PLUME DE POÉSIES
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
 

 Victor HUGO (1802-1885) J'applique mon oreille à travers mon cachot

Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



Victor HUGO (1802-1885) J'applique mon oreille à travers mon cachot Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) J'applique mon oreille à travers mon cachot   Victor HUGO (1802-1885) J'applique mon oreille à travers mon cachot Icon_minitimeSam 31 Déc - 13:04

J'applique mon oreille à travers mon cachot
Contre la conscience énorme de là-haut.
Et j'écoute. Et, pensif, je fuis, et, solitaire,
Je m'envole. Quiconque a pour prison la terre,
A pour évasion le ciel. Là, j'ai l'effroi
De sentir comme une âme immense entrer en moi
Et j'én tremble, et j'en suis joyeux. Sévère joie!
Va, sois le Châtiment, me-dit quelqu'un. Foudroie.
La foudre est le jet 'noir du firmament vengeur.
Je me penche du fond d'une blême rougeur,
Et, dii seuil étoilé, comme d'une fenêtre,
Sur ta simarre, ô juge, et sur ta robe, ô prêtre,
Je vide la justice avec la vérité.
Vivez, régnez! ma strophe au sanglot irrité,
Mon vers sanglant, 'fumant, amer, qui, du ciel sombre,
Ainsi que. d'une bouche entr'ouverte dans l'ombre,
Jaillit; tombe, se rue, éclate, et sur les fronts
Se disperse en horreur, en tempête, en affronts,
Flétrit,' submerge; noie; éclabousse et remonte,
Est le vomissement dé Dieu sur votre honte.
26 février 1870.

Un peuple était debout, et ce peuple était grand.
Il marchait lumineux dans le 'progrès flagrant.
Lés autres nations disaient: Voici la tête!
Il avait traversé cette énorme tempête
Quatrevirigt-treize, et mis le vieux monde au tombeau;
Dans la lutte difforme il était resté béau;
Ce' fier peuple, assailli d'évènements funèbres,
Avait fait des rayons de toutes ces ténèbres;
Il avait fait, démon, dieu, sauveur irrité,
De la combustion des siècles sa clarté.
Il avait eu Pascal, il avait eu Molière;
Il avait vu sur lui s'épaissir comme un lierre
L'amour des nations dont il était l'appui;
Et pendant soixante ans sur sa cime avait lui
Voltaire, cet esprit de flamme. armé du rire,
Ce .titan qui, proscrit, empêchait de proscrire,
Ce pasteur guidant l'âme, enseignant le devoir
Et chassant le troupeau des dogmes au lavoir.
Ce peuple avait en lui la loi qui développe;
A force d'être France il devenait Europe;
A force d'être Europe il était l'univers.
Il savait rester un tout en étant divers;
Chaque race est un chiffre, il en était la somme;
Et ce peuple était plus qu'un peuple; il était l'Homme.
Dans la forêt sinistre il était l'éclaireur;
Son pas superbe était le recul de l'erreur;
Il proclamait le"vrai sur la terre; une lave
Sortait de son esprit qui délivrait l'esclave,
Et la femme, et le faible, et le pauvre inquiet,
Et l'aveugle ignorant, de sorte qu'on voyait
Devant sa flamme, hostile au mal, au crime, aux haines,
S'enfuir la vieille nuit traînant les vieilles chaînes.
Il était entouré des ruines du mal,
D'abus tombés, monceau formidable et fatal,
De droits ressuscités, de vertus retrouvées,
Et de petites mains d'enfants, vers lui levées.
Au `lieu de dire: Grâce!.il disait: Il lé faut!'
Il combattait la guerré, il tuait l'échafaud.
Père et frère, il donnait la vie, ôtait les maîtres.
Guetté, mais fort, trop grand, hélas! pour croire aux traîtres,
Il marchait aussi pur que l'aube en floréal,
L'oeil fixé sur ce ciel qu'on nomme l'idéal.
Subitement, il est tombé dans l'embuscade,
Et son cadavre est là sur une barricade.
Ce trépassé, sanglant, nu, mordant son baîllon,
Pâle, n'a même plus la gloire, ce haillon,
Et ses noirs assassins, de leur main lâche et fausse,
Creusent sous lui la nuit comme on creuse une fosse.

Décembre souriant, ,suivi dé son Sénat,
A fait hommage aux rois de cet assassinat,
Les rois ont respiré cet encensoir fétide.
Et devant Fualdès mort, le juge est pour Bastide
Et le prêtre bénit Caïn tuant Abel.
Sous ta tiare d'or qui ressemble à Babel,
Et qui, de la Sixtine illuminant les voiles,

A plus de' diamants que le ciel n'a d'étoiles,
Sur ta chaire, splendide et sacré tribunal,.
Pape, tu ne vaux pas, dans ton haut Quirinal,
Qui du monde 'romain domine les déluges,
Rois, vous ne valez pas, vous ne valez pas, juges,
Tu ne vaux pas, César dans la pourpre élevé,
Les chiens qui vont léchant le sang sur le pavé!
Revenir en haut Aller en bas
 
Victor HUGO (1802-1885) J'applique mon oreille à travers mon cachot
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: