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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:43

Rappel du premier message :

LE VIOLON DE SANTA CLAUS

Sans être précisément âgés, le père et la mère n'étaient plus de la première jeunesse, 
lorsque après un an de mariage béni par l'Ange des amours heureuses, le petit Louis 
naquit. 

C'était un délicieux bébé rosé et blond, avec de grands yeux noirs tout rêveurs, que sa mère 
berçait presque constamment dans ses bras avec des tressaillements de joie folle, et que le 
père allait regarder dormir la nuit, des heures entières, éveillé par des hantises de bonheur 
et d'orgueil paternels. 

L'enfant grandit et se développa sous l'influence de ce double rayonnement de tendresse, 
de même qu'une plante délicate s'épanouit sous les chauds effluves du soleil et la caresse 
des brises printanières. 

Il grandit plein de grâce et de gaieté, toujours choyé, toujours adoré, sans que le pli d'une 
feuille de rosé eût jamais troublé son sommeil, sans que le plus léger nuage eût assombri la 
douce clarté de son aurore. 

Il était charmant. Son sourire avait comme des irradiations lumineuses ; le timbre de sa 
voix faisait songer au gazouillis des oiseaux sous les feuilles. 

À deux ans, il avait de profondes ingénuités. Quand il aperçut pour la première fois le 
demi-cercle d'or du croissant, il s'écria tout angoissé : 

- Papa, vite ! un marteau, des clous, la lune brisée ! 

Avec cela, crâne comme un paladin. 

- Il ne faut jamais aller au coin de la rue, lui dit un jour sa bonne. 
- Pourquoi ? 
- Il y a des sauvages. 
- Des sauvages ! s'écrie-t-il le poing sur la hanche et le sourcil froncé; as pas peur, vais 
aller chercher mon sabre ! 

Enfin, capable de s'oublier des heures entières dans des rêveries étranges. Un soir grand 
émoi dans la maison : l'enfant est disparu ! 

Pris d'une horrible inquiétude, on le cherche vainement à droite et à gauche, dans toutes 
les chambres, au dehors, partout. Nulle trace du petit. 

La nuit était déjà avancée, et l'on commençait à perdre la tête, lorsque quelqu'un découvrit 
l'enfant seul sur un balcon, le menton dans les deux mains, et le regard égaré dans le 
vague du firmament.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:44

Et le pauvre papa détournait la tête pour cacher ses pleurs et refouler ses sanglots. 
- Que veux-tu que Santa Claus t'apporte, voyons, dis, mon trésor ? 
- Un violon, répondit l'enfant avec une lueur de joie dans le regard. 
- Un violon ? Eh bien, il en a des violons, Santa Claus, j'en suis certain. Dors bien, un bon 
ange lui dira de t'en apporter un beau. 

Mais l'enfant ne dormait pas, et le médecin qui venait le voir plusieurs fois par jour se 
désolait : 
- Ah ! s'il pouvait dormir, disait-il, ne serait-ce qu'une heure ! 

Dans la soirée, l'enfant fit un signe à son père. 
- Qu'est-ce que c'est, mon ami ? demanda celui-ci en se penchant sur le lit pour prêter 
l'oreille. 
- Est-ce qu'il sait en jouer du violon ? fit le bébé d'une voix faible comme un souffle. 
- Qui, mon ange ?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:44

- Santa Claus. 
Le père se dressa tout à coup sur ses pieds en se frappant le front : une inspiration subite, 
une inspiration du ciel venait de lui traverser le coeur et le cerveau. 
- Mais oui, mon amour ! s'écria-t-il, en pressant la main fiévreuse de l'enfant, oui, mon 
amour, il sait jouer du violon, Santa Claus. Il en joue délicieusement même. Et, si tu veux 
bien dormir, sur ton bon petit oreiller, là, ton bon ange le fera jouer pour toi, et tu 
l'entendras dans un rêve... Tu verras comme ce sera beau !
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:45

Et le pauvre père, une dernière lueur d'espoir dans l'âme, sortit sur la pointe des pieds, 
laissant la mère seule, agenouillée de l'autre côté du lit où le cher malade, assis sur son 
séant, ouvrait de grands yeux fixes dans la demi-clarté qui filtrait à travers les 
transparences de l'abat-jour.  La nuit avançait, la sainte nuit de Noël.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:45

Les cloches commençaient à chanter dans les grandes tours lointaines. 
Et le bébé ne dormait pas. 
Le père, après être resté absent une petite demi-heure, rentra. 
- Je viens de voir Santa Claus avec sa hotte pleine de jouets parmi lesquels j'ai cru 
apercevoir un bijou de violon, dit-il. Il sera ici dans un instant, car il sortait justement 
d'une maison en face. Baissons les lumières ; et toi, bébé, ferme tes yeux, et fais au moins 
semblant de dormir. Il fut interrompu par un léger bruit venant du salon voisin. 
- Chut, c'est lui ! 
Le bruit s'accentua : on aurait dit des cordes de violon qu'une main mystérieuse accordait à 
la sourdine. 
Le malade fit un soubresaut et tendit l'oreille ; on entendait battre son petit coeur dans sa 
poitrine. 
Alors ce fut un ravissement.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:45

Des sons d'une pureté angélique glissèrent dans le silence de la nuit. Des lambeaux de 
mélodies d'une suavité incomparable flottèrent dans l'air. Des accents d'une douceur 
infinie, qui semblaient émerger des profondeurs d'un rêve, se répandirent en ondes diffuses 
dans l'ombre calme et reposée de l'appartement. 
La main du bébé tremblait dans celle du papa, dont le regard, noyé dans la pénombre, 
suivait avec anxiété les diverses phases de surprise, de joie et d'attendrissement qui se 
manifestaient tour à tour sur les traits émaciés du petit malade.  Celui-ci écoutait toujours.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:45

Un moment l'archet invisible parut obéir à quelque inspiration nouvelle. Les capricieuses 
fantaisies du début s'éteignirent par degrés, et se voilèrent peu à peu sous le tissu de 
phrases musicales d'un caractère plus défini. 

Des mélodies plus distinctes se mirent à chanter dans les vibrantes sonorités de 
l'instrument ; et l'oreille put saisir, pour ainsi dire au vol, toute une série, ou plutôt un 
enchaînement indécis encore mais parfaitement perceptible de ces vieux chants de Noël, si 
impressionnants dans leur archaïque simplicité - oeuvre de ces génies anonymes qui surent 
si bien rapprocher les deux pôles de la vie, faisant à la fois sourire l'enfance et pleurer les 
vieillards.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:45

Ils y passèrent tous, les bons vieux cantiques d'autrefois, tour à tour gais, attristants ou 
solennels, mais toujours émus : - Ça, bergers, assemblons-nous ! - Nouvelle agréable ! - II 
est né le divin Enfant... - Dans cette étable. - Les anges dans nos campagnes... Et cet 
Adeste fidèles, si large de facture, et si vibrant de poésie chrétienne. 

Tout cela se succédait, se mêlait, s'enchevêtrait dans un ensemble harmonieux auquel le 
décor nocturne et cette scène de douleur muette prêtaient un caractère d'une inexprimable 
intensité d'impression. 
L'enfant ne bougeait plus, ne tremblait plus ; le monde extérieur avait disparu pour lui, il 
était littéralement emporté dans l'extase.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:45

Petit à petit, les sons du violon s'affaiblirent, s'atténuèrent, se simplifièrent dans une suite 
de modulations berçantes et douées comme un chant lointain, à travers lesquelles l'oreille 
devinait - entendait presque - les touchantes paroles du cantique populaire : 

Suspendant leur sainte harmonie,
Les cieux étonnés se sont tus,
Car la douée voix de Marie
Chantait pour endormir Jésus.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:45

Le père jeta un coup d'oeil sur son enfant : deux grosses larmes coulaient sur les petites 
joues. 
Puis, ce fut comme un murmure de la brise, comme un bourdonnement d'abeilles, comme 
le susurrement d'une source dans les herbes ; avec la suavité d'une caresse à l'oreille, le 
merveilleux violon chanta ou plutôt soupira la naïve berceuse qui avait tant de fois 
endormi le bébé dans les bras de sa nourrice :
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS   Jeu 13 Juin - 7:46

C'est la poulette grise
Qu'a pondu dans l'église,
Elle a fait un petit coco
Pour bébé qui va faire dodo,
Dodiche! dodo! 

Le petit ferma les yeux, pencha la tête, et son épaule s'enfonça doucement, tout doucement 
dans le duvet de l'oreiller... 

Presque au même moment, une autre tête retombait sur le bord du petit lit. C'était la 
pauvre mère, épuisée de veilles, qui s'endormait à son tour avec un sourire d'infinie 
reconnaissance à Dieu sur les lèvres. 
Alors le père, tout perplexe de crainte et d'espoir, se leva sans faire plus de bruit qu'un 
fantôme, et, se rencontrant avec le médecin dans l'entre-bâillement de la porte : 

- Il dort ! murmura-t-il hors de lui. Il est sauvé, n'est-ce pas ? 
- Ils sont sauvés tous les deux, répondit le docteur, en jetant un coup d'oeil dans la 
chambre du malade. 

Et dans un élan de gratitude attendrie, le désespéré de naguère serra en pleurant les deux 
mains du grand virtuose Jehin-Prume, qui venait de remettre son violon dans l'étui.
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Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) LE VIOLON DE SANTA CLAUS
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