PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
Partagez | 
 

 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:37

La Hère



Histoire de chantiers
Ceci nous reporte en 1848, ou à peu près.
Nous étions, ce soir-là, un bon nombre d'enfants, et même de grandes 
personnes - des cavaliers avec leurs blondes pour la plupart - groupés en face d'un 
four à chaux dont la gueule projetait au loin ses lueurs fauves au pied d'une haute 
falaise, à quelques arpents de chez mon père, dans un vaste encadrement d'ormes 
chevelus et de noyers géants.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:38

Jos Violon, notre conteur ordinaire, après avoir allumé sa pipe à l'aide d'un 
tison, et toussé consciencieusement pour s'éclaircir le verbe, suivant son 
expression habituelle, se préparait à prendre la parole sur un sujet qui piquait tout 
particulièrement notre curiosité; car, à notre dernière « veillée de contes », le 
vétéran des « pays d'en haut » nous avait promis de nous parler de la Hère.
- La Hère, mes enfants, dit-il, c'est peut-être rien de nouveau à vous apprendre, 
c'est une bête ben rare, vu qu'elle est toute fine seule de son espèce. Une bête 
ordinaire a des petits, c'pas; c'est la mode même parmi les sarpents. Mais la Hère, 
elle, ben loin d'avoir des petits, a tant sourment pas ni père ni mère... au moins 
d'après c'que les vieux en disent.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:38

Les autres bêtes, ça se jouque, ça se niche, ça s'enterre, ça rôde, ça pacage, ça 
se loge queuque part; la Hère, elle, on n'a jamais pu savoir là où c'que ça se quint. 
On dirait que ça existe pas.
Vous allez me demander si c'est une bête dangereuse. Dame, c'est permis de le 
croire, si faut en juger par sa réputation qu'est ben loin d'être c'que y a de plus 
soigné parmi les bons chrétiens. Quand vous rencontrez un homme bourru, 
hargneux, mal commode, vous dites: « C'est une hère », c'pas; « est-il hère un peu 
c't'animal-là! » En sorte que, les enfants, c'est pas une bête à caresser; son nom le 
dit.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:38

Ça se montre par-ci par-là, tous les cinquante ans, d'autres disent tous les cent 
ans - comme un jubilé - la nuit, quand il fait ben noir, pendant les orages, dans le 
bois, sus le bord des grèves, dans les coins malfaisants. Et c'qu'est le plus 
estrédinaire, c'est que les ceuses qui ont la malchance de voir ça veulent jamais 
ouvrir la bouche pour en parler.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:38

Une fois, dans les fonds de Saint-Antoine de Tilly, une pauvre femme fut 
enlevée par la terrible bête. Eh ben, malgré que son mari eût tout vu, y a pas eu un 
juge, ni un avocat, ni un curé, pour y faire dire c'que sa femme était devenue. 
Chaque fois que queuqu'un y parlait de d'ça, y partait à trembler comme une 
feuille.
Pourtant y en a qui l'ont vue, sûr et certain, la Bête, puisque les gens de 
Lanoraie et pi de l'Industrie l'appellent jamais autrement que la « Bête-à-
grand'queue ». Comment c'qu'on pourrait savoir si elle a une grand'queue, si on 
l'avait jamais vue, c'pas?
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:38

Pour dire vrai, les enfants, Jos Violon est pas un homme à se vanter, vous savez 
ça; je l'ai jamais vue, moi, la Bête - au moins j'en ai pas eu connaissance. Et pi 
c'est ben heureux, puisque les ceuses qui l'ont vue peuvent pas rien en dire, si y a 
queuqu'un qui peut en parler, comme on dit aportement, c'est les ceuses qui l'ont 
pas vue. Ça c'est plein de bon sens.
Enfin, j'm'en vais vous raconter ce que j'en sais dans le fin fond de ma 
connaissance, les enfants, et vous me crairez si vous voulez.
C'était donc pour vous dire que, c't'année-là, Zèbe Roberge et pi moi, on 
s'était engagés pour aller faire une rôdeuse de cage de pin rouge sus la rivière aux 
Rats, qu'est - vous en avez déjà p'tête ben entendu parler - qu'est comme qui 
dirait une branche du Saint-Maurice; mais une vilaine branche, m'a dire comme on 
dit, parce que c'est ça qui se trémousse la corporation un peu croche, c'est le cas de 
le dire.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:38

C'est des écorres, c'est des crans, des anses, des rochers, des cailloux gros 
comme des maisons, avec des remous, les enfants, qu'un rapide attend pas l'autre. 
Pas moyen de faire dix arpents sus c'te vingueuse de rivière-là sans s'demander si 
on est pas sus le bord de queuque principice qu'a pas de fond.
Ils appellent ça la rivière aux Rats; si elle est au ras de queuque chose, c'est 
toujours pas loin de l'enfer. Y avait rien qu'en dedans de la Pointe-à-Baptiste, 
qu'on appelle, là où c'qu'on pouvait mouiller un canot et se faire entendre d'un 
rivage à l'autre, quand on criait fort.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:38

En tout cas, j'ai vu ben des alimaux rôder dans les environs; et je vous 
persuade, les enfants, que c'était pas des rats - à moins que ça fût des rats de dix 
pieds de long.
Zèbe Roberge, lui, prétendait dur comme fer que c'était des loups-garous. Il 
avait vu - à ce qu'y disait - un gros chien noir qui l'avait regardé en hurlant, avec 
des yeux flambants comme des tisons; et comme personne avait vu ce chien-là 
auparavant, c'était ben assez pour faire penser, c'pas. Mais faut savoir aussi que

Zèbe avait comme on dit, une manière, comme qui dirait une lyre, c'était de voir 
des sorciers partout.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:39

Depuis son aventure avec un lutin qui nous avait montré son chapeau pointu et 
pi son oeil rouge sour le pavé d'un écurie, y pouvait pas ouvrir la bouche sans 
raconter quèque histoire de sorcilège. On aurait dit qu'il les inventait.
Y avait dans not'gang un bon petit jeune homme qu'on appelait - je sais pas 
trop pourquoi - Johnny LaPicotte. Y en a qui pensaient que c'était parce qu'il était 
picoté un peu fort. Pour dire le vrai, il était picoté hors du commun; on voyait 
presque au travers. C'est pas ça qui l'embellissait, vous comprenez. Mais à part de 
d'ça pas de malice pour un sou; c'était le seul défaut qu'il avait dans son caractère.
Pas paresseux, pas sacreur, pas bavard, toujours prêt à rendre service, on 
l'aimait ben. Et, assez souvent, le soir, quand le temps était doux, j'allions tous les 
deux faire un petit tour de jase sus le bord de la rivière, en fumant not'pipe sans 
faire semblant de rien. J'avais du bon tabac haché ben fin, et ça y faisait plaisir de 
charger dans ma blague. Il était jongleux, moé étout; enfin on s'accordait comme 
une paire de vieux amis.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère   Jeu 13 Juin - 7:39

Queuquefois on s'assisait tous les deux sus une souche ou sus le bord d'un 
écran, et je regardions la leune se lever, sans souffler motte. Vous allez me dire que 
ça devait pas être tout à fait aussi réjouissant qu'un bal de mariés; j'suit avec vous 
autres, mais aussi j'ai pas besoin de vous dire à mon tour que ça durit pas toute 
l'hiver. On en eut assez de l'automne. Si vous vous en souvenez, Zèbe Roberge 
était mon piqueux; ce qui fait que, tandis que je travaillais de la grand'hache, et 
que lui s'occupait à piquer ou à botter, j'avions pris l'habitude de jaser de temps en 
temps sus l'ouvrage, histoire de trouver la journée moins longue. Quand on est de 
la même place, vous comprenez, les enfants, il est rare qu'on n'ait pas queuque 
chose à se dire.
Revenir en haut Aller en bas
 
Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 3Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
 Sujets similaires
-
» Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Hère
» Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver
» Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Le Loup-Qarou
» Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Mémoires intimes Chapitre XIII
» Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Printemps

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: