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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:55

Rappel du premier message :

Chapitre IX


Ce fut autant que je puis me le rappeler vers l'époque
de cette visite de Chiniquy chez mon père, c'est-à-dire en
1845, qu'eut lieu dans notre comté la première élection
politique dont j'aie gardé le souvenir. Le pays était en pleine
agitation constitutionnelle au sujet de ce qu'on était convenu
d'appeler la « double majorité », c'est-à-dire la responsabilité
ministérielle de chaque section du cabinet vis-à-vis de la
province qu'elle était censée représenter dans le conseil
exécutif.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:57

En pareille circonstance, elle eût été plus que déplacée, elle eût
été criminelle. L'auteur avait-il voulu, par rancune
d'adversaire ou par rivalité de métier, faire une insinuation
maligne et déloyale contre le courage d'un antagoniste
politique si douloureusement frappé dans ses plus chères
affections? Cette dernière hypothèse est aussi odieuse que la
première est invraisemblable. En tout cas, M. Cauchon eut
beaucoup de peine à se faire pardonner cet impair par le
sentiment public révolté.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:57

Ma première visite à l'église me causa une des plus vives
émotions de mon enfance. Quand, après avoir gravi les
degrés de pierre, je pénétrai sous la grande porte en tenant
mon père par la main, les cloches sonnaient en branle, et tout
impressionné par ces vibrations métalliques que j'entendais
de près pour la première fois, j'éprouvai un véritable
saisissement. La hauteur des voûtes, les échos éveillés par
nos pas, la formalité du bénitier et du signe de la croix en
rentrant, les dorures de l'autel, l'odeur particulière que laisse
l'encens derrière lui mêlée à la fumée des cierges, le
recueillement de la multitude agenouillée, la longue série des
enfants de choeur défilant dans le sanctuaire en surplis
blancs, les envolées du chant grégorien flottant dans la
sonorité de la grande nef, tout cela me révélait quelque chose
d'extraordinaire, et produisit chez moi comme l'ébranlement
d'un effroi sacré. Étais je encore dans le monde réel? ou me
trouvais-je transporté tout à coup dans le domaine des
fantasmagories célestes? Je n'aurais pu le dire.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:57






Et, après soixante ans passés, cette singulière impression,
si elle a perdu de son intensité en présence de la réalité des
choses, palpite encore très vive et très nette au fond de mes
souvenirs. Ainsi que je l'ai dit plus haut, j'avais déjà vu des
prêtres, je savais à peu près ce que c'était; mais quand j'en
vis un monter à l'autel, en habit sacerdotal, dans l'éclat et la
majesté solennelle du culte, la prédiction toute récente de
l'abbé Chiniquy passa devant mes yeux, flamboya dans mon
esprit, et je faillis m'évanouir. Non, non! ce n'était pas
possible que je fusse appelé à jouer un pareil rôle. Je n'osais
pas même porter mes regards ambitieux vers les acolytes qui
servaient la messe avec de grands chandeliers d'argent, le
cérémoniaire qui transportait le missel d'un côté de l'autel à
l'autre, ou le thuriféraire balançant au bout du bras
l'encensoir fumant et tintinnabulant, qu'on lançait alors à
pleine volée au bout de ses longues chaînes. C'était là le nec
plus ultra de mes aspirations, et encore!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:57

Une chose qui me frappa le plus vivement, dans cette
première visite à l'église de notre paroisse, et qui plus tard
finit par reléguer un peu tout le reste dans l'ombre, ce fut un
bijou de petite frégate suspendu à la voûte, pieux ex-voto
d'un naufragé, et dont j'ai longuement parlé dans mon livre
Originaux et Détraqués, au chapitre intitulé Dominique. Ce
dimanche-là, il y eut, après la messe, appel nominal et parade
des miliciens en face de l'église. Le colonel Lagueux, après
avoir dit l'Angélus au son de la cloche, procéda à l'appel des
enrôlés, et au fur et à mesure que les hommes répondaient:
Présent! ils allaient se ranger à la file sur la place, où un
officier subalterne les comptait et surveillait leur tenue. Après
cela vint l'exercice. Oh! l'exercice, réduit à sa plus simple
expression: Face à droite!... Face à gauche!... Trois pas en
avant!... Trois pas en arrière!... Ce à quoi les gamins
ajoutaient: « Si vous êtes pas contents, allez faire vot'
prière!... » Il va sans dire que la bienséance m'oblige à
modifier la rime, un peu trop crue pour l'oreille des aimables
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre IX   Mer 12 Juin - 8:58

lectrices qui me font l'honneur de me suivre à travers les
dédales de mon récit. Ils aimaient la rime, les gamins de mon
temps. Je les entends encore frapper du pied en cadence, en
criant aux miliciens: «Face! face! face!... A la boutique à
Gnace!... » La « boutique à Gnace » était la forge d'un
nommé Ignace Samson, qui se trouvait juste à faire pendant à
l'église, de l'autre côté de la place publique. Après quelques
instants de parade et d'exercice, les miliciens rompirent les
rangs, allumèrent leurs pipes, et se dispersèrent, pendant
qu'un gamin, plus effronté que les autres, malgré les chut!
chut! chut! prenait la fuite en criant: « Hourrah pour
Papineau! »

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