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 Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) LXXXV. La reconnaissance d’Anne d’Autriche

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MessageSujet: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) LXXXV. La reconnaissance d’Anne d’Autriche   Lun 15 Avr - 19:29

LXXXV. La reconnaissance d’Anne d’Autriche

Athos éprouva beaucoup moins de difficulté qu’il ne s’y était
attendu à pénétrer près d’Anne d’Autriche; à la première démarche,
tout s’aplanit, au contraire, et l’audience qu’il désirait lui fut
accordée pour le lendemain, à la suite du lever, auquel sa
naissance lui donnait le droit d’assister.

Une grande foule emplissait les appartements de Saint-Germain;
jamais au Louvre ou au Palais-Royal Anne d’Autriche n’avait eu
plus grand nombre de courtisans; seulement, un mouvement s’était
fait parmi cette foule qui appartenait à la noblesse secondaire,
tandis que tous les premiers gentilshommes de France étaient près
de M. de Conti, de M. de Beaufort et du coadjuteur.

Au reste, une grande gaieté régnait dans cette cour. Le caractère
particulier de cette guerre fut qu’il y eut plus de couplets faits
que de coups de canon tirés. La cour chansonnait les Parisiens,
qui chansonnaient la cour, et les blessures, pour n’être pas
mortelles, n’en étaient pas moins douloureuses, faites qu’elles
étaient avec l’arme du ridicule.

Mais au milieu de cette hilarité générale et de cette futilité
apparente, une grande préoccupation vivait au fond de toutes les
pensées, Mazarin resterait-il ministre ou favori, ou Mazarin, venu
du Midi comme un nuage, s’en irait-il emporté par le vent qui
l’avait apporté? Tout le monde l’espérait, tout le monde le
désirait; de sorte que le ministre sentait qu’autour de lui tous
les hommages, toutes les courtisaneries recouvraient un fond de
haine mal déguisée sous la crainte et sous l’intérêt. Il se
sentait mal à l’aise, ne sachant sur quoi faire compte ni sur qui
s’appuyer.

M. le Prince lui-même, qui combattait pour lui, ne manquait jamais
une occasion ou de le railler ou de l’humilier; et, à deux ou
trois reprises, Mazarin ayant voulu, devant le vainqueur de
Rocroy, faire acte de volonté, celui-ci l’avait regardé de manière
à lui faire comprendre que, s’il le défendait, ce n’était ni par
conviction ni par enthousiasme.

Alors le cardinal se rejetait vers la reine, son seul appui. Mais
à deux ou trois reprises il lui avait semblé sentir cet appui
vaciller sous sa main.

L’heure de l’audience arrivée, on annonça au comte de La Fère
qu’elle aurait toujours lieu, mais qu’il devait attendre quelques
instants, la reine ayant conseil à tenir avec le ministre.

C’était la vérité. Paris venait d’envoyer une nouvelle députation
qui devait tâcher de donner enfin quelque tournure aux affaires,
et la reine se consultait avec Mazarin sur l’accueil à faire à ces
députés.

La préoccupation était grande parmi les hauts personnages de État
Athos ne pouvait donc choisir un plus mauvais moment pour parler
de ses amis, pauvres atomes perdus dans ce tourbillon déchaîné.

Mais Athos était un homme inflexible qui ne marchandait pas avec
une décision prise, quand cette décision lui paraissait émanée de
sa conscience et dictée par son devoir; il insista pour être
introduit, en disant que, quoiqu’il ne fût député ni de
M. de Conti, ni de M. de Beaufort, ni de M. de Bouillon, ni de
M. d’Elbeuf, ni du coadjuteur, ni de madame de Longueville, ni de
Broussel, ni du parlement, et qu’il vînt pour son propre compte il
n’en avait pas moins les choses les plus importantes à dire à Sa
Majesté.

La conférence finie, la reine le fit appeler dans son cabinet.

Athos fut introduit et se nomma. C’était un nom qui avait trop de
fois retenti aux oreilles de Sa Majesté et trop de fois vibré dans
son coeur, pour qu’Anne d’Autriche ne le reconnût point; cependant
elle demeura impassible, se contentant de regarder ce gentilhomme
avec cette fixité qui n’est permise qu’aux femmes reines soit par
la beauté, soit par le sang.

- C’est donc un service que vous offrez de nous rendre, comte?
demanda Anne d’Autriche après un instant de silence.

- Oui, Madame, encore un service, dit Athos, choqué de ce que la
reine ne paraissait point le reconnaître.

C’était un grand coeur qu’Athos, et par conséquent un bien pauvre
courtisan.

Anne fronça le sourcil. Mazarin, qui, assis devant une table,
feuilletait des papiers comme eût pu le faire un simple secrétaire
État, leva la tête.

- Parlez, dit la reine.

Mazarin se remit à feuilleter ses papiers.

- Madame, reprit Athos, deux de nos amis, deux des plus
intrépides serviteurs de Votre Majesté, M. d’Artagnan et M. du
Vallon, envoyés en Angleterre par M. le cardinal, ont disparu tout
à coup au moment où ils mettaient le pied sur la terre de France,
et l’on ne sait ce qu’ils sont devenus.

- Eh bien? dit la reine.

- Eh bien! dit Athos, je m’adresse à la bienveillance de Votre
Majesté pour savoir ce que sont devenus ces deux gentilshommes, me
réservant, s’il le faut ensuite, de m’adresser à sa justice.

- Monsieur, répondit Anne d’Autriche avec cette hauteur qui, vis-
à-vis de certains hommes, devenait de l’impertinence, voilà donc
pourquoi vous nous troublez au milieu des grandes préoccupations
qui nous agitent? Une affaire de police! Eh! monsieur, vous savez
bien, ou vous devez bien le savoir, que nous n’avons plus de
police depuis que nous ne sommes plus à Paris.

- Je crois que Votre Majesté, dit Athos en s’inclinant avec un
froid respect, n’aurait pas besoin de s’informer à la police pour
savoir ce que sont devenus MM. d’Artagnan et du Vallon; et que si
elle voulait bien interroger M. le cardinal à l’endroit de ces
deux gentilshommes, M. le cardinal pourrait lui répondre sans
interroger autre chose que ses propres souvenirs.

- Mais, Dieu me pardonne! dit Anne d’Autriche avec ce dédaigneux
mouvement des lèvres qui lui était particulier, je crois que vous
interrogez vous-même.

- Oui, Madame, et j’en ai presque le droit, car il s’agit de
M. d’Artagnan, de M. d’Artagnan, entendez-vous bien, Madame? dit-
il de manière à courber sous les souvenirs de la femme le front de
la reine.

Mazarin comprit qu’il était temps de venir au secours d’Anne
d’Autriche.

- _Monsou_ le comte, dit-il, je veux bien vous apprendre une
chose qu’ignore Sa Majesté, c’est ce que sont devenus ces deux
gentilshommes. Ils ont désobéi, et ils sont aux arrêts.

- Je supplie donc Votre Majesté, dit Athos toujours impassible et
sans répondre à Mazarin, de lever ces arrêts en faveur de
MM. d’Artagnan et du Vallon.

- Ce que vous me demandez est une affaire de discipline et ne me
regarde point, monsieur, répondit la reine.

- M. d’Artagnan n’a jamais répondu cela lorsqu’il s’est agi du
service de Votre Majesté, dit Athos en saluant avec dignité.

Et il fit deux pas en arrière pour regagner la porte, Mazarin
l’arrêta.

- Vous venez aussi d’Angleterre, monsieur? dit-il en faisant un
signe à la reine, qui pâlissait visiblement et s’apprêtait à
donner un ordre rigoureux.

- Et j’ai assisté aux derniers moments du roi Charles Ier, dit
Athos. Pauvre roi! coupable tout au plus de faiblesse, et que ses
sujets ont puni bien sévèrement; car les trônes sont bien ébranlés
à cette heure, et il ne fait pas bon, pour les coeurs dévoués, de
servir les intérêts des princes. C’était la seconde fois que
M. d’Artagnan allait en Angleterre: la première, c’était pour
l’honneur d’une grande reine; la seconde, c’était pour la vie d’un
grand roi.

- Monsieur, dit Anne d’Autriche à Mazarin avec un accent dont
toute son habitude de dissimuler n’avait pu chasser la véritable
expression, voyez si l’on peut faire quelque chose pour ces
gentilshommes.

- Madame, dit Mazarin, je ferai tout ce qu’il plaira à Votre
Majesté.

- Faites ce que demande M. le comte de La Fère. N’est-ce pas
comme cela que vous vous appelez, monsieur?

- J’ai encore un autre nom, Madame; je me nomme Athos.

- Madame, dit Mazarin avec un sourire qui indiquait avec quelle
facilité il comprenait à demi-mot, vous pouvez être tranquille,
vos désirs seront accomplis.

- Vous avez entendu, monsieur? dit la reine.

- Oui, Madame, et je n’attendais rien moins de la justice de
Votre Majesté. Ainsi, je vais revoir mes amis; n’est-ce pas,
Madame? c’est bien ainsi que Votre Majesté l’entend?

- Vous allez les revoir, oui, monsieur. Mais, à propos, vous êtes
de la Fronde, n’est-ce pas?

- Madame, je sers le roi.

- Oui, à votre manière.

- Ma manière est celle de tous les vrais gentilshommes, et je
n’en connais pas deux, répondit Athos avec hauteur.

- Allez donc, monsieur, dit la reine en congédiant Athos du
geste; vous avez obtenu ce que vous désiriez obtenir, et nous
savons tout ce que nous désirions savoir.

Puis s’adressant à Mazarin, quand la portière fut retombée
derrière lui:

- Cardinal, dit-elle, faites arrêter cet insolent gentilhomme
avant qu’il soit sorti de la cour.

- J’y pensais, dit Mazarin, et je suis heureux que Votre Majesté
me donne un ordre que j’allais solliciter d’elle. Ces casse-bras
qui apportent dans notre époque les traditions de l’autre règne
nous gênent fort; et puisqu’il y en a déjà deux de pris, joignons-
y le troisième.

Athos n’avait pas été entièrement dupe de la reine. Il y avait
dans son accent quelque chose qui l’avait frappé et qui lui
semblait menacer tout en promettant. Mais il n’était pas homme à
s’éloigner sur un simple soupçon, surtout quand on lui avait dit
clairement qu’il allait revoir ses amis. Il attendit donc, dans
une des chambres attenantes au cabinet où il avait eu audience,
qu’on amenât vers lui d’Artagnan et Porthos, ou qu’on le vînt
chercher pour le conduire vers eux.

Dans cette attente, il s’était approché de la fenêtre et regardait
machinalement dans la cour. Il y vit entrer la députation des
Parisiens, qui venait pour régler le lieu définitif des
conférences et saluer la reine. Il y avait des conseillers au
parlement, des présidents, des avocats, parmi lesquels étaient
perdus quelques hommes d’épée. Une escorte imposante les attendait
hors des grilles.

Athos regardait avec plus d’attention, car au milieu de cette
foule il avait cru reconnaître quelqu’un, lorsqu’il sentit qu’on
lui touchait légèrement l’épaule.

Il se retourna.

- Ah! monsieur de Comminges! dit-il.

- Oui, monsieur le comte, moi-même, et chargé d’une mission pour
laquelle je vous prie d’agréer toutes mes excuses.

- Laquelle, monsieur? demanda Athos.

- Veuillez me rendre votre épée, comte.

Athos sourit, et ouvrant la fenêtre:

- Aramis! cria-t-il.

Un gentilhomme se retourna: c’était celui qu’avait cru reconnaître
Athos. Ce gentilhomme, C’était Aramis. Il salua amicalement le
comte.

- Aramis, dit Athos, on m’arrête.

- Bien, répondit flegmatiquement Aramis.

- Monsieur, dit Athos en se retournant vers Comminges et en lui
présentant avec politesse son épée par la poignée, voici mon épée;
veuillez me la garder avec soin pour me la rendre quand je
sortirai de prison. J’y tiens, elle a été donnée par le roi
François Ier à mon aïeul. Dans son temps on armait les
gentilshommes, on ne les désarmait pas. Maintenant, où me
conduisez-vous?

- Mais... dans ma chambre d’abord, dit Comminges. La reine fixera
le lieu de votre domicile ultérieurement.

Athos suivit Comminges sans ajouter un seul mot.
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Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) LXXXV. La reconnaissance d’Anne d’Autriche
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