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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:48

Chapitre VIII


D'après ce qui précède, on peut voir que j'avais pour la
poésie, sinon de grandes aptitudes, du moins un goût très
prononcé, qui m'aurait permis peut-être de produire quelque
chose de sérieux, si je me fusse trouvé dans un milieu plus
favorable. Je voyais les choses étrangement, et comme
enveloppées dans une atmosphère de rêve. Le moindre
incident, les banalités les plus vulgaires de la vie revêtaient
dans ma pensée, soit une auréole dorée, soit un aspect
grandiose ou sévère qui ébranlaient ma sensibilité nerveuse.
Cependant les effluves de la poésie n'étaient pas les seuls à
hanter mon cerveau. D'autres visions d'art s'y manifestaient
avec moins de persistance peut-être, mais tout aussi
vivement. Une peinture, un dessin, un croquis
m'enthousiasmaient. Rien ne m'intéressait plus qu'une
feuille de papier avec un crayon. Alors je dessinais des
vaches, des chiens, des oiseaux, des poissons, et surtout des
bâtiments et des chevaux.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:51

M. Joly, seigneur de Lotbinière, père de sir Henri le
lieutenant-gouverneur qui passait la nuit chez mon père
quand il se rendait à Québec, m'apporta un jour tout un
arsenal de dessinateur: album, crayons, pinceaux et couleurs,
un trésor. Il y avait même un cahier de modèles où grouillait
toute une faune exotique, à côté d'une collection d'animaux
qui m'étaient plus familiers. On y voyait des lions, des tigres,
des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, des
dromadaires, etc... M. Joly avait voyagé dans les Indes et en
Orient; ce fut lui qui me donna ma première leçon d'histoire
naturelle.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:51

De ce moment, ma mère rêva pour moi l'avenir d'un
grand peintre. Illusion, hélas! Une autre prédiction me fut
faite, à peu près à la même époque, par une autre personnalité
bien connue, et qui ne se réalisa malheureusement pas plus
que la première.
Dans l'automne de 1845, nous eûmes la visite de deux
jeunes prêtres. L'un des deux nous était connu: c'était l'abbé
Lebel, vicaire de notre paroisse, et que j'ai retrouvé plus tard
à Kalamazoo, dans le Michigan, où il est décédé il y a
quelque vingt ans. L'autre, dont le nom faisait déjà grand
bruit dans Israël, était destiné à devenir célèbre. Nul
Canadien, si ce n'est Papineau, n'a été plus populaire, que
lui; mais il faut admettre, en revanche, que nul plus que lui
n'a été conspué par les siens. Il s'appelait Charles Chiniquy.
- Je vous présente mon cousin, M. Chiniquy, le curé de
Kamouraska, nous dit l'abbé Lebel.
Le nom nous était familier. Celui qui le portait s'était
trouvé mêlé à des événements tragiques qui avaient eu
presque autant de retentissement dans le district de Québec
que les troubles politiques de 1837 et 1838. Trois ou quatre
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:51

ans auparavant, un véritable règne de terreur avait affolé la
ville et ses environs. Toute une organisation de bandits,
qu'on appelait les brigands du Carouge, avait durant je ne
sais combien de temps, tenu la population en alerte et mis au
défi tous les efforts et toutes les recherches de la justice. À
chaque instant, on signalait de nouveaux crimes dont les
auteurs restaient insaisissables. Ce n'étaient que vols à main
armée, que meurtres atroces, que maisons pillées, qu'églises
saccagées, que sacrilèges inouïs. Enfin, en 1836, un hasard fit
découvrir le chef des bandits, dans la personne d'un
marchand de bois de Québec, un citoyen de bonne famille,
aux allures paisibles, et dont la réputation n'avait jusque-là
subi aucun accroc. Le chef arrêté, les comparses furent
aussitôt enveloppés dans un même coup de filet. Cinq
reçurent la sentence suprême, en mars 1837.
L'abbé Chiniquy était alors vicaire à Saint-Roch de
Québec. C'est lui qui fut chargé de préparer à la mort les cinq
condamnés, dont le chef faisait naturellement partie. Ce
dernier était protestant, ainsi qu'un de ses complices: le jeune
prêtre passait pour les avoir convertis tous deux au
catholicisme. Bien plus, la veille du jour fixé pour la
quintuple exécution, le gouverneur général, lord Gosford,
avait commué la sentence de mort en celle d'une déportation
perpétuelle à Botany Bay; et c'était à l'éloquente intervention
de l'abbé Chiniquy qu'on avait attribué cet acte de clémence
inattendu. Les criminels furent donc embarqués sur un
vaisseau, et mis aux fers à fond de cale avec soixante et dix
autres criminels du Haut et du Bas-Canada et dirigés vers
l'Australie.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:51

Disons, par parenthèse, que, pendant la traversée, le chef
de nos bandits réussit à briser ses fers et ceux de plusieurs de
ses co-détenus, et faillit s'emparer du navire.
Le complot échoua, et l'abominable coquin fut pendu en
arrivant à Liverpool. Tout cela, avec ses éloquents sermons
sur la tempérance pendant qu'il était curé de Beauport, avait
mis l'abbé Chiniquy en évidence; son nom était dans toutes
les bouches, et sa visite chez mon père me causa une
impression très vive. Je l'éprouvai surtout lorsqu'il me mit la
main sur la tête en me disant:
- Toi, mon ami, tu seras prêtre; remarque bien ce que je te
dis là!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:51

Le souvenir de cette prédiction me hanta durant plusieurs
années.
Charles Chiniquy était né à Kamouraska le 30 juillet
1809; et, bien que ses parents fussent à l'aise et
avantageusement alliés, il fut le protégé tout spécial des
seigneurs de Saint-Anne de la Pocatiere la famille Dionne
qui, charmée des grâces et de l'intelligence de l'enfant,
s'étaient chargés de son avenir et l'avaient placé au collège
de Nicolet où il avait complété de fortes et brillantes études.
Il fut ordonné prêtre dans la cathédrale de Québec par
Mgr Signaï, premier archevêque du Canada, le 21 septembre
1833. On a dit qu'il s'était voué au sacerdoce pour racheter
une promesse sacrée faite à sa bienfaitrice mourante. On a
raconté aussi une histoire moins romanesque. Tout cela est
probablement de la légende. Mais, que le jeune lévite de
1833, mort en 1899 docteur en théologie dans l'église
presbytérienne, soit, ce jour-là, monté à l'autel d'un coeur
plus ou moins léger, il est constant le jeu de mots s'impose
malgré la gravité du sujet qu'il fit là un fameux pas de


clerc.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:52

Quelle glorieuse et féconde carrière cet homme si
richement doué n'eût-il pas fournie chez nous, soit dans la
politique, soit dans les lettres, soit au barreau! Quel vaillant
et utile citoyen il eût pu devenir, si son ambition et ses
incontestables talents eussent reçu une autre impulsion!
Je ne me permets ici que d'exprimer un regret. Les choses
de la conscience sont sacrées; et, à mon avis, Dieu seul, qui
sonde les reins et les coeurs, a compétence pour les juger. Du
reste, un peu dans toutes les religions, n'est-ce pas, celui qui
vient vers nous est un converti, un éclairé, digne de tous les
intérêts, et celui qui s'en éloigne est un apostat digne de
toutes les réprobations. Chiniquy lui-même n'appelait-il pas,
dans ses écrits, la conversion du cardinal Newman, la
perversion du Dr Newman?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:52

Il vaudrait mieux, je crois, être charitable pour tous, et, au
besoin, prier pour ceux qui s'égarent. L'abbé Chiniquy avait
eu pour confrère de classe, à Nicolet, un autre jeune homme
de talents supérieurs, qui, dans un ordre de choses différent,
était, lui aussi, destiné à une vaste notoriété.
Je veux parler du docteur Holmes, qui fut, comme on sait,
le héros d'un drame passionnel auquel la condition sociale
des acteurs donna un caractère exceptionnellement
retentissant, et qui coïncidence à noter eut aussi
Kamouraska pour théâtre. Une jeune femme convoitée, un
guet-apens tendu au mari, un lâche assassinat, le meurtrier en
fuite, laissant derrière lui deux orphelins inconsolables et une
mère innocente traînée en justice. Quel amas de malédictions
sur la tête d'un coupable!
Le grand-vicaire Thomas Caron dont le souvenir est si
cher à tous ceux qui ont passé par le collège de Nicolet
Guillaume Barthe, Édouard Pacaud, sir Aimé Dorion, le juge
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:52

Drummond ont aussi été les compagnons d'études de l'abbé
Chiniquy, ou tout au moins l'ont connu pendant ses années
de théologie.
- On aurait juré la piété même, me disait l'un d'eux; nous
l'appelions saint Louis de Gonzague. Si c'était de la pose,
nous avions affaire à un fameux comédien, ajoutait-il en
concluant.
Et pourquoi donc de la pose? Parce qu'un homme aurait
changé plus tard d'allégeance religieuse, parce qu'il aurait
failli, si vous aimez mieux, serait-ce une preuve qu'il a dû
être hypocrite jusque-là? Quoi qu'il en soit, une chose
incontestable, c'est que, à peine ordonné prêtre, le jeune
Chiniquy eut bientôt pris, par la magie de sa parole, un
empire énorme sur le peuple, et que sa réputation de sainteté
se répandit au loin comme une traînée de poudre.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre VIII   Mer 12 Juin - 8:52

En quelques années il avait acquis un prestige extraordinaire.
C'était, du reste, un habile tireur de ficelles; ou, pour me
servir d'une expression moins abusive, il savait pincer la
vraie corde au bon endroit, et la faire vibrer en virtuose
accompli. Il ne négligeait rien de ce qui constitue un élément
de succès; et, le but d'intérêt public étant donné, je suis loin
de lui faire un reproche d'avoir su mieux que personne se
mettre à la portée de son auditoire pour frapper l'imagination
populaire et s'emparer des esprits.
Il avait été un saint Louis de Gonzague au collège; il
devint un saint François-Xavier dans le monde. Une idée
géniale lui avait passé par la tête. Notre population était
rongée par une plaie sociale l'alcoolisme plaie qui n'est
pas encore tout à fait guérie, par parenthèse: l'abbé Chiniquy
résolut de combattre l'ennemi corps à corps, et de le vaincre.
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