PLUME DE POÉSIES
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 Victor HUGO (1802-1885) De la lumière. Et puis de la lumière encore.

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Inaya
Plume d'Eau
Inaya

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Victor HUGO (1802-1885) De la lumière. Et puis de la lumière encore. Empty
MessageSujet: Victor HUGO (1802-1885) De la lumière. Et puis de la lumière encore.   Victor HUGO (1802-1885) De la lumière. Et puis de la lumière encore. Icon_minitimeJeu 29 Sep - 22:51

De la lumière. Et puis de la lumière encore.
Chaos de firmaments dans des gouffres d'aurore.

L'ange Liberté plane en l'azur spacieux.
On dirait que son oeil cherche une issue aux cieux.
Elle voit une étoile. Elle s'approche : - Ecoute,
Etoile; conduis-moi sous la fatale voûte;
Dieu permet que je parle à celui qui fut grand.
- Je ne puis, répond l'astre. Et Liberté reprend :
- Du moins, dis-moi la route et comment y descendre.
- Parle à l'Eclair, dit l'astre. Il peut seul te l'apprendre.
Cet ange est dans le ciel le seul qui sait tomber.

D'une aile que le vent même ne peut courber,
L'Ange Liberté part et franchit l'éther sombre.

Elle vola longtemps; - l'homme n'a pas de nombre
Pour compter ce temps-là; - son vol fier était sûr.

Tout à coup, dans un angle informe de l'azur,
Elle vit l'écurie énorme des nuées.
On entendait sonner des chaînes dénouées,
Et rouler on ne sait quels effrayants essieux;
L'ange Eclair travaillait dans cet antre des cieux;
Il en faisait sortir tous les chars du tonnerre;
Quelques-uns n'étaient faits que de flamme ordinaire;
D'autres semblaient forgés dans l'enfer par les nuits;
Et des ruissellements de foudres inouïs
Ebauchaient vaguement leur forme épouvantable;
Les écueils dans la mer, les taureaux dans l'étable,
Sont des roucoulements près des monstrueux bruits
De tous ces chars avec de l'abîme construits.

Liberté s'avança vers l'Eclair. L'immortelle
Sourit : - Ange, tu dois connaître, lui dit-elle,
L'éclatant Lucifer tombé dans le trépas.
- C'est moi qui l'ai frappé, je ne le connais pas,
Dit l'Eclair. - Mais le gouffre où tu jetas cette âme,
Tu peux me le montrer; - Non, dit l'esprit de flamme.
Va trouver le vieil ange Hiver. Il est le seul
Qui connaisse les plis ténébreux du linceul.
Moi, je ne me souviens de rien. Je brise, et passe.

Puis, il montra du doigt un point noir dans l'espace,
C'était la terre.

- Va, dit-il. Le triste enfer
Touche à ce monde et là tu trouveras l'hiver.

Et l'ange Liberté, telle qu'un jet de fronde,
Partit, et vit grandir la sphère obscure et ronde,
Et, superbe, et bravant la bise et le mistral,
S'abattit sur la terre à l'endroit sépulcral.

Dans ce cercle effrayant que les glaciers enserrent,
Au fond du désert blême où jamais ne passèrent
Les Colomb, les Gama, ces lumineux sondeurs,
Dans ces obscurités et dans ces profondeurs
Sur la création par le néant conquises,
Au-delà des spitzbergs, des flots et des banquises,
Au centre de la brume où tout rayon finit,
Loin du jour, dans l'eau marbre et dans la mer granit,
Le sombre archange Hiver se dresse sur le pôle;
La trompette à la bouche et l'ombre sur l'épaule,
Il est là, sans qu'il sorte, au milieu de ce deuil,
De son clairon un souffle, un éclair de son oeil;
Il ne rêve pas même, étant un bloc de neige;
Les vents ailés, pareils à l'oiseau pris au piège,
Sont dans sa main, captifs du silence éternel;
Son oeil éteint regarde affreusement le ciel;
Le givre est dans ses os, le givre est sur sa tête;
L'horreur pétrifiée autour de lui s'arrête;
Sa sinistre attitude effare l'infini;
Dur, morne, il est glacé, c'est-à-dire banni;
La terre sous ses pieds, de ténèbres vêtue,
Se tait; il est la blanche et muette statue
Debout sur ce tombeau dans l'éternelle nuit;
Jamais une lueur, un mouvement, un bruit
N'effleurent le géant, seul sous de sombres voiles.
Quand, à tous ces cadrans qu'on nomme les étoiles,
L'heure du dernier jour sans terme et sans milieu
Sonnera, la clarté de la face de Dieu
Dégèlera le spectre, et tout à coup sa bouche
Se gonflera d'un pli formidable et farouche,
Et les mondes, esquifs roulant sans aviron,
Entendront l'ouragan sortir de son clairon.

Jamais l'essaim chantant des paradis n'approche
Cette âme du silence et du deuil, faite roche,
Geôlière des cieux morts et des firmaments noirs;
Ce brouillard gris, pareil à la chute des soirs,
Fait peur aux chérubins extasiés et tendres;
Les neiges, cette forme effroyable des cendres,
Font de cet horizon, dont l'aube hait le seuil,
Quelque chose qui semble un dedans de cercueil.

L'ange-vierge, à travers les glaciers blancs décombres,
Vola droit au géant, seul dans ces déserts sombres
Dont le jour ne veut pas et qu'il n'a pas reçus.
D'abord elle plana radieuse au-dessus
Du lourd colosse, avec les grands cercles de l'aigle;
Puis, s'approchant, lui dit: - Celui qui juge et règle,
Celui qui fait tout vivre et qui fait tout trembler,
M'a permis de venir ici; je veux parler
A quelqu'un d'effrayant dont seul tu connais l'antre;
O géant, ouvre-moi le gouffre, pour que j'entre.

Le Vieillard de la Nuit resta sourd et muet;
Pas un pli du brouillard pesant ne remuait
Dans cette immensité d'ombre et de solitude;
Seulement, sans que rien troublât son attitude,
Et sans qu'un mouvement fit voir qu'il entendît,
La glace sous ses pieds lentement se fendit.
Une crevasse étrange apparut; ouverture
D'on ne sait quelle horreur qui n'est plus la nature,
Bouche d'un puits livide et morne, escarpement
D'un abîme qui va plus loin que l'élément,
Vision du néant formidable, enfermée
Entre deux murs sans forme où rampe une fumée;
Deuil, brume; obscurité sans fond et sans contour.

La vierge Liberté, blanche et faite de jour,
Sentit le froid du lieu funeste où rien n'existe.
La désolation de ce gouffre était triste
Et profonde; et c'était l'infini de la nuit.

Elle ouvrit sa grande aile où l'azur des cieux luit,
Et, calme, descendit dans cette ombre terrible.
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Victor HUGO (1802-1885) De la lumière. Et puis de la lumière encore.
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