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 Louis Fréchette (1839-1908) Préface à l'édition de 1908

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MessageSujet: Louis Fréchette (1839-1908) Préface à l'édition de 1908    Ven 19 Avr - 18:17

Préface édition de 1908
Les épaves sont ce qui reste après un naufrage, les débris
abandonnés que la vague rejette sur les grèves, que les
intempéries effritent, que le temps disperse et emporte à vau-
l'eau. Les Épaves poétiques, c'est là un titre qui convient à ce
livre, et qui répond parfaitement à la pensée de son auteur. Je
n'ai pas la prétention de croire que ces bribes échapperont au
naufrage qui attend les pauvres feuillets que j'ai jetés un peu
toute ma vie au vent des événements et des circonstances. Si
quelques-uns résistent plus longtemps que les autres au
tourbillon qui les entraîne dans le gouffre inévitable de
l'oubli, je n'aurai rien à désirer de plus.
Les plus importants de ces essais, peut-être, se trouvent
compris, dans les deux premiers volumes du recueil que mes
Éditeurs ont publié sous le titre général de Poésies choisies,
c'est-à-dire dans La Légende d'un peuple, et Les Feuilles
volantes, où se trouve comprise ma série de sonnets intitulée
Les Oiseaux de neiges. En dehors de ces deux volumes, j'ai
recueilli bon nombre de pièces inédites auxquelles j'ai ajouté
ce qui m'a semblé le moins défectueux dans mes anciens
recueils - Mes loisirs, Fleurs boréales et Pêle-mêle, dont le
tirage est depuis longtemps épuisé. Enfin, l'ouvrage se clôt
par mon drame Veronica, qui fut représenté au théâtre des
Variétés, à Montréal, il y a quelques années, et qui n'a jamais
été imprimé en entier.
Nul lien de cohésion entre ces pièces. La page patriotique
s'accole à la page intime; la strophe religieuse suit de près la

stance descriptive; l'ode pindarique coudoie le récit
légendaire; la plainte d'un coeur blessé sans transitions à
quelque réminiscence idyllique; la romance pensive se mêle à
la claironnée guerrière. Il y a plus : à côté d'un travail plus ou
moins récent, s'étalent, dans leur inexpérience naïve, les
aspirations du collégien à la recherche de la formule poétique
et de la tournure qu'il donnera à l'extériorisation de son rêve,
à l'expression de sa pensée.
Ces tentatives d'adolescent, qu'on est convenu d'appeler
«péchés de jeunesse » - de même que nombre de bluettes
légères ou d'impromptus de circonstances qui ne valent guère
mieux - méritaient peu, je le sais, de trouver place dans un
volume à prétentions plus ou moins sérieuses. Il eût été plus
sage peut-être de laisser ces pauvres feuilles mortes s'envoler
au gré des brises d'automne, à jamais perdues pour les
lecteurs et pour moi. Néanmoins, si ces humbles essais n'ont
qu'une valeur à peu près nulle comme oeuvre d'art, ils en ont
une au point de vue documentaire. Ils sont non seulement
l'expression d'une pensée ou d'un rêve en embryon, mais on
y trouvera de plus la trace des efforts littéraires qui ont
caractérisé toute une époque intellectuelle dans notre pays.
On peut y suivre pour ainsi dire pas à pas les développements
d'une âme en proie aux hantises d'une poésie dont elle
ignorait le langage, les règles et les procédés, et qu'elle
essayait de traduire sans modèles, sans traditions et presque
sans maîtres.
On y découvrira surtout les défauts et les qualités du
milieu ambiant, l'avènement d'une génération qui, malgré ses
tâtonnements et ses hésitations, a parcouru jusqu'à nos jours
un chemin qu'on ne saurait mesurer sans quelque

satisfaction, et peut-être sans quelque profit, si ceux qui sont
venus après elle veulent la juger avec impartialité.
C'est à ceux des nôtres qui sont aujourd'hui en relations
constantes avec les publications françaises, avec les écrivains
de toutes les écoles, qui n'ont qu'à le vouloir pour mettre la
main sur les chefs-d'oeuvre classiques et modernes, sur les
critiques les plus autorisées, de même que sur des ouvrages
de toutes les nuances et de toutes les portées, traitant de l'art
d'écrire; c'est à ceux-là, dis je, qu'il sera sans doute
intéressant de remonter vers un passé si différent
d'aujourd'hui, et pourtant encore si peu éloigné de l'époque
actuelle.
Ils se demanderont peut-être comment, en suivant nos
classes des Humanités ou de Rhétorique, en étudiant une
profession pour s'assurer le pain quotidien, nous avions le
courage d'aborder la culture des Lettres - surtout quand il
nous fallait, de soi, s'initier à tout, même aux ressources de la
langue - et cela sans espoir d'obtenir la moindre
rémunération, le moindre succès dans la vie.
Envisagés de cette façon, les faiblesses même de nos
premiers écrits comparés à la valeur relative de ceux qui les
ont suivis, peuvent servir de leçon utile à ceux que les
difficultés et les insuccès pourraient décourager dans la voie
littéraire - voie toujours si ardue dans un pays comme le
nôtre, et qui pourtant conduit seul un peuple vers les hautes
destinées intellectuelles.
L. F.
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Louis Fréchette (1839-1908) Préface à l'édition de 1908
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