
L'homme, fausse monnaie, écu sinistre et noir,
Et que Satan changeur souvent cloue au comptoir,
Sequin que la mort garde en paîment de l'orgie,
Est du néant que Dieu marque à son effigie.
XXVI
Les révolutions, ces grandes affranchies,
Sont farouches, étant filles des monarchies.

Donc, quand le genre humain voulut, enfin lassé,
Entrer dans l'avenir et sortir du passé,
Il n'aperçut pas d'autre ouverture que celle
Qui s'offrait, sous ce fer où l'éclair étincelle,
Entre ces deux poteaux, chambranles effrayants.

Oui, c'est la seule issue, hommes, troupeaux fuyants;
Sortez par ce sépulcre. O mystère insondable!
Hélas! c'est du passé la porte formidable,!
Entrez dans l'avenir par ce pas sépulcral.
C'est à travers le mal qu'il faut sortir du mal.
Le genre humain, pour fuir de la sanglante ornière,
Marche sur une tête humaine, la dernière;
C'est avec de l'enfer qu'il commence ses cieux;
Et l'homme en écrasant le monstre est monstrueux.

Eruption des droits de l'homme! Sombres laves!
Sortie exaspérée et fauve des esclaves!
Triste loi du reflux qui ne peut dévier!
Lugubre enfantement du Vingt-et-un-Janvier 19!
Tout un monde surgit, tout un monde s'écroule;
Fiacre horrible qui passe au milieu de la foule!
Sacerdoce et Pouvoir sont là; que disent-ils?
Morne chuchotement de ces deux noirs profils!
Pendant qu'autour d'eux gronde, éclate et se proclame
La révolte du peuple et l'émeute de l'âme,
Pendant que, sur la terre et dans le firmament,
On entend le funèbre et double craquement
De l'ancien paradis et de l'ancien royaume,
Le roi spectre tout bas parle au prêtre fantôme.

Qu'est-ce qu'il avait fait, ce roi, ce condamné,
Ce patient pensif et pâle? Il était né.
Est-ce une injuste mort? Qui donc l'oserait dire?
C'est la punition; c'est aussi le martyre.
Responsabilité sombre de l'innocent!
O révolutions! l'idéal est en sang;
Le sublime est horrible et l'horrible est sublime;
Et comment expliquer ces aspects de l'abîme?

Oh! quels chocs de faisceaux, de tribuns, de pavois!
Je vois luire les fronts, j'entends parler les voix;
La lumière est accrue et l'ombre est agrandie;
Toute cette héroïque et vaste tragédie
Passe devant mes yeux comme par tourbillons.

La Marseillaise dit: Formez vos bataillons!
Là-bas, dans un rayon de gouffre et de colère,
Le vieux bonnet damné du forçat séculaire
Luit au bout d'une pique, étrange labarum.
Ce n'est pas un sénat, ce n'est pas un forum,
C'est un tas de Titans qui vient tout reconstruire;
Ces colosses hagards se mettent à bruire;
Nuit, tourmente; océan épouvantable et beau!
Chaque vague qui fuit s'appelle Mirabeau,
Robespierre, Brissot, Guadet, Buzot, Barnave,
Pétion... -Hébert salit l'écume de sa bave.
Et, submergé, saignant, arraché, mort, épars,
Le vieux dogme, partout, noyé de toutes parts,
Tombe, et tout le passé s'en va dans la même onde.
Danton parle; il est plein de la rumeur d'un monde;
C'est une idée et c'est un homme; il resplendit;
Il ébranle les coeurs et les murs; ce qu'il dit
Est semblable au passage orageux d'un quadrige;
Un torrent de parole énorme qu'il dirige,
Un verbe surhumain, superbe, engloutissant,
S'écroule de sa bouche en tempête, et descend
Et coule et se répand sur la foule profonde;
Il bâtit? non, il brise; il détruit? non, il fonde.
Pendant qu'il jette au vent de l'avenir ses cris,
Mêlés à la clameur de vieux trônes proscrits,
Le peuple voit passer une roue inouïe
De tonnerre et d'éclairs dont l'ombre est éblouie;
Il parle; il est l'élu, l'archange, l'envoyé!
Et l'interrompra-t-on? qui l'ose est foudroyé.
Qui pourrait lui barrer la route? qui? personne.
Tout ploie en l'écoutant, tout s'émeut, tout frissonne,
Tant ces discours, tombés d'en haut, sont accablants,
Tant l'âme est forte, et tant, pour les hommes tremblants,
Ces roulements du char de l'esprit sont terribles!

Auprès des flamboyants se dressent les horribles:
Justiciers, punisseurs, vengeurs, démons du bien.
-Grâce.! encore un moment! grâce! -Ils répondent: Rien.
Entendez-vous Marat qui hurle dans sa cave?
Sa morsure aux tyrans s'en va baiser l'esclave.
Il souffle la fureur;,:les griefs acharnés,
La vengeance, la mort, la vie, aux déchaînés
A plat ventre, grinçant des dents, livide, oblique,
Il travaille à l'immense évasion publique;
Il perce l'épais mur du bagne, et, dans son trou,
Du grand cachot de l'ombre il tire le verrou;
Il saisit l'ancien monde; il met à nu sa plaie;
Il le traîne de rue en rue, il est la claie;
Il est en même temps la huée; il écrit;
Le vent d'orage emporte et -sème son esprit,
Une feuille, de fange et d'aurore inondée,
Espèce de guenille horrible de. l'idée;
Il dénonce, il délivre; il. console, il maudit;
De la liberté sainte il est l'âpre bandit;
Il agite l'antique et monstrueuse chaîne,
Hideux, faisant sonner ce fer contre sa haine;
On voit autour de lui des ossements humains;.
Charlotte, ayant le coeur des ancêtres romains,
Seule osera tenter cet antre inabordable;
Il est le misérable,. il est le formidable;
Il est l'auguste infâme; il est le nain géant;
Il égorge, massacre, extermine, en créant;
Un pauvre en deuil l'émeut, un roi saignant le charme;
Sa fureur aime; il verse une effroyable larme;
Comme il pleure avec rage au secours des souffrants!
Il crie au mourant: Tue! Il crie au volé: Prends!
Il crie à l'opprimé: Foule aux pieds! broie! accable!
Doux pour une détresse et pour l'autre implacable,
Il fait à cette foule, à cette nation,
A ce peuple, un salut d'extermination.
Dur, mais grand; front livide entre les fronts célèbres!
Ténébreux, il attaque et poursuit les ténèbres.
Cette chauve-souris fait la guerre au corbeau.
Prêtre imposteur du vrai, difforme amant du beau,
Il combat l'ombre avec toutes les armes noires.
Pierres, boue et crachats, affronts, cris dérisoires,
Hymnes à l'échafaud, poignard, rire infernal,
Il puise à pleines mains dans l'affreux arsenal;
Cet homme peut toucher à tout, hors à la foudre.

La meule doit broyer si le moulin veut moudre;
Sur les versants divers des abîmes penchants,
Ceux qui paraissent bons, ceux qui semblent méchants,
Ébauchent en commun la même délivrance;
Ils font le droit, ils font le peuple, ils font la France.
Qu'appelez-vous Bourbon, majesté, roi, dauphin?
Toute chose dont sort l'indigence, la faim,

L'ignorance, le mal, la guerre, l'homme brute,
C'est fini, cela doit s'en aller dans la chute;
C'est une tête. Eh bien, le panier la reçoit.
Ils marchent, détruisant l'obstacle, quel' qu'il soit;
Et c'est leur dogme' à tous: -Tuer quiconque tue.
Ruine où l'ordre éclôt, vit et se constitue!
C'est par excès d'amour qu'ils abhorrent; bonté
Devient haine; ils n'ont plus de coeur que d'un côté
A force de songer au sort des misérables,
Et par miséricorde ils sont inexorables.
Pour eux ce blond dauphin, c'est déjà tout un roi;
Qu'importe sa pâleur, sa fièvre, son effroi?
Ils écoutent le triste avenir qui sanglote;
L'enfant a dans leur main la lourdeur 'd'un despote;
Ils l'écrasent meurs donc! -sous le trône natal.
Ainsi tous les débris du vieux monde fatal,
Évêques mis aux fers, rois traînés à la barre,
Disparaissent, broyés sous leur pitié barbare.
Tigres compatissants! formidables agneaux!
Le sang que Danton verse éclabousse Vergniaux
Sous la Montagne ainsi qu'aux pieds de la Gironde
Le même avenir chante et la même horreur gronde.


Oui, le droit se dressa sur les codes bâtards;
Oui, l'on sentit, ainsi qu'à tous les avatars,
Le tressaillement sourd du flanc des destinées,
Quand, montant lentement son escalier d'années,
Le dix-huitième siècle atteignit quatrevingt;
Encor treize, le nombre étrange, et le jour vint.
Alors, comme il arrive à chaque phénomène,
A chaque changement d'âge de l'âme humaine,
Comme lorsque Jésus mourut au Golgotha,
L'éternel sablier des siècles s'arrêta,
Laissant l'heure incomplète et discontinuée;
L'oeil profond des penseurs plongea dans la nuée,
Et l'on vit une main qui retournait le temps.
On comprit qu'on touchait aux solennels instants,
Que tout recommençait, qu'on entrait. dans la phase,
Que le sommet allait descendre sous la base,
Que le nadir allait devenir le zénith,
Que le peuple montait sur le roi qui finit!

Un blême crépuscule apparut sur Sodome,
Promesse menaçante; et le peuple, pauvre homme,
Mendiant dont le vent tordait le vil manteau,
Forçat dans sa galère ou juif dans'son ghetto,
Se leva, suspendit sa plainte monotone,
Et rit, et s'écria: -Voici la grande automne!
La saison vient. C'est mûr. Un signe est dans les cieux.

La Révolution, pressoir prodigieux,
Commença le travail de la vaste récolte,
Et, des coeurs comprimés exprimant la révolte,
Broyant les rois caducs debout depuis Clovis,
Fit son oeuvre suprême et triste, et sous sa vis
Toute l'Europe fut comme une vigne sombre.
Alors, dans le champ vague et livide de l'ombre,
Se répandit, fumant, on ne sait quel flot noir,
O terreur! et l'on vit, sous l'effrayant pressoir,
Naître de la lumière à travers d'affreux voiles,
Et jaillir et couler du sang et des étoiles;
On vit le vieux sapin des trônes ruisseler,
Tandis qu'on entendait tout le passé râler,
Et, le front radieux, la main rouge et fangeuse,
Chanter la Liberté, la grande vendangeuse.
Jours du peuple cyclope et de l'esprit titan!
Vie et trépas tournant le même cabestan!
Temps splendide et fatal, qui mêle en sa fournaise
Au cri d'un Josaphat l'hymne d'une Genèse!
Quiconque t'osera regarder fixement,
Convention, cratère, Etna, gouffre fumant,
Quiconque plongera la fourche dans ta braise,
Quiconque sondera ce puits: Quatrevingt-treize,
Sentira se cabrer et s'enfuir son esprit.
Quand Moïse vit Dieu, le vertige le prit;
Et moi, devant l'histoire aux horizons sans nombre,
Je tremble, et j'ai le même éblouissement sombre,
Car c'est voir Dieu que voir les grandes lois du sort.
Non, le glaive, la mort répondant à la mort,
Non, ce n'est pas la fin. Jette plus bas la sonde,
Mon esprit. Ce serait l'étonnement du monde
Et la déception des hommes qu'un progrès
N'apparût qu'en laissant aux justes des regrets,
Que l'ombre attristât l'aube à se lever si lente,
Et que, pour le toucher avec sa main sanglante
Le temps de lui céder la place et le chemin,
Toujours l'affreux hier ensanglantât demain!
Non, ce n'est pas la fin. Non, il n'est pas possible,
Dieu, que toute ta loi soit de changer de cible,
Et de faire passer le meurtre et le forfait
Des mains des rois aux mains du peuple stupéfait.
Le peuple ne veut pas de ce morne héritage 20.

Que serait donc l'effort de l'homme si le sage
N'avait à constater qu'un résultat si vain,
Le choc du droit humain contre le droit divin!
Et s'il n'apercevait que cette lueur trouble
Quand il écoute au fond de l'ombre la voix double,
Le passé, l'avenir, la matière, l'esprit,
La voix du peuple Enfer, la voix du peuple Christ!

C'est vrai, l'histoire est sombre. Ô rois! hommes tragiques!
Démences du pouvoir sans limites! logiques
De l'épée et du sceptre, exterminant, broyant,
Allant à travers tout à leur but effrayant!
Oh! la toute-puissance a Caïn pour ancêtre.
Rien qu'à voir par éclairs les siècles apparaître,
Quels règnes inouïs! que d'étranges lueurs!
Voici les idiots à côté des tueurs.
Zam, s'éveillant trop tard, met l'aurore à l'amende;
Claude égorge sa femme et puis la redemande;
Bajazet veut lier les vents à des poteaux;
Xercès fouette la mer, Phur crache sur l'Athos;
Pillage, trahison, vol, parjure, homicide;
Ici le parricide et là l'infanticide;
Pères dénaturés, fils en rébellion;
Octave usurpe, opprime, égorge, et dans Lyon
Soixante nations lui bâtissent un temple;
La Flandre est un bûcher que Philippe contemple;
Léon dix en riant étrangle un cardinal;
Maxence après Galère apparaît infernal;
Voilà Sanche, abruti d'ivresses funéraires;
Celui-ci, Mahomet, tua ses dix-neuf frères;
Après avoir frappé son père, Manfredi
S'assied dessus jusqu'à ce qu'il soit refroidi;
Les Transtamares font revivre les Orestes;
Achab fait ramasser sous sa table ses restes
Par des hommes sans mains, sans pieds, sans dents, sans yeux;
Caïus triomphe avec du sang jusqu'aux essieux;
Richard d'York étouffe Édouard cinq; Ramire
Le Mauvais est mauvais, mais Jean le Bon est pire;
Sélim, tout effaré de débauche et d'encens,
Court dans Stamboul, perçant de flèches les passants;
Zeb plante une forêt de gibets à Nicée;
Christiern fait tous les jours arroser d'eau glacée
Des captifs enchaînés nus dans des souterrains;
Galéas Visconti, les bras liés aux reins,
Râle, étreint par les noeuds de la corde que Sforce
Passe dans les oeillets de sa veste de force;
Cosme, à l'heure où midi change en brasier le ciel,
Fait lécher par-un bouc son père enduit de miel;
Soliman met Tauris en feu pour se distraire;
Alonze, furieux qu'on allaite son frère,
Coupe le bout des seins d'Urraque avec-ses dents;
Vlad regarde mourir ses neveux prétendants
Et rit de voir le pal leur sortir par la bouche;
Borgia communie; Abbas, maçon farouche,
Fait avec de la brique et des hommes vivants
D'épouvantables tours qui hurlent dans les vents;
Là, le sceptre vandale, ici la loi burgonde;
Cléopâtre renaît pire dans Frédégonde;
Ivan est sur Moscou, Carlos est sur Madrid;
Sous cet autre, Louis dit le Grand, on ouvrit
Les mères pour tuer leurs enfants dans leurs ventres.
Mais où sont donc les loups! Oh! les antres! les antres!
La jungle où les boas glissent, fangeux et froids!
Est-ce du sang qui coule aux veines de ces rois?
Ont-ils des coeurs aussi? Sont-ils ce que nous sommes?
Cieux profonds! Oh! plutôt que l'aspect de ces hommes,
La rencontre du tigre, et, plutôt que leur voix,
Le sourd rugissement des lions dans les bois!
Eh bien, vengeance donc! mort! malheur! représailles!
La torche aux Rhamséions, aux Kremlins, aux Versailles!
Qu'Ossa soit à son tour broyé par Pélion!
Au bourreau les bourreaux! Justice! talion!


Non! Jamais d'échafauds! C'est par d'autres répliques
Que doivent s'affirmer les saintes républiques.
Ce siècle, le plus grand des siècles, l'a compris.
Le jour où Février se leva sur Paris,
Il fit deux parts de l'oeuvre immense de nos pères,
Et, grave, agenouillé devant les grands mystères,
Ne gardant que le droit, rendit à Dieu la mort.
Notre doigt n'est pas fait pour presser le ressort
De ce fer monstrueux qui tombe et se relève;
La liberté n'est pas un outil de la Grève;
Elle s'emmanche mal au couperet hideux;
Carrier, Le Bas, Hébert, sont des Philippes deux;
Fouquier-Tinville touche au duc d'Albe; Barrère
Vaut de Maistre, et Chaumette a Bâville pour frère;
Marat, Couthon, Saint-Just, d'où la vengeance sort,
Servent la vie avec les choses de la mort;
Ce qu'ils font est fatal; c'est toujours la vieille oeuvre,
Et l'on y sent le froid de l'antique couleuvre.
Non, le vrai ne doit point avoir de repentirs;
Au nom de tous les morts et de tous les martyrs,
Non, jamais de vengeance! et la vie est sacrée.
L'aigle des temps nouveaux, planant dans l'empyrée,

Laisse le sang rouiller le bec du vieux vautour;
Le peuple doit grandir; étant maître à son tour,
Et c'est par la douceur que la grandeur se prouve.
Concorde! Nos enfants ne tettent plus la louve;
Notre avenir n'est plus dans un antre, allaité
Par l'affreux ventre noir de la fatalité. '

Ce patient, traîné dans un tombeau qui roule,
Ces prunelles de tigre 'éclatant dans la foule,
Ce prêtre, ce bourreau, tout ce groupe fatal,
Ce tréteau, pilori s'il n'est pas piédestal,
Ce panier, cette fosse infâme qui se creuse,
Cette hache, c'était de l'ombre malheureuse;
Cela' cachait le' ciel, le vrai, l'astre éclipsé;
C'était du crépuscule et c'était du passé;
Le peuple sent en lui sa nouvelle âme éclore,
Et ne veut rien du soir et veut tout de l'aurore.
Avançons. Le progrès, c'est un besoin d'azur.
Certes, Danton fut grand; Robespierre était pur;
Jadis, broyant, malgré les cris et les menaces,
Les mâchoires de l'hydre entre ses poings tenaces,
Gladiateur géant du cirque des fléaux,
Ayant à déblayer tout l'antique chaos,
Ce grand Quatrevingt-treize a fait ce qu'il dut faire;
Mais nous qui respirons l'idéale atmosphère,
Nous sommes d'autres coeurs; les temps fatals sont clos;
Notre siècle, au-dessus du vieux niveau des flots,
Au-dessus de la haine, au-dessus de la crainte,
Fait sa tâche; il construit la grande Babel sainte;
Dieu laisse cette fois l'homme bâtir sa tour.
La république doit s'affirmer par l'amour,
Par l'entrelacement des mains et des pensées,
Par tous les lys s'ouvrant à toutes les rosées,
Par le beau, par le bon, par le vrai, par le grand,
Par le progrès debout, vivant, marchant, flagrant,
Par la matière à l'homme enfin libre asservie,
Par le sourire auguste et calme de la vie,
Par la fraternité sur tous les seuils riant,
Et par une blancheur immense à l'orient.

Après le dix août superbe, où dans la brume
Sous le dernier éclair le dernier trône fume,
Après Louis, martyr de son hérédité,
Roi que brise la France en mal de liberté,
Après cette naissance, après cette agonie,
Toute l'oeuvre tragique et farouche est finie.
L'ère d'apaisement suit l'ère de terreur.

Le droit n'a pas besoin de se mettre en fureur,
Et d'arriver les mains pléines de violences,
Et de jeter un glaive au plateau des balances;
Il paraît, on tressaille; il marché, on dit C'est Dieu.

Mort à la mort! Au:feu la loi sanglante! au feu
Le vieux koran de fer, l'affreux code implacable
Qui tord l'irrémissible avec l'irrévocable,
Qui frappe, qui se venge, et qui se trompe! À bas,
Croix qui saisis Jésus et lâches Barabbas!
A bas, potence, avec toutes tes branches noires!
Fourche que Vouglans mêle à ses réquisitoires,
Solive épouvantable où Tristan s'accouda,
Machine de Tyburn et de la Cebada,
Démolis-toi toi-même, et croule, mutilée,
Avec le saint-office et la chambre étoilée,
Et tourne contre toi la mort que tu contiens!
Charpente que l'enfer fait lécher à ses chiens,
Va pourrir dans la terre éternelle et divine
Qui ne te connaît point, toi l'arbre sans racine,
Qui t'exclut de la sève et qui ne donne pas
La vie au bois féroce où germe le trépas!
Fuis, dissous-toi, perds-toi dans la grande nature!
Engins qu'ont maniés le meurtre et la torture;
Ô monstrueux outils de la tombe, assassins,
Rappelez-vous les bons, les innocents, les saints,
Et demandez-vous-en compte les uns aux autres!
Tous les crimes du faible ont pour source les vôtres.

Poutre, ébrèche la hache-et brise le. couteau;
Hache, deviens cognée et frappe le poteau,
Frappe; exterminez-vous, ô ténébreux complices!
Et tombe pêle-mêle, ô forêt des supplices,
Roue, échelle, garrot, gibet, et glaive, et faulx,
Sous le bras du progrès, bûcheron d'échafauds!
Revenir en haut Aller en bas
 
Victor HUGO (1802-1885) -Oui, duc ", nous sommes beaux, et nous avons l'amour
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: