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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:55

Chapitre IX


Ce fut autant que je puis me le rappeler vers l'époque
de cette visite de Chiniquy chez mon père, c'est-à-dire en
1845, qu'eut lieu dans notre comté la première élection
politique dont j'aie gardé le souvenir. Le pays était en pleine
agitation constitutionnelle au sujet de ce qu'on était convenu
d'appeler la « double majorité », c'est-à-dire la responsabilité
ministérielle de chaque section du cabinet vis-à-vis de la
province qu'elle était censée représenter dans le conseil
exécutif.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:55

M. André Taschereau, avocat et magistrat de police à
Québec, venait d'être appelé par le gouverneur général lord
Metcalfe au poste de solliciteur général, et se présentait dans
le comté de Dorchester pour faire ratifier sa nomination par
le peuple. Le comté de Dorchester comprenait alors ce qui fut
plus tard le comté de Dorchester actuel, celui de Beauce et
celui de Lévis. L'opposant de M. Taschereau fut M. Horatio
Patton, le « bourgeois » de notre canton, dont la popularité
personnelle succomba devant les sympathies ou les préjugés
de races, bien que les intérêts des Canadiens français ne
fussent, en réalité, guère en harmonie avec les idées que
représentait l'homme du gouvernement. Ai-je besoin de dire
que je ne pris pas une part bien active dans cette campagne
électorale, où mon père mit tout en jeu pour le succès de son
ami? Je n'eus pas même la satisfaction, me trouvant dans le
camp des vaincus, d'acclamer le triomphateur. Car il y eut un
triomphe, s'il vous plaît, un triomphe immense: quatre
cents voitures pavoisées de drapeaux et empanachées de
verdure, avec chevaux pomponnés, enrubannés et
enguirlandés, à la suite d'un brillant équipage en quadrige,
dans lequel, au milieu des hourrahs et des défis, trônait le
nouvel élu, le front couronné d'un haut-de-forme gris le
premier qu'on eût encore aperçu à l'horizon de nos humbles
quartiers.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:55

Ils étaient bien peu de chose, nos humbles quartiers dans
cet immense comté de Dorchester; mais c'était le lieu de
résidence du candidat battu: il fallait bien aller parader à sa
porte et narguer un peu ses partisans. C'est à cette
circonstance sans doute que nous dûmes l'honneur de voir le
défilé solennel.
Un farceur s'en vengea le lendemain en promenant, dans
une affreuse charrette traînée par une haridelle poussive et
efflanquée, un mannequin étique secouant un chef branlant
sous la coiffe d'un vieux castor peinturé en gris pour la
circonstance. On voit d'ici la bande de gamins hurlant à la
suite de ce triomphe d'un nouveau genre. Nous vîmes, une
couple d'années plus tard, un autre triomphe, à la suite d'une
élection moins importante, mais qui créa dans la paroisse
beaucoup plus de rancunes, et donna lieu surtout à beaucoup
plus de tapage. Il ne s'agissait pourtant que d'une élection de
marguilliers; mais les esprits étaient tellement montés, les
partis tellement exaspérés, que oncques2 ne vîmes pareille
perturbation dans nos parages.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:56

Le curé était un homme de zèle, mais malheureusement
d'un caractère dominateur et peu conciliant. Il s'était mis
dans la tête d'imposer sa volonté en cela comme en tout, et
voilà les paroissiens divisés en deux camps acharnés, la
masse favorisant la candidature d'un marchand du nom de
Samson, surnommé Batoche à Lazette et le curé tenant
mordicus pour un riche rentier du nom de Laurent Chabot. Ce
fut une lutte homérique. Et, chose assez curieuse, le curé
appliqua le nom de Rouges à ceux qui prétendaient résister à
son arbitraire.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:56

Il fut vaincu; les Rouges remportèrent la victoire; Samson
fut élu par une majorité écrasante, et ses partisans le
promenèrent triomphalement d'un bout de la paroisse à
l'autre, avec accompagnement de drapeaux, de pétards, de
trompettes et d'acclamations enthousiastes. Jamais ministre
élu n'eut une ovation plus délirante. On dit que l'abbé Déziel
en fit une maladie ce qui, par parenthèse, néanmoins ne
corrigea aucunement ses instincts belliqueux.
L'année 1845 fut signalée par un événement désastreux
dont le contrecoup se fit sentir chez nous, comme dans tout le
reste du pays, à vrai dire. Le 28 mai, les deux tiers de la ville
de Québec furent ravagés par un formidable incendie. Ce fut
un cataclysme. Le faubourg Saint-Roch, le faubourg Saint-
Vallier, partie du faubourg Saint-Jean, le populeux quartier
du Palais, tout fut en quelques heures réduit en un monceau
de ruines fumantes. Si une pluie providentielle n'était
2 Archaïsme signifiant jamais.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:56

survenue à temps, toute la ville y passait. Au delà de seize
cents maisons et édifices publics devinrent la proie des
flammes; quinze à seize mille personnes se trouvèrent sans
asile; les pertes de vie s'élevèrent à une centaine au moins.
Or on était encore sous le coup du désastre, lorsqu'un second
malheur fondit sur la ville déjà si éprouvée.
Juste un mois après le triste événement, un nouvel
incendie presque aussi désastreux que le premier rasa ce qui
restait du faubourg Saint-Jean, avec une grande partie du
faubourg Saint-Louis. En huit heures, douze cents maisons et
deux églises furent détruites. On conçoit le désespoir de cette
population affolée et manquant de tout. L'écho de ses
lamentations et de ses appels de détresse arrivait jusqu'à nous
et tirait des larmes aux plus stoïques. Pendant plus de trente
ans, j'ai entendu parler avec terreur du « grand feu de Saint-
Roch ».
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:56

L'année suivante, un autre événement douloureux jeta de
nouveau la consternation dans la pauvre ville de Québec. Le
récit de la catastrophe nous fut fait par deux témoins
oculaires: notre voisin, M. Houghton et l'un des amis de mon
père, M. Charlton. Tous deux arrivaient de la ville, où ils
avaient assisté à une exhibition panoramique, au Théâtre
Royal. Ce théâtre qui n'a jamais été reconstruit depuis
était situé à l'est de la Place d'Armes, dans la déclivité au
sommet de laquelle s'élève aujourd'hui le monument de
Champlain.
C'était le 12 juin 1846. On donnait en spectacle le
Crucifiement du Christ; et nombre de gens virent dans le
terrible malheur qui signala cette soirée une marque de la
réprobation divine contre la mise en scène profane d'un
pareil sujet. Voici ce qui s'était passé.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:56

La salle était éclairée par des lampes à huile camphrée. À la fin de la
représentation, comme l'orchestre faisait entendre les
premières notes du God Save the Queen, une de ces lampes
fit explosion. En un clin d'oeil, rideaux, toiles et charpentes
de décors s'enflammèrent, et bientôt la salle tout entière ne
fut plus qu'une fournaise ardente. On sait ce qui arrive
toujours en pareille occurrence: la foule, prise de panique
folle, se précipita vers les issues, s'y massa, et plus de
cinquante personnes appartenant aux familles les plus haut
placées de Québec périrent brûlées, écrasées ou étouffées
dans la fumée. Par bonheur, nos deux amis étaient déjà sortis
de la salle lorsque eut lieu l'accident.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:57

En nous racontant les péripéties du drame, auquel ils
avaient assisté du dehors, ils pouvaient à peine maîtriser leur
émotion. Un grotesque incident se rattache à la cruelle
catastrophe. M. Ronald McDonald, le rédacteur du Canadien,
était à la représentation avec sa femme et sa fille aînée. Il
échappa au désastre, mais les deux dames y périrent. Or voici
l'extraordinaire remarque qui se lisait le lendemain dans le
Journal de Québec, rédigé par M. Joseph Cauchon:
« M. McDonald, le rédacteur du Canadien eut aussi le
bonheur d'échapper à cette calamité. Dès qu'on l'aperçut et
qu'on l'entendit, plusieurs bras s'attachèrent à lui, et on le
retira; dans les efforts qu'on avait fait pour le dégager, il
avait perdu ses bottes. Ce serait peu si c'était là sa seule
perte, mais il pleure aussi la perte de son épouse et de sa fille
aînée, Mme Rigobert Angers, qui ont péri dans les
flammes ».
Quand Cauchon frappait c'était toujours brutalement;
quand il essayait de faire de l'esprit, il ratait, invariablement
son affaire. Qu'y avait-il là-dessous? Une plaisanterie?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:57

En pareille circonstance, elle eût été plus que déplacée, elle eût
été criminelle. L'auteur avait-il voulu, par rancune
d'adversaire ou par rivalité de métier, faire une insinuation
maligne et déloyale contre le courage d'un antagoniste
politique si douloureusement frappé dans ses plus chères
affections? Cette dernière hypothèse est aussi odieuse que la
première est invraisemblable. En tout cas, M. Cauchon eut
beaucoup de peine à se faire pardonner cet impair par le
sentiment public révolté.
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