PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
Partagez | 
 

 Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.    Sam 27 Juil - 23:23

Rappel du premier message :

Une Visite Nocturne.

J’ai un ami, je pourrais en avoir deux ; son nom, je
l’ignore, sa demeure, je ne la soupçonne pas. Perche-t-il
sur un arbre ? se terre-t-il dans une carrière
abandonnée ? Nous autres de la Bohème, nous ne
sommes pas curieux, et je n’ai jamais pris le moindre
renseignement sur lui. Je le rencontre de loin en loin,
dans des endroits invraisemblables, par des temps
impossibles. Suivant l’usage des romanciers à la mode,
je devrais vous donner le signalement de cet ami
inconnu ; je présume que son passeport doit être rédigé
ainsi : « Visage ovale, nez ordinaire, bouche moyenne,
menton rond, yeux bruns, cheveux châtains ; signes
distinctifs : aucun. » C’est cependant un homme très
singulier. Il m’aborde toujours en criant comme
Archimède : « J’ai trouvé ! » car mon ami est un
inventeur.
Revenir en haut Aller en bas

AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.    Sam 27 Juil - 23:24

-Ouvrez donc, il fait un froid atroce.
Je me levai. J’ouvris la fenêtre, et mon ami sauta
dans la chambre. Il était entouré d’une ceinture gonflée
de gaz ; des ligatures et des ressorts couraient le long de
ses bras et de ses jambes ; il se défit de son appareil et
s’assit devant le feu, dont je ranimai les tisons. Je tirai
de l’armoire deux verres et une bouteille de vieux
bordeaux. Puis je remplis les verres, que mon ami avala
tous deux par distraction, c’est-à-dire dont il avala le
contenu. Sa figure était radieuse. Une espèce de lumière
argentée brillait sur son front, ses cheveux jouaient
l’auréole à s’y méprendre.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.    Sam 27 Juil - 23:24

-Mon cher, me dit-il après une pause, j’ai réussi
tout à fait ; l’aigle n’est qu’un dindon à côté de moi. Je
monte, je descends, je tourne, je fais ce que je veux,
c’est moi qui suis Raimond le roi des airs. Et cela, par
un moyen si facile, si peu embarrassant ! mes ailes ne
coûtent guère plus qu’un parapluie ou une paire de
socques. Quelle étrange chose ! Un petit calcul grand
comme la main, griffonné par moi sur le dos d’une
carte, quelques ressorts arrangés par moi d’une certaine
manière et le monde va être changé.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.    Sam 27 Juil - 23:25


Le vieil univers a
vécu ; religion, morale, gouvernement, tout sera
renouvelé. D’abord, revêtu d’un costume étincelant, je
descendrai de ce que jusqu’à présent l’on a appelé le
ciel et je promulguerai un petit décalogue de ma façon.
Je révèlerai aux hommes le secret de voler. Je les
délivrerai de l’antique pesanteur ; je les rendrai
semblables à des anges, on serait dieu à moins.
Beaucoup le sont qui n’en ont pas tant fait. Avec mon
invention, plus de frontières, plus de douanes, plus
d’octroi, plus de péages ; l’emploi d’invalide au pont
des Arts deviendra une sinécure. Allez donc saisir un
contrebandier passant des cigares à trente mille pieds du
niveau de la mer ; car, au moyen d’un casque rempli
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.    Sam 27 Juil - 23:25

d’air respirable que j’ai ajouté à mon appareil comme
appendice, on peut s’élever à des hauteurs
incommensurables. Les fleuves, les mers ne séparent
plus les royaumes. L’architecture est renversée de fond
en comble ; les fenêtres deviennent des portes, les
cheminées des corridors, les toits des places publiques.
Il faudra griller les cours et les jardins comme des
volières. Plus de guerre ; la stratégie, est inutile,
l’artillerie ne peut plus servir ; pointez donc les bombes
contre les hommes qui passent au-dessus des nuages et
essuient leurs bottes sur la tête des condors. Dans
quelque temps d’ici, comme on rira des chemins de fer,
de ces marmites qui courent sur des tringles en fer et
font à peine dix lieues à l’heure !
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.    Sam 27 Juil - 23:25

Et mon ami ponctuait chaque phrase d’un verre de
vin. Son enthousiasme tournait au dithyrambe, et
pendant deux heures, il ne cessa de parler sur ce ton,
décrivant le nouveau monde, que son invention allait
nécessiter, avec une richesse de couleurs et d’images à
désespérer un disciple de Fourier. Puis, voyant que le
jour allait paraître, il reprit son appareil et me promit de
venir bientôt me rendre une autre visite. Je lui ouvris la
fenêtre, il s’élança dans les profondeurs grises du ciel,
et je restai seul, doutant de moi-même et me pinçant
pour savoir si je veillais ou si je dormais.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.    Sam 27 Juil - 23:26

J’attends encore la seconde visite de mon ami-
volatile et ne l’ai plus rencontré sur aucun boulevard,
même extérieur. Sa machine l’a-t-elle laissé en route ?
S’est-il cassé le cou ou s’est-il noyé dans un océan
quelconque ? A-t-il eu les yeux arrachés par l’oiseau
Rock sur les cimes de l’Himalaya ? C’est ce que
j’ignore profondément. Je vous ferai savoir les
premières nouvelles que j’aurai de lui.
Revenir en haut Aller en bas
 
Théophile Gautier. (1811-1872) Une Visite Nocturne.
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Théophile Gautier (1811-1872)
» Théophile Gautier (1811-1872) SÉRÉNADE
» Théophile Gautier (1811-1872) LE POETE ET LA FOULE.
» Théophile Gautier (1811-1872) LA LUNE.
» Théophile Gautier (1811-1872) ADIEUX A LA POÉSIE.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: