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 Théophile Gautier (1811-1872) LE THERMODON. III

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James
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MessageSujet: Théophile Gautier (1811-1872) LE THERMODON. III   Lun 24 Juin - 20:56

III.


C'est la nécessité! c'est la règle fatale!
Toujours l'esprit le cède à la force brutale;
Et quand la passion, aux beaux élans divins,
Avec le positif veut en venir aux mains,
Ardente, et n'écoutant que le feu qui l'anime,
Engage le combat sur le pont de l'abîme;
Elle ne peut tenir, avec ses mains d'enfant,
Contre ces grands chevaux à forme d'éléphant,
Cabrés et renversés sur leurs énormes croupes,
Contre ces forts guerriers et ces robustes troupes
Aux bras durs et noueux comme des chênes verts,
Aux musculeux poitrails, de buffle recouverts;
Toujours le pied lui manque, et de flèches criblée,
Elle tombe en hurlant dans l'onde flagellée,
Où son corps va trouver les caïmans du fond.
Cependant, les vainqueurs, sur la crète du pont,
Sans donner une plainte aux victimes noyées,
Passent, tambours battants, enseignes déployées.
Cette planche, gravée en six cartons divers,
Par Lucas Vostermann, d'après Rubens, d'Anvers,
Femmes, au coeur hautain, pâles cariatides,
Qui ployez à regret des têtes moins timides
Sous le fronton pesant des devoirs et des lois,
Et qui vous refusez à porter votre croix,
De votre destinée est l'effrayant symbole
Et je l'y vois écrite en sombre parabole:
Comme vous, autrefois, folles de liberté,
Des femmes au grand coeur, à la mâle beauté,
Se brûlèrent un sein, et mirent à la place
La Méduse sculptée au coeur de la cuirasse;
Elles laissèrent là l'aiguille et les fuseaux,
La navette qui court à travers les réseaux,
Les travaux de la femme et les soins du ménage,
Pour la lance et l'épée, instruments de carnage;
Négligeant la parure, et n'ayant pour se voir
Qu'un bouclier d'airain, fauve et louche miroir;
Au Thermodon, qu'enjambe un pont d'une seule arche,
Leur troupe rencontra la grande armée en marche;
Ce fut un choc terrible, et sur le pont, longtemps
Incertaine marée, on vit les combattants,
Les chevelures d'or où bien les têtes brunes,
Femmes, soldats, suivant leurs diverses fortunes,
Pousser et repousser leur flux et leur reflux,
Et longtemps la victoire, aux pieds irrésolus,
Mesurant le terrain et supputant les pertes,
Erra d'un camp à l'autre avec ses palmes vertes.
De fatigue à la fin, les bras frêles et blancs
Laissèrent, tout meurtris, choir leurs glaives sanglants
Trop faibles ouvriers pour de si fortes âmes;
Et, dans l'eau, jusqu'au soir, il plut des corps de femmes!

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Théophile Gautier (1811-1872) LE THERMODON. III
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