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 Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) XXIV. Saint-Denis

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MessageSujet: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) XXIV. Saint-Denis   Dim 7 Avr - 16:12

XXIV. Saint-Denis

Le jour commençait à poindre lorsque Athos se leva et se fit
habiller; il était facile de voir, à sa pâleur, plus grande que
d’habitude, et à ces traces que l’insomnie laisse sur le visage,
qu’il avait dû passer presque toute la nuit sans dormir. Contre
l’habitude de cet homme si ferme et si décidé, il y avait ce matin
dans toute sa personne quelque chose de lent et d’irrésolu.

C’est qu’il s’occupait des préparatifs de départ de Raoul et qu’il
cherchait à gagner du temps. D’abord, il fourbit lui-même une épée
qu’il tira de son étui de cuir parfumé, examina si la poignée
était bien en garde, et si la lame tenait solidement à la poignée.

Puis il jeta au fond d’une valise destinée au jeune homme un petit
sac plein de louis, appela Olivain, c’était le nom du laquais qui
l’avait suivi de Blois, lui fit faire le portemanteau! devant lui,
veillant à ce que toutes les choses nécessaires à un jeune homme
qui se met en campagne y fussent renfermées.

Enfin, après avoir employé à peu près une heure à tous ces soins,
il ouvrit la porte qui conduisait dans la chambre du vicomte et
entra légèrement.

Le soleil, déjà radieux, pénétrait dans la chambre par la fenêtre
à larges panneaux, dont Raoul, rentré tard, avait négligé de
fermer les rideaux la veille. Il dormait encore, la tête
gracieusement appuyée sur son bras. Ses longs cheveux noirs
couvraient à demi son front charmant et tout humide de cette
vapeur qui roule en perles le long des joues de l’enfant fatigué.

Athos s’approcha, et le corps incliné dans une attitude pleine de
tendre mélancolie, il regarda longtemps ce jeune homme à la bouche
souriante, aux paupières mi-closes, dont les rêves devaient être
doux et le sommeil léger, tant son ange protecteur mettait dans sa
garde muette de sollicitude et d’affection. Peu à peu Athos se
laissa entraîner charmes de sa rêverie en présence de cette
jeunesse si riche et si pure. Sa jeunesse à lui reparut, apportant
tous ces souvenirs suaves, qui sont plutôt des parfums que des
pensées. De ce passé au présent il y avait un abîme. Mais
l’imagination a le vol de l’ange et de l’éclair; elle franchit les
mers où nous avons failli faire naufrage, les ténèbres où nos
illusions se sont perdues, le précipice où notre bonheur s’est
englouti. Il songea que toute la première partie de sa vie à lui
avait été brisée par une femme; il pensa avec terreur quelle
influence pouvait avoir l’amour sur une organisation si fine et si
vigoureuse à la fois.

En se rappelant tout ce qu’il avait souffert, il prévit tout ce
que Raoul pouvait souffrir, et l’expression de la tendre et
profonde pitié qui passa dans son coeur se répandit dans le regard
humide dont il couvrit le jeune homme.

À ce moment Raoul s’éveilla de ce réveil sans nuages, sans
ténèbres et sans fatigues qui caractérise certaines organisations
délicates comme celle de l’oiseau. Ses yeux s’arrêtèrent sur ceux
d’Athos, et il comprit sans doute tout ce qui se passait dans le
coeur de cet homme qui attendait son réveil comme un amant attend
le réveil de sa maîtresse, car son regard à son tour prit
l’expression d’un amour infini.

- Vous étiez là, monsieur? dit-il avec respect.

- Oui, Raoul, j’étais là, dit le comte.

- Et vous ne m’éveilliez point?

- Je voulais vous laisser encore quelques moments de ce bon
sommeil, mon ami; vous devez être fatigué de la journée d’hier,
qui s’est prolongée si avant dans la nuit.

- Oh! monsieur, que vous êtes bon! dit Raoul.

Athos sourit.

- Comment vous trouvez-vous? lui dit-il.

- Mais parfaitement bien, monsieur, et tout à fait remis et
dispos.

- C’est que vous grandissez encore, continua Athos avec un
intérêt paternel et charmant d’homme mûr pour le jeune homme, et
que les fatigues sont doubles à votre âge.

- Oh! monsieur, je vous demande bien pardon, dit Raoul honteux de
tant de prévenances, mais dans un instant je vais être habillé.

Athos appela Olivain, et en effet au bout de dix minutes, avec
cette ponctualité qu’Athos, rompu au service militaire, avait
transmise à son pupille, le jeune homme fut prêt.

- Maintenant, dit le jeune homme au laquais, occupez-vous de mon
bagage.

- Vos bagages vous attendent, Raoul, dit Athos. J’ai fait faire
la valise sous mes yeux, et rien ne vous manquera. Elle doit déjà,
ainsi que le portemanteau du laquais, être placée sur les chevaux,
si toutefois on a suivi les ordres que j’ai donnés.

- Tout a été fait selon la volonté de monsieur le comte, dit
Olivain, et les chevaux attendent.

- Et moi qui dormais, s’écria Raoul, tandis que vous, monsieur,
vous aviez la bonté de vous occuper de tous ces détails! Oh! mais,
en vérité, monsieur, vous me comblez de bontés.

- Ainsi vous m’aimez un peu, je l’espère du moins? répliqua Athos
d’un ton presque attendri.

- Oh! monsieur, s’écria Raoul, qui, pour ne pas manifester son
émotion par un élan de tendresse, se domptait presque à suffoquer,
oh! Dieu m’est témoin que je vous aime et que je vous vénère.

- Voyez si vous n’oubliez rien, dit Athos en faisant semblant de
chercher autour de lui pour cacher son émotion.

- Mais non, monsieur, dit Raoul.

Le laquais s’approcha alors d’Athos avec une certaine hésitation,
et lui dit tout bas:

- M. le vicomte n’a pas d’épée, car monsieur le comte m’a fait
enlever hier soir celle qu’il a quittée.

- C’est bien, dit Athos, cela me regarde.

Raoul ne parut pas s’apercevoir du colloque. Il descendit,
regardant le comte à chaque instant pour voir si le moment des
adieux était arrivé; mais Athos ne sourcillait pas.

Arrivé sur le perron, Raoul vit trois chevaux.

- Oh! monsieur, s’écria-t-il tout radieux, vous m’accompagnez
donc?

- Je veux vous conduire quelque peu, dit Athos.

La joie brilla dans les yeux de Raoul, et il s’élança légèrement
sur son cheval.

Athos monta lentement sur le sien après avoir dit un mot tout bas
au laquais, qui, au lieu de suivre immédiatement, remonta au
logis. Raoul, enchanté d’être en la compagnie du comte, ne
s’aperçut ou feignit de ne s’apercevoir de rien.

Les deux gentilshommes prirent par le Pont-Neuf, suivirent les
quais ou plutôt ce qu’on appelait alors l’abreuvoir Pépin, et
longèrent les murs du Grand-Châtelet. Ils entraient dans la rue
Saint-Denis lorsqu’ils furent rejoints par le laquais.

La route se fit silencieusement. Raoul sentait bien que le moment
de la séparation approchait; le comte avait donné la veille
différents ordres pour des choses qui le regardaient, dans le
courant de la journée. D’ailleurs ses regards redoublaient de
tendresse, et les quelques paroles qu’il laissait échapper
redoublaient d’affection. De temps en temps une réflexion ou un
conseil lui échappait, et ses paroles étaient pleines de
sollicitude.

Après avoir passé la porte Saint-Denis, et comme les deux
cavaliers étaient arrivés à la hauteur des Récollets, Athos jeta
les yeux sur la monture du vicomte.

- Prenez-y garde, Raoul, lui dit-il, je vous l’ai déjà dit
souvent; il faudrait ne point oublier cela, car c’est un grand
défaut dans un écuyer. Voyez! votre cheval est déjà fatigué; il
écume, tandis que le mien semble sortir de l’écurie. Vous lui
endurcissez la bouche en lui serrant ainsi le mors; et, faites-y
attention, vous ne pouvez plus le faire manoeuvrer avec la
promptitude nécessaire. Le salut d’un cavalier est parfois dans la
prompte obéissance de son cheval. Dans huit jours, songez-y, vous
ne manoeuvrerez plus dans un manège, mais sur un champ de
bataille.

Puis tout à coup, pour ne point donner une trop triste importance
à cette observation:

- Voyez donc, Raoul, continua Athos, la belle plaine pour voler
la perdrix.

Le jeune homme profitait de la leçon, et admirait surtout avec
quelle tendre délicatesse elle était donnée.

- J’ai encore remarqué l’autre jour une chose, disait Athos,
c’est qu’en tirant le pistolet vous teniez le bras trop tendu.
Cette tension fait perdre la justesse du coup. Aussi, sur douze
fois manquâtes-vous trois fois le but.

- Que vous atteignîtes douze fois, vous, monsieur, répondit en
souriant Raoul.

- Parce que je pliais la saignée et que je reposais ainsi ma main
sur mon coude. Comprenez-vous bien ce que je veux vous dire,
Raoul?

- Oui, monsieur; j’ai tiré seul depuis en suivant ce conseil, et
j’ai obtenu un succès entier.

- Tenez, reprit Athos, c’est comme en faisant des armes, vous
chargez trop votre adversaire. C’est un défaut de votre âge, je le
sais bien; mais le mouvement du corps en chargeant dérange
toujours l’épée de la ligne; et si vous aviez affaire à un homme
de sang-froid, il vous arrêterait au premier pas que vous feriez
ainsi par un simple dégagement, ou même par un coup droit.

- Oui, monsieur, comme vous l’avez fait bien souvent, mais tout
le monde n’a pas votre adresse et votre courage.

- Que voilà un vent frais! reprit Athos, c’est un souvenir de
l’hiver. À propos, dites-moi, si vous allez au feu, et vous irez,
car vous êtes recommandé à un jeune général qui aime fort la
poudre, souvenez-vous bien dans une lutte particulière, comme cela
arrive souvent à nous autres cavaliers surtout, souvenez-vous bien
de ne tirer jamais le premier: qui tire le premier touche rarement
son homme, car il tire avec la crainte de rester désarmé devant un
ennemi armé; puis, lorsqu’il tirera, faites cabrer votre cheval;
cette manoeuvre m’a sauvé deux ou trois fois la vie.

- Je l’emploierai, ne fût-ce que par reconnaissance.

- Eh! dit Athos, ne sont-ce pas des braconniers qu’on arrête là-
bas? Oui, vraiment... Puis encore une chose importante, Raoul: si
vous êtes blessé dans une charge, si vous tombez de votre cheval
et s’il vous reste encore quelque force, dérangez-vous de la ligne
qu’a suivie votre régiment; autrement, il peut être ramené, et
vous seriez foulé aux pieds des chevaux. En tout cas, si vous
étiez blessé, écrivez-moi à l’instant même, ou faites-moi écrire;
nous nous connaissons en blessures, nous autres, ajouta Athos en
souriant.

- Merci, monsieur, répondit le jeune homme tout ému.

- Ah! nous voici à Saint-Denis, murmura Athos.

Ils arrivaient effectivement en ce moment à la porte de la ville,
gardée par deux sentinelles. L’une dit à l’autre:

- Voici encore un jeune gentilhomme qui m’a l’air de se rendre à
l’armée.

Athos se retourna: tout ce qui s’occupait, d’une façon même
indirecte, de Raoul prenait aussitôt un intérêt à ses yeux.

- À quoi voyez-vous cela? demanda-t-il.

- À son air, monsieur, dit la sentinelle. D’ailleurs il a l’âge.
C’est le second d’aujourd’hui.

- Il est déjà passé ce matin un jeune homme comme moi? demanda
Raoul.

- Oui, ma foi, de haute mine et dans un bel équipage, cela m’a eu
l’air de quelque fils de bonne maison.

- Ce me sera un compagnon de route, monsieur, reprit Raoul en
continuant son chemin; mais, hélas! il ne me fera pas oublier
celui que je perds.

- Je ne crois pas que vous le rejoigniez, Raoul, car j’ai à vous
parler ici, et ce que j’ai à vous dire durera peut-être assez de
temps pour que ce gentilhomme prenne de l’avance sur vous.

- Comme il vous plaira, monsieur.

Tout en causant ainsi on traversait les rues qui étaient pleines
de monde à cause de la solennité de la fête, et l’on arrivait en
face de la vieille basilique, dans laquelle on disait une première
messe.

- Mettons pied à terre, Raoul, dit Athos. Vous, Olivain, gardez
nos chevaux et me donnez l’épée.

Athos prit à la main l’épée que lui tendait le laquais, et les
deux gentilshommes entrèrent dans l’église.

Athos présenta de l’eau bénite à Raoul. Il y a dans certains
coeurs de père un peu de cet amour prévenant qu’un amant a pour sa
maîtresse.

Le jeune homme toucha la main d’Athos, salua et se signa. Athos
dit un mot à l’un des gardiens, qui s’inclina et marcha dans la
direction des caveaux.

- Venez, Raoul, dit Athos, et suivons cet homme.

Le gardien ouvrit la grille des tombes royales et se tint sur la
haute marche, tandis qu’Athos et Raoul descendaient. Les
profondeurs de l’escalier sépulcral étaient éclairées par une
lampe d’argent brûlant sur la dernière marche, et juste au-dessous
de cette lampe reposait, enveloppé d’un large manteau de velours
violet semé de fleurs de lis d’or, un catafalque soutenu par des
chevalets de chêne.

Le jeune homme, préparé à cette situation par l’état de son propre
coeur plein de tristesse, par la majesté de l’église qu’il avait
traversée, était descendu d’un pas lent et solennel, et se tenait
debout et la tête découverte devant cette dépouille mortelle du
dernier roi, qui ne devait aller rejoindre ses aïeux que lorsque
son successeur viendrait le rejoindre lui-même, et qui semblait
demeurer là pour dire à l’orgueil humain, parfois si facile à
s’exalter sur le trône:

- Poussière terrestre, je t’attends!

Il se fit un instant de silence.

Puis Athos leva la main, et désignant du doigt le cercueil:

- Cette sépulture incertaine, dit-il, est celle d’un homme faible
et sans grandeur, et qui eut cependant un règne plein d’immenses
événements; c’est qu’au-dessus de ce roi veillait l’esprit d’un
autre homme, comme cette lampe veille au-dessus de ce cercueil et
l’éclaire. Celui-là, c’était le roi réel, Raoul; l’autre n’était
qu’un fantôme dans lequel il mettait son âme. Et cependant, tant
est puissante la majesté monarchique chez nous, cet homme n’a pas
même l’honneur d’une tombe aux pieds de celui pour la gloire
duquel il a usé sa vie, car cet homme, Raoul, souvenez-vous de
cette chose, s’il a fait ce roi petit, il a fait la royauté
grande, et il y a deux choses enfermées au palais du Louvre: le
roi, qui meurt, et la royauté qui ne meurt pas. Ce règne est
passé, Raoul; ce ministre tant redouté, tant craint, tant haï de
son maître, est descendu dans la tombe, tirant après lui le roi
qu’il ne voulait pas laisser vivre seul, de peur sans doute qu’il
ne détruisît son oeuvre, car un roi n’édifie que lorsqu’il a près
de lui soit Dieu, soit l’esprit de Dieu. Alors, cependant, tout le
monde regarda la mort du cardinal comme une délivrance, et moi-
même, tant sont aveugles les contemporains, j’ai quelquefois
traversé en face les desseins de ce grand homme qui tenait la
France dans ses mains, et qui, selon qu’il les serrait ou les
ouvrait, l’étouffait ou lui donnait de l’air à son gré. S’il ne
m’a pas broyé, moi et mes amis, dans sa terrible colère, c’était
sans doute pour que je puisse aujourd’hui vous dire: Raoul, sachez
distinguer toujours le roi de la royauté; le roi n’est qu’un
homme, la royauté, c’est l’esprit de Dieu; quand vous serez dans
le doute de savoir qui vous devez servir, abandonnez l’apparence
matérielle pour le principe invisible, car le principe invisible
est tout. Seulement, Dieu a voulu rendre ce principe palpable en
l’incarnant dans un homme. Raoul, il me semble que je vois votre
avenir comme à travers un nuage. Il est meilleur que le nôtre, je
le crois. Tout au contraire de nous, qui avons eu un ministre sans
roi, vous aurez, vous, un roi sans ministre. Vous pourrez donc
servir, aimer et respecter le roi. Si ce roi est un tyran, car la
toute-puissance a son vertige qui la pousse à la tyrannie, servez,
aimez et respectez la royauté, c’est-à-dire la chose infaillible,
c’est-à-dire l’esprit de Dieu sur la terre, c’est-à-dire cette
étincelle céleste qui fait la poussière si grande et si sainte
que, nous autres gentilshommes de haut lieu cependant, nous sommes
aussi peu de chose devant ce corps étendu sur la dernière marche
de cet escalier que ce corps lui-même devant le trône du Seigneur.

- J’adorerai Dieu, monsieur, dit Raoul, je respecterai la
royauté; je servirai le roi, et tâcherai, si je meurs, que ce soit
pour le roi, pour la royauté ou pour Dieu. Vous ai-je bien
compris?

Athos sourit.

- Vous êtes une noble nature, dit-il, voici votre épée.

Raoul mit un genou en terre.

- Elle a été portée par mon père, un loyal gentilhomme. Je l’ai
portée à mon tour, et lui ai fait honneur quelquefois quand la
poignée était dans ma main et que son fourreau pendait à mon côté.
Si votre main est faible encore pour manier cette épée, Raoul,
tant mieux, vous aurez plus de temps à apprendre à ne la tirer que
lorsqu’elle devra voir le jour.

- Monsieur, dit Raoul en recevant l’épée de la main du comte, je
vous dois tout; cependant, cette épée est le plus précieux présent
que vous m’ayez fait. Je la porterai, je vous jure, en homme
reconnaissant.

Et il approcha ses lèvres de la poignée, qu’il baisa avec respect.

- C’est bien, dit Athos. Relevez-vous, vicomte, et embrassons-
nous.

Raoul se releva et se jeta avec effusion dans les bras d’Athos.

- Adieu, murmura le comte, qui sentait son coeur se fondre,
adieu, et pensez à moi.

- Oh! éternellement! éternellement! s’écria le jeune homme. Oh!
je le jure, monsieur, et s’il m’arrive malheur, votre nom sera le
dernier nom que je prononcerai, votre souvenir ma dernière pensée.

Athos remonta précipitamment pour cacher son émotion, donna une
pièce d’or au gardien des tombeaux, s’inclina devant l’autel et
gagna à grands pas le porche de l’église, au bas duquel Olivain
attendait avec les deux autres chevaux.

- Olivain, dit-il en montrant le baudrier de Raoul, resserrez la
boucle de cette épée qui tombe un peu bas. Bien. Maintenant, vous
accompagnerez M. le vicomte jusqu’à ce que Grimaud vous ait
rejoints; lui venu, vous quitterez le vicomte. Vous entendez,
Raoul? Grimaud est un vieux serviteur plein de courage et de
prudence, Grimaud vous suivra.

- Oui, monsieur, dit Raoul.

- Allons, à cheval, que je vous voie partir.

Raoul obéit.

- Adieu! Raoul, dit le comte, adieu, mon cher enfant.

- Adieu, monsieur, dit Raoul, adieu, mon bien-aimé protecteur!

Athos fit signe de la main, car il n’osait parler, et Raoul
s’éloigna, la tête découverte.

Athos resta immobile et le regardant aller jusqu’au moment où il
disparut au tournant d’une rue.

Alors le comte jeta la bride de son cheval aux mains d’un paysan,
remonta lentement les degrés, rentra dans l’église, alla
s’agenouiller dans le coin le plus obscur et pria.
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Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) XXIV. Saint-Denis
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