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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:18

Coq Pomerleau

Inutile de vous présenter Jos Violon, n'est-ce pas? Mes lecteurs connaissent le 
type.

Je ne dirai pas qu'il était en verve, ce soir-là: il l'était toujours; mais il 
paraissait tout particulièrement gai; et ce fut par des acclamations joyeuses que 
nous l'applaudîmes, quand il nous annonça le récit des aventures de Coq 
Pomerleau.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:18

Nous fîmes silence; et, après s'être humecté la luette d'un petit verre de rhum, 
s'être fait claquer la langue avec satisfaction, et avoir allumé sa pipe à la chandelle, 
en disant: « Excusez la mèche! » il commença par sa formule ordinaire:
-Cric, crac, les enfants! Parli, parlo, parlons! Pour en savoir le court et le 
long, passez le crachoir à Jos Violon! Sacatabi, sac-à-tabac, à la porte les ceuses 
qu'écouteront pas!

Puis, s'essuyant les lèvres du revers de sa manche, il aborda carrément son 
sujet:
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:18

-Vous avez p'tête ben entendu dire, les enfants, que dans les pays d'en haut, y 
avait des rivières qui coulaient en remontant. Ça a l'air pas mal extrédinaire, 
c'pas; et ben faut pas rire des ceuses qui vous racontent ça. Ces rivières-là sont 
ensorcelées. Écoutez ben ce que je m'en vas vous raconter.
C'était donc pour vous dire, les enfants, que c't' automne-là j'étais, m'a dire 
comme on dit, en décis de savoir si j'irais en hivernement. Y avait quatorze ans 
que je faisais chanquier, je connaissais les hauts sur le bout de mon doigt, le 
méquier commençait à me fatiguer le gabareau et j'avais quasiment une idée de me 
reposer avec la bonne femme, en attendant le printemps.
J'avais même déjà refusé deux bons engagements, quand je vis ressourdre un 
de mes grands oncles de la Beauce, le bom' Gustin Pomerleau, que j'avais pas vu 
depuis l'année du grand choléra (1).
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:19

Y m'emmenait son garçon pour y faire faire sa cléricature de voyageur et son 
apprentissage dans l'administration de la grand'hache et du bois carré. 
Ça prenait Jos Violon pour ça, vous comprenez.
Le bonhomme aimait à faire des rimettes:
-Mon neveu, qu'y me dit, v'là mon fils, j'te le confie, pour son profit. 
Fallait ben répondre sur le même air, c'pas? J'y dis:

- Père Pomerleau, j'suis pas un gorlot, laissez-moi le matelot, sed libera nos a 
malo
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:19

C'est ça, par exemple, qui tordit l'ambition au bom' Gustin! Y pensait pas que 
Jos Violon pouvait le matcher de c'te façon-là, ben sûr.
-Comment c'qui s'appelle, le petit? que je dis.
-Ah! ben dame, ça, comment c'qui s'appelle? je pourrais pas dire. Son 
parrain y avait donné un drôle de nom qui rimait presque à rien; et comme sa mère 
pouvait jamais s'en rappeler, elle l'a toujours appelé P'tit Coq. Ça fait que depuis 
ce temps-là, les gens de par cheux nous l'appellent pas autrement que le Coq à 
Pomerleau, ou ben Coq Pomerleau tout court. On y connaît pas d'aut' signature.
Et pour mettre le fion au document, v'là le bonhomme encore parti sus la 
rimette:
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:19

-Tu trouveras pas, sous vot' respec', dans tout Québec, la pipe au bec, un 
jeune homme plus correc', t'auras pas honte avec!
-Eh ben, que j'y dis, ça y est, mon Coq, j'te prends! Va t'acheter une chemise 
rouge, des bottes malouines, une paire de raquettes, un couteau à ressort, une batte-
feu, avec une ceinture fléchée; t'es mon clerc! Et pi si t'es plôqué, et que tu te 
comportes en brick, y aura pas un ciseau dans Sorel pour t'en remontrer l'année 
prochaine, je t'en signe mon papier!
Huit jours après, on se crachait dans les mains, et ho! sus l'aviron.
Parce que faut vous dire, les enfants, que dans ce temps-là, c'était pas le John-
Munn ni le Québec qui nous montait au Morial. On faisait la route en canots 
d'écorce, par gang de trois, quatre, cinq canots, en nageant et en chantant, qu'y 
avait rien de plus beau.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:19

A c't heure, bondance! y a pus de fun à voyager. On part, on arrive: on 
voyage pas. Parlez-moi d'y a vingt-cinq à trente ans, c'est Jos Violon qui vous dit 
ça! C'était queuque chose, dans ce temps-là que le méquier de voyageur!
Le Coq, qu'avait jamais, lui, travelé autrement qu'en berlot ou en petit 
cabarouette dans les chemins de campagne, avait pas tout à fait la twist dans le 
poignet pour l'aviron; mais on voyait qu'y faisait de son mieux pour se dégourdir.
Avec ça qu'y devait avoir de quoi pour se dégourdir le canayen en effette, 
parce que, de temps en temps, je le voyais qui se passait la main dans sa chemise, 
et qui se baissait la tête, sous vot' respec', comme pour sucer quèque chose.
Je croyais d'abord qu'y prenait une chique; mais y a des imites pour chiquer. 
On a beau venir de la Beauce, un homme peut toujours pas virer trois ou quatre 
torquettes en sirop dans son après-midi.
Enfin, je m'aperçus qu'au lieu de prendre une chique, c'était d'autre chose 
qu'y prenait.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:19

- L'enfant de potence! que je dis, il va être mort-ivre avant d'arriver à 
Batiscan. Mais, bougez pas! c'est pas pour rien dire de trop, mais j'cré que si le 
vlimeux avait besoin de s'exercer le bras, c'était toujours pas pour apprendre à 
lever le coude.
Sous ce rapport-là, les camarades aussi ben comme moi, on fut pas longtemps à 
s'apercevoir que sa cléricature était faite; le flambeux gardit sa connaissance 
jusqu'à Trois-Rivières.
Là, par exemple, les enfants, ça fut une autre paire de manches. C'était pus un 
jeune homme, c'était une tempête.
Où c'qu'il avait appris à sacrer comme ça? je le demande.
C'était toujours pas à Trois-Rivières, puisqu'il venait d'arriver. En tout cas, il 
avait pas besoin de faire de cléricature pour ça non plus. C'est mon opinion!
Dans la soirée, on se rencontrit avec d'autres voyageurs qui partaient pour les 
chanquiers du Saint-Maurice; et je vous persuade que les voyageurs de Trois-
Rivières, les enfants, c'est ça qu'est toffe!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:19

Quoi qu'il en soit, comme dit M. le curé - à propos de je sais pas quoi, v'là la 
chicane pris entre mon Coq Pomerleau épi une grande gaffe de marabout de six 
pieds et demi, du nom de Christophe Brindamour, qu'avait un drôle de surbroquet.
Christophe Brindamour, vous comprenez, c'était ben trop long à dégoiser pour 
les camarades. On l'avait baptisé le grand Crisse, en manière de raccourcis.
Ah! le Jupiter, c'est ça qu'avait du criminel dans le corps!
Je pensais ben qu'y ferait rien qu'une bouchée de mon petit apprenti de la 
Beauce; mais comme ils étaient ben soûls tous les deux, ils se firent pas grand 
mal.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau   Jeu 13 Juin - 6:20

Seulement, le grand Crisse avait c'te histoire-là sur le coeur, lui; et, le 
lendemain matin, quand nos canots prirent le large, il était là sus le quai, qui 
inventait la vitupération des sacrements contre Coq Pomerleau.
On avait beau nager et filer dru, on entendait toujours sa voix de réprouvé qui 
hurlait à s'égosiller:
- Par le démon des Piles, par le chat noir des Forges, par le geulard du Saint-
Maurice, et tous les jacks mistigris du Mont-à-l'Oiseau, j'te maudis, 
j't'emmorphose et j't'ensorcelle jusqu'à la troisième régénération! Que le choléra 
morbus te revire à l'envers, et que le diable des Anglais te fasse sécher le dedans 
sus le bord du canot comme une peau de chat sauvage écorché. C'est le bonheur 
que j'te souhaite!
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Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Coq Pomerleau
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