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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:46

Rappel du premier message :

Le Diable des Forges






C'était la veille de Noël 1849.
Ce soir-là, la « veillée de contes » avait lieu chez le père Jacques Jobin, un bon 
vieux qui aimait la jeunesse, et qui avait voulu faire plaisir aux jeunes gens de son 
canton, et aux moutards du voisinage - dont je faisais partie - en nous invitant à 
venir écouter le conteur à la mode, c'est-à-dire Jos Violon.
Celui-ci, qui ne se faisait jamais prier, prit la parole de suite, et avec son 
assurance ordinaire lança, pour obtenir le silence, la formule sacramentelle:
-Cric, crac, les enfants! Parli, parlo, parlons!... Pour en savoir le court et le 
long, passez le crachoir à Jos Violon! Sacatabi, sac-à-tabac, à la porte les ceuses 
qu'écouteront pas!...
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:50

C'était ben ce que je me disais, en sacrant en moi-même contre c'te vingueuse 
de Célanire. Mais, Jos Violon a pas l'habitude - vous me connaissez - de canner 
devant la bouillie qui renverse, je me frottis les yeux, je me fis servir un petit coup, 
je cassis une torquette en deux, et je sortis de l'auberge en disant:
-J'allons aller voir ça!
Je fus pas loin: mes hommes s'en revenaient. Et vous me crairez si vous 
voulez, les enfants, le plus extrédinaire de toute l'affaire, c'est qu'y avait pas gros 
comme ça de lumière neune part. Tout était noir comme dans le fond d'un four, 
noir comme chez le loup!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:50

Oui, les enfants, Jos Violon, est encore plein de vie; eh ben, je vous le 
persuade, j'ai vu ça, moi: j'ai vu ça de mes yeux! C'est-à-dire que j'ai rien vu en 
toute, vu qui faisait trop noir.
On l'avait paru belle, allez! A preuve que, quand on fut rentrés dans la maison, 
on commencit toutes à se regarder avec des visages de trente-six pieds de long; et 
que Fifi Labranche mit son violon dans sa boîte en disant:
-Couchons-nous!
Vous savez comment c'qu'on se couche dans le voyage, c'pas? Faudrait pas 
vous imaginer qu'on se perlasse le canayen sus des lits de pleume, non! On met 
son gilet de corps plié en quatre sur un quarquier de bois: ça fait pour le traversin.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:50

Pour la paillasse on choisit un madrier du plancher où c'que y a pas trop de noeuds, 
et pi on s'élonge le gabareau dessus. Pas pus de cérémonie que ça!
-T'as raison, Fifi, couchons-nous! que dirent les autres.
-Attendez voir, que je dis à mon tour; c'est ben correct, mais vous vous 
coucherez toujours point avant que je vous aie comptés.
Je me souvenais de ce que le foreman m'avait recommandé, c'pas. Pour lorsse 
que je les fais mettre en rang d'oignons, et pi je compte:
-Un, deux, trois, quatre... dix-sept!
Rien que dix-sept!
-Je me suis trompé, que je dis.
Et je recommence:
-Un, deux, trois, quatre... dix-sept! Toujours dix-sept!... Batêche, y a du 
crime là-dedans! que je dis. Y m'en manque un!... En faut dix-huit; où c'qu'est 
l'autre?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:50

Motte!
-Qui c'qui manque, là, parmi vous autres?
Pas un mot!
-C'est toujours pas toi, Fifi?
-Ben sûr que non!
-C'est pas toi, Bram?
-Non.
-Pit' Jalbert?
-Me v'là!
-Ustache Barjeon?
-Ça y est.
-Toine Gervais?
-Icitte.
-Zèbe étout?
-Oui.
Y étaient toutes.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:50

Je recommence à compter.
Dix-sept! comme la première fois.
-Y a du r'sort! que je dis. Mais il en manque toujours un, sûr. On peut pas se 
coucher comme ça, faut le sarcher. Y a pas à dire « Catherine », le boss badine pas 
avec ces affaires-là: me faut mes dix-huit!
-Sarchons! que dit Fifi Labranche; si le diable des Forges l'a pas emporté, on 
le trouvera, ou ben y aura des confitures dans la soupe!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:50

-Si on savait qui c'est que c'est au moins! que dit Bram Couture, on pourrait 
l'appeler.
-C'est pourtant vrai, que dit Toine Gervais, qu'il en manque un, et pi qu'on 
sait pas qui c'est que c'est.
C'était ben ce qui me chicotait le plusse, vous comprenez; on pouvait pas 
avoir de meilleure preuve que le diable s'en mêlait.
N'importe! on sarchit, mes amis; on sarchit sour les bancs, sour les tables, 
sour les lits, dans le grenier, dans la cave, sur les ravallements, derrière les cordes 
de bois, dans les bâtiments, jusque dans le puits...
Personne!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:50

On sarchit comme ça, jusqu'au petit jour. À la fin, v'là les camarades tannés.
-Il est temps d'embarquer, qu'y disent. Laissons-lé! Si le flandrin est dégradé, 
ça sera tant pire pour lui. Il avait tout embelle de rester avec les autres... Aux 
canots!
-Aux canots, aux canots!
Et les v'lont qui dégringolent du côté de la rivière.
Je les suivais, bien piteux, comme de raison. De quoi c'que j'allais pouvoir dire 
au boss? N'importe, je fais comme les autres, je prends mon aviron, et, à la grâce 
du bon Dieu, j'embarque.
-Tout le monde est paré? Eh ben, en avant, nos gens!
-Mais, père Jos, que dit Ustache Barjeon, on y est toutes!
-On y est toutes?
-Ben sûr! Comptez: on est six par canot; trois fois six font dix-huit!
-C'est bon Dieu vrai! que dit Fifi Labranche, comment c'que ça peut se 
faire?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:51

Aussi vrai que vous êtes là, les enfants, je comptis au moins vingt fois de suite; 
et y avait pas à berlander, on était ben six par canot, c'qui faisait not' compte juste.
J'étais ben content d'avoir mon nombre, vous comprenez; mais c'était un tour 
du Malin, allez, y avait pas à dire: parce qu'on eut beau se recompter, se nommer, 
se tâter chacun son tour, pas moyen de découvrir qui c'est qu'avait manqué.
Ça marchit comme ça jusqu'au lendemain dans l'après-midi. Toujours six par 
canot: trois fois six, dix-huit!
Jusqu'à tant qu'on eut atteint le rapide de la Cuisse, là où c'qu'on devait faire 
portage pour rejoindre Bob Nesbitt, on fut au complet.
En débarquant à terre, comme de raison, ça nous encouragit à faire une couple 
de tours à la cruche. Et pi, quand on a nagé en malcenaire toute une sainte journée 
de temps, ça fait pas de mal de se mettre queuque chose dans le collet, avant de se 
plier le dos sous les canots, ou de se passer la tête dans les bricoles.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:51

Ça fait que, quand on eut les intérieurs ben arrimés, je dis aux camarades:
-A c'te heure, les amis, avant qu'on rejoigne le boss, y s'agit de se compter
pour la dernière fois. Mettez-vous en rang, et faut pas se tromper, c'te fois citte.
Et pi, je commence ben lentement, en touchant chaque homme du bout de mon
doigt.
-Un! deux! trois! quatre! cinq! six! sept! huit!... Dix-sept!...
Les bras me timbent.
Encore rien que dix-sept!...
Sus ma place dans le paradis, les enfants, encore au jour d'aujourd'hui, je peux 
vous faire sarment devant un échafaud que je m'étais pas trompé. C'était ni plus ni 
moins qu'un mystère, et le diable m'en voulait, sûr et certain, rapport à c'te 
vlimeuse de Célanire!
-Mais qui c'qui manque donc? qu'on se demandait en se regardant tout 
ébarouis.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:51

Ma conscience du bon Dieu, les enfants, j'avais déjà vu ben des choses 
embrouillées dans les chantiers; eh ben, c'te affaire-là, ça me surpassait.
Comment me montrer devant le foreman avec un homme de moins, sans tant 
seurement pouvoir dire lequel est-ce qui manquait? C'était ben le moyen de me 
faire inonder de bêtises.
N'importe! comme dit M. le curé, on pouvait toujours pas rester là, c'pas; 
fallait avancer.
On se mettit donc en route au travers du bois, et dans des chemins, sous vot'
respec', qu'étaient pas faits pour agrémenter la conversation, je vous le persuade! 
A chaque détour, j'avais quasiment peur d'en perdre encore queuqu'un. 
Toujours que, de maille et de corde, et de peine et de misère, grâce aux cruches
qu'on se passait de temps en temps d'une main à l'autre, on finit par arriver. 
Bob Nesbitt nous attendait assis sus une souche.
-C'est vous autres? qu'y dit.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Le Diable des Forges   Jeu 13 Juin - 6:51

-A pu près! que je réponds.
-Comment, à pu près? Vous y êtes pas toutes?
Vous vous imaginez ben, les enfants, que j'avais la façon courte; mais c'était 
pas la peine de mentir, c'pas; d'autant que Bob Nesbitt, comme je l'ai dit en 
commençant, entendait pas qu'on jouît du violon sus c'te chanterelle-là. Je pris 
mon courage à brassée, et je dis:
-Ma grand'conscience, c'est pas de ma faute, monsieur Bob, mais... y nous en 
manque un.
-Il en manque un? Où c'que vous l'avez sumé?
-On... sait pas.
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