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 Jean Auvray(1590-1633) LES PALLADINS AVANTURIERS

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MessageSujet: Jean Auvray(1590-1633) LES PALLADINS AVANTURIERS   Jean Auvray(1590-1633) LES PALLADINS AVANTURIERS Icon_minitimeDim 8 Jan - 22:05

LES PALLADINS AVANTURIERS



Poussez d' un beau desir qui nostre ame esguillonne,
Nous meslons dextrement les myrthes aux lauriers,
Et suivans les drapeaux de Mars et de Bellonne
Nous sommes tout ensemble amoureux et guerriers.
L' amour que nous portons à nos belles maistresses
Invincibles nous rend aux plus sanglants hazards,
Et nous ne faisons moins d' excellentes proüesses
Entre les feux d' amour qu' entre les fers de Mars.
Ainsi Artus, Mambrin, Palmerin d' Angleterre,
Mandricart, Florisel, et le Sieur De Sainct Flour,
Harassez des travaux aux combats de la guerre
Souloient trouver repos aux combats de l' amour.
Nous ne ressemblons point à ce fol Domp Guichotte
Qui moulins pour geans prenoit effarouché,
Vray est que si les foux portoient tous leur marotte,
Les chapeaux de castor seroient à bon marché.


L' oppressé secourir, venger les belles dames,
Et de monstres affreux repurger l' univers,
Ce sont les poincts d' honneur dont s' échauffent nos ames
Les objects de nos voeux, les sujects de nos vers.

Errans par ces deserts, ces vallons, et ces plaines
Nous vivons plus contens qu' aux louvres des grands rois
Et disans aux rochers nos amoureuses peines
Echo fille de l' air nous respond quelque fois.

Mais jà cent fois Phoebus a veu les eaux du Gange,
Et les cristaux glacez du Strimon boreal,
Sans avoir rencontré nulle advanture estrange
Capable d' esprouver nostre bras martial.

Dés qu' Amadis fut mort, et la nymphe Oriane
Nul depuis n' a passé l' arc des loyaux amants,
Et deslors Trebisonde (où commandoit Diane)
S' abismant, abisma tous nos contentements.

Depuis que le lyon garde les lys de France
Les renards de Samson relança dans les bois,
Nous avons veu roüiller nostre brusque vaillance
Et la nymphe Arachné filler dans nos harnois.

La terre gemissoit sous le faix des gens-d' armes,
La sanglante Enyon couroit de toutes parts,
Alors qu' un vieux Nestor las de porter les armes
Au giron de Venus endormit le dieu Mars.

Gerion triple corps alloit passer les bornes
Si Cloton n' eust trempé d' aloës son ciseau,
Adonis à bon droict herita de ses cornes
Puis qu' il l' avoit aymé jusques dans le tombeau.

Hymen qui n' a servy qu' à dorer les bossettes
De deux asnes bridez aux murs de Montauban,
Qu' à remplumer Hylas, remeubler ses cassettes,
Et rendre sourcilleux le grand mont du Liban.

Rien n' est ferme icy bas, tout ce qui est au monde
Est suject à disgrace et fondé sur un poinct,
Aussi le monde est rond, et ceste boulle ronde
Tousjours roule sans cesse et ne s' arreste point.

Sterope l' enfumé, Urgande la sorciere
Virent en un clin d' oeil leurs honneurs abregez,
Puis quand on eust jetté ces chiens à la riviere,
L' on publia par tout qu' ils estoient enragez.


Sus la lance en l'arrest, soit teinte aujourd'huy l'herbe
Du sang de ce geant qui n' a ny foy ny loy,
Courez apres soldats, il s' enfuit le superbe
Où nostre ambassadeur s' exempta du tournoy.

Ou va ceste furie enragement troublée
Un tison d' une main, de l' autre un gand de fer?
Ah! Nous la cognoissons la folle eschevelée,
Six vingts ans sont passez qu' elle sortit d' enfer.

Qui sont ces mirmidons, qui a coups de vessies
Veulent d' un fort royal saper les fondements?
Quand Zethes et Callais destruiront ces harpies,
Dyomede sera mangé par ses juments.

Que fait au pied d' un roc Andromede laissée
Pour assouvir la faim du dragon marqueté?
Ne fondra point du ciel quelque vaillant Persée
Qui mette ceste vierge en plaine liberté?

Effroyables rochers dont la cime orgueilleuse
Perçe l' opaque sein des nuaux vagabonds,
Ne permettez jamais la race escrouelleuse
Venir mesler sa peste avecques nos charbons.

Ne puissions jamais voir ces tigres d' Hircanie
S' engraisser baudement de nos corps au cercueil,
Ô combien l' on feroit d' excellente mumie,
Si la grand' hydre avoit les tripes au soleil.

Où fuyoient ces fendans dans la ville voisine
Quand la biche et le fan firent leur paction?
Pigeons affarouchez, engeance adulterine,
Fustes vous onc aux reins d' un genereux lion?

D' une aigle ne peut-estre une colombe née,
Les coüards n' ont jamais d' assez larges plastrons,
Il faut bien que la mere ayt esté mastinée
Qui porta dans ses flancs de si lasches poltrons.

Qui sont ces six amants qui dedans ceste prée
Sont couplez deux à deux et bondissent si haut?
Est-ce point Celadon couché avec Astrée,
Angelique et Medor, Armide et son Renaud?

Si le beau tenebreux n' eust eu le vent contraire,
Silvie auroit encor ses quilles et son sac,
Tantalle qui jamais n' eut le ciel adversaire
Seroit-il bien contrainct à porter le bissac?

Quel temple merveilleux, quels superbes portiques
Dont l' or eslabouré rit aux flambeaux des cieux?
C' est le temple de Delphe, ou nos peres antiques,
Apprenoient d' Apollon les saincts decrets des dieux.

Combien de carmes grecs aux paroirs de ce temple
Predisent le futur d' un stille prophetic?
Mais plus le curieux les lit et les contemple,
Moins il en peut gouster le sens enigmatic.

Quoy? Nos bardes gaulois et nos doctes poëtes
Sont ils pas truchements des grands dieux immortels?
Escrivons donc ces vers dans nos riches tablettes,
Vers tracez des destins sur le sort des mortels.


Lors que quatre serpens au tombeau mortuaire
Rendront le noir venim qu' ils vomissoient vivant:
Un grand torrent de feu sortant du sanctuaire
Emportera d' Ablon le grand moulin à vent.

Lors que les deux lions aux forces indomptées
Par un noeud fraternel leurs puissances joindront,
La Tamise verra mille fuyards Prothées,
Et tous les colombiers de Babel tomberont.

Le superbe croissant cachera lors ses cornes,
Jerusalem verra cheoir ses murs à l' envers,
Et l' empire françois n' aura plus d' autres bornes
Que les bornes que Dieu planta pour l' univers.

Babilon savoyarde, et Gomorre gasconne,
Sodome poictevine infideles citez
Humbles adoreront la françoise couronne
Ou le coutre fendra leurs flancs inhabitez.

Dessus les fondemens de ces villes superbes
L' on verra blondoyer les cheveux de Cerez,
Et le soc deffricheur en culbutant les herbes
De la mere Cibelle escorcher les guerets.

Alep, Arger, Damas en jetteront des larmes,
Aux jardins de Memphis croistront les lys françois,
Les corps seront domptez par la force des armes,
Et les esprits vaincus par l' amorce des loix.


Vertu sera montée au zenith de la gloire,
Les vices soubs ses pieds seront assujettis,
Et Themis colloquée en son throsne d' yvoire
Inflexible rendra ses oracles gratis.

Ô venerable temple, ô bien-heureux oracles
Que ces mystiques vers nous ravissent les coeurs!
Sera t' il des lauriers apres tant de miracles
Assez pour couronner le front de ces vainqueurs?

Allez donc braves roys, poursuivez vos victoires,
Le ciel, nature, amour, y fournissent leurs voeux,
Quel destin ozeroit porter coup a vos gloires
Ayant pour vous amour la nature et les cieux?

Aux dames.
Mignonnes, ces avanturiers
Autant amoureux que guerriers
Vous viennent offrir leur service,
Prests de mourir pour vos appas
Pourveu que vaincus en la lice
Ils trespassent entre vos bras.

Ô doux sepulchre! ô douce mort!
Cupidon, charme nous si fort
En ceste agreable posture,
Que par ces enchantez jardins
Pour mettre fin a l' advanture
Ne passent jamais palladins.
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Jean Auvray(1590-1633) LES PALLADINS AVANTURIERS
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