PLUME DE POÉSIES
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
 

 Victor HUGO (1802-1885) EN PLÈIN DIX-NÈUVIÈME SIÈCLE

Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



Victor HUGO (1802-1885) EN PLÈIN DIX-NÈUVIÈME SIÈCLE Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) EN PLÈIN DIX-NÈUVIÈME SIÈCLE   Victor HUGO (1802-1885) EN PLÈIN DIX-NÈUVIÈME SIÈCLE Icon_minitimeSam 31 Déc - 15:02

Mais le juge ne peut avoir' tort: En 'niant,
On l'irrite. Il 'apprit soudain qu'elle était grosse,
Et dit: Soit. Pour berceau l'enfant aura la fosse.
C'était son droit. Ne point vous ôter un cheveu,
Mais faire cé qu'il faut pour avoir un aveu.
C'est le dernier degré de l'art et de l'étude
D'être tortionnaire avec mansuétude,
Et, sans bruit, sans emprunts au vieux code gaulois,
D'employer l'agonie au triomphe des lois.

La damnée étouffait, et criait: Grâce! grâce!
Le juge lui disait - Que veux-tu que j'y fasse?
Avoue! - Elle pleurait. - De l'air! je meurs! - Tu n'as
Qu'à parler, et d'un mot tu romps ce cadenas.
Ta prison deviendra très douce. Vois, décide. °
Tu n'as qu'à t'avouer simplement parricide.
- Non! - Je te rendrai l'air et le jour. Tu pourras
Avoir des fleurs, avoir un lit, avoir des draps;
Sortir dans le préau si cela te contente;
Tu redeviendras fraîche et grasse et bien portante;
Tu seras bien logée et bien nourrie; il faut,
Femme, si tu veux vivre, accepter l'échafaud.

Et ce raisonnement touchait peu cette folle.
Force à la loi. Tout autre axiome est frivole.
Quoi, tant d'hommes savants, quoi, Treilhard, Portalis,
Quoi, Tronchet. qui plaida devant les fleurs de lys,
Séguier, Berlier, auront dépensé des semaines
A souder la loi gothe avec les lois romaines;
Bigot-Préameneu, payé par le budget,
Aura consulté Mourre et consulté Target; .
Ils auront fait un çode étonnant, et ces maîtres,
Ces clercs, sachant par cœur le droit de nos ancêtres,
Cas simples, cas royaux; chefs-plaids et francs-alleux,
Auront perdu leur temps! Ce serait scandaleux,
Certe; et puis à la fin l'amour-propre 's'en mêle..
Quoi! la loi fléchirait devant cette femelle!
Un jeune' magistrat, voyons, peut-il lâcher '
Une femme qu'il est allé très loin chercher;
Qui peut-être, après tout, quoique fort obstinée, -
Est à peu près coupable, et qui; guillotinée;
Fera parler de lui chez le garde des séeaux!
Cette fille est d'ailleurs sans moeurs. Les noirs ciseaux
Sont au greffe, et bientôt mordront sa chevelure.
Il criait: Parricide! avoue. Il faut conclure! -
Elle disait: - Jamais. - L'innocence est de fer.
On dut la murer presque au fond de cet enfer.

Dans son sein cependant le pauvre petit être,
L'ange obscur, avait l'air de ne vouloir plus naître,

Et, sans savoir nos lois, nos jougs, notre secret,
Ni ce que lui faisait la justice, il mourait.
Elle en tremblait du moins. Prise entre ces murailles,
Elle épiait cette âme éclose en ses entrailles,
Elle en craignait la fuite, et dans son flanc muet
Il lui semblait parfois que. rien ne remuait;
Si bien qu'un jour, vaincue enfin, découragée,
Stupide, cette mère et. cette naufragée,
Sans espoir, n'ayant plus que le choix de l'écueil,
Sentant son ventre, hélas! devenir un cercueil,
Et le doux innocent périr dans ce repaire,
Pour sauver son enfant, dit: - J'ai.tué mon père!
22 novembre.
Revenir en haut Aller en bas
 
Victor HUGO (1802-1885) EN PLÈIN DIX-NÈUVIÈME SIÈCLE
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: