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 Victor HUGO (1802-1885) LESURQUES IV

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MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) LESURQUES IV   Victor HUGO (1802-1885) LESURQUES IV Icon_minitimeSam 31 Déc - 15:33

Tous -les arbres du-bord de la mer sont tremblants;
La nature subit l'hiver, ce noir malaise. '
L'herbe est mouillée. et morte; au pied de la falaise
Un tumulte d'oiseaux, mauves, courlis, plongeons,
Fourmille et se querelle au milieu des ajoncs;
Le nuage et-le flot font de grands plis farouches';
Et l'on entend,-dans' l'air plein. d'invisibles bouches,
Le Sourd chuchotement du- ciel mystérieux';
L'écueil se tait, témoin tragique et sérieux,
Qui le jour est montagne 'et la nuit est fantôme,
Et qui, tandis qu'au loin fuit la barque, humble atome,
Regarde vaguement dé ses yeux de granit
Les constellatibns qui rôdent au zénith;
L'infini balbutie un fragment du cantique
Que dit le Pacifique et qu'entend l'Atlantique;
Là-bas des voiles vont, Dieu sait où! dans les vents,
Les vagues, les roulis et lés fracas mouvants,
Et s'enfoncent, par l'ombre au loin diminuées,
Sous' la , mélancolie énorme des nuées;
L'océan m'environne avec ses chants, ses cris,
Sa brume, et moi je songe. à ce gouffré, Paris.

Qu'est-ce que je fais là, près des mers? Je suis triste. .

Et vous vous figurez que votre arrêt 'existe!
Ah! nous déchirerons, nous tordrons, nous mettrons
En pièces la sentence atroce sur vos fronts!
Nous vous souffletterons avec votre justice,
Juges! Il ne *se peut qu'un peuple s'abrutisse
Au point de' croire en' vous et de vous respecter!
Il faudra bien un jour te laisser confronter,
Code, avec 'le bon sens, et le bon sens est rude.
Juges! votre sagesse-est une vieille prude
Qui, pour cacher ses mains nialpropres, met des gants,
Et votre conscience, ô bonzes arrogants,
A laissé bien des fois César trousser sa jupe:
Sous vos crânes hautains dont le bourgeois est dupe,
Vos scrupules,- vos lois, vos textes, vos fiertés,
Vos pudeurs, vos vertus et vos austérités, ' '
N'ont qu'un souci, sé vendre, et sont des Rigolboches 70
Dansant leur danse impure 'au fond -de vôs-caboches.
Négocier. sa voix, brocanter son serment,
Livrer au plus offrant son âme habilement
Et sans qu'il y paraisse, est votre art, et j'atteste
Troplong qui 'réussit' le tour manqué par Teste. -
Troplong a le collier et Teste a le carcan
Au fond c'est le même homme et c'est le même encan.
Vous êtes bien les vrais successeurs des vieux cuistres
Qui peuplaient la Grand'Chambre au temps des rois sinistres,
Et qui dans' leurs décrets mêlaient le vrai, le faux,

Le bien, le mal, l'horreur, la mort, les échafauds,
Lourds, et dissimulant cette pointe assassine
Par l'assaisonnement d'un latin de cuisine!

Votre sentence ira pourrir dans le vieux tas
De leurs indignités et de leurs attentats.
Vous imaginez-vous, ô sombres imbéciles,
Qu'après l'arrêt bavé par vos bouches fossiles,
Tout est dit; que c'est fait; que vous avez ôté
Du monde l'équilibre et .des coeurs l'équité,
Que vous êtes, magots toussant dans vos flanelles,
Quelque chose à côté des clartés éternelles,
Et qu'il sort du bouquin légal un tel pouvoir
Que l'homme empêche Dieu de faire son devoir!

Ah!Ton pourra puiser au fond des écritoires
Les galimatias et les réquisitoires
Et la prose infamante où Broë triomphait,
Et cracher sur ce spectre, et dire: c'est bien fait!
Ah! l'on entassera tant qu'on voudra la honte;
Le juge, le bailli, le capitoul, l'archonte,
Toutes les robes d'ombre et tous les bonnets noirs,
Tous les hiboux ayant les greffes pour manoirs,
Pourront venir, pourront prodiguer leur grimoire
Et leur haine à cette humble et tragique mémoire,
Ces stercoraires sont un assez vil essaim .
Pour croasser sans cesse: assassin! assassin!
Ils pourront, tous, en foule, à l'heure où la nuit tombe,
Se percher, au-dessus de cette pauvre tombe,
Dans les hideux rameaux du code, obscur cyprès
D'où tombe cette fiente immonde, leurs arrêts;
Ils pourront épaissir leur justice fétide
Sur -ce damné, des lois morne cariatide;
Ils pourront ajouter le désespoir .au deuil,
Sous leur chose jugée accabler ce cercueil,
Faire une ignominie exprès pour cette fosse,
Déclarer le lys noir et la vérité fausse;
Paris, ce vieux Paris si petit et si grand,'
Pourra dormir, chanter, manger, boire, ignorant
A qui le droit, à qui l'opprobre, à qui la palme;
Soudain, un jour, le ciel oublié, le ciel calme,
Blanchira du côté maudit de l'horizon;
Ceux qui regarderont auront un grand frisson
Et l'attente sacrée entrera dans leur âme;
Et l'on verra, là-bas, dans l'atmosphère infâme,
Tout à coup, au-dessus du sépulcre effrayant
Que la loi,- l'Euménide inepte, en bégayant,
Monstre aveugle, a flétri dans sa toute-puissance,
Se lever lentement cet astre, l'innocence!
H.-H. 27 décembre.
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Victor HUGO (1802-1885) LESURQUES IV
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