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 François Coppée. (1842-1908) VI

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François Coppée. (1842-1908) VI Empty
MessageSujet: François Coppée. (1842-1908) VI   François Coppée. (1842-1908) VI Icon_minitimeDim 1 Juil - 17:21

VI
Nous l'avons donc laissé sur son impériale,
Plein d'une bonne humeur bruyante et joviale
Et dans l'oubli complet du cent et des salons.
Il suit un de ces doux et plantureux vallons
De Touraine où, parmi les fleurs des prés en pente,
Capricieusement et mollement serpente
Un cours d'eau calme et pur, sans île et sans bateaux.
De tous côtés, les bois couvrent les deux coteaux
En haut desquels parfois une svelte tourelle
Dessine sa blancheur sur un ciel d'aquarelle.
Le paysage cher où voyage Olivier
A son heureux retour semble le convier.
Rien n'a changé pendant la longueur de l'absence.
Tout l'accueille comme une ancienne connaissance.
Ces détails du chemin, il les reconnaît tous,
Jusqu'à la vache brune, à l'oeil profond et doux,
Qui pose, pour le voir, son cou sur la clôture.
Comme autrefois, le poids de la vieille voiture
Fait, en passant dessus, trembler le pont de bois.
La chute du moulin bruit comme autrefois.
Il reçoit le salut des curés en soutanes,
Menant leur carriole au trot sous les platanes.
Et dans les halliers verts, comme lui rajeunis,
Les oiseaux dont jadis il dénichait les nids
Chantent la bienvenue à leur vieux camarade.

- Non, le marin de qui le navire entre en rade
Et qui voit les maisons du port blanchir là-bas,
N'a pas d'émotion plus poignante, n'a pas
Le regard plus joyeux, l'âme plus consolée
Qu'Olivier, lorsqu'il vit, au bout de la vallée,
Entre les deux parois de l'étroit débouché,
La place du village, un beau jour de marché.

C'est bien cela. Voici les rouges parapluies
Qui paraissent de loin des fleurs épanouies,
Voici les chapeaux ronds, voici les blancs bonnets,
Et dans le ciel léger le vol des martinets
Sur la tour de l'église en ruine et fleurie.
Gare! les vieux chevaux ont senti l'écurie;
Les boucles des harnais sautent sur le garrot,
Et l'on claque du fouet, et l'on entre au grand trot,
Effarant devant soi la fuite d'une poule.
On arrive. Au milieu du bruit et de la foule,
Le voyageur joyeux saute sur le pavé,
Et, du premier coup d'oeil, voilà qu'il a trouvé
Des visages connus autrefois, et qu'il serre,
En riant de bon coeur, plus d'une main sincère.

« Comment, c'est lui ?
- C'est moi

-Te voilà?
- Pour longtemps. »
Et l'on retrouve alors des amis de vingt ans.
Le sabotier du coin qui sort de sa boutique
Et vous embrasse avec une barbe qui pique,
C'est le fils du voisin avec qui vous alliez
A l'école; et l'on rit comme des écoliers :
« Monsieur! - Dis donc mon nom tout court, vieux Boniface ! »
Et le maître charron, du charbon plein la face,
A qui l'on tend la main, mais qui, pour la broyer
Plus proprement, s'essuie après son tablier,
C'est à côté de lui qu'on chantait à l'église.

A moins d'être un sans-coeur, la minute est exquise;
Oui, cela rajeunit, et c'est délicieux,
Ce sourire attendri qui vous pique les yeux.
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François Coppée. (1842-1908) VI
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