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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.La Tête A Pitre I

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.La Tête A Pitre I   Mer 12 Juin - 11:06

La Tête A Pitre

I
Les passagers qui, aujourd’hui, font le trajet entre Québec et Lévis, en hiver,
dans l’entrepont confortable des puissants bateaux à hélice qui se croisent
d’une rive à l’autre en quelques minutes, coupant, brisant, refoulant, bousculant des
monceaux de glaçons charriés par la marée, et filant droit à travers le chasse-
neige et les brouillards secoués par la rafale, ne se doutent guère de ce que c’était
que la traversée du Saint-Laurent autrefois, surtout par les « gros temps » de
décembre et de janvier.
Le voyage se faisait en canots.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.La Tête A Pitre I   Mer 12 Juin - 11:23

Ces canots étaient des espèces de pirogues creusées dans un double tronc
d’arbre, dont chaque partie était solidement reliée à l’autre par une quille
plate, en bois de chêne polie et relevée aux deux extrémités, de manière que
l’embarcation pût, au besoin, servir aussi de traîneau.

Le patron s’asseyait à l’arrière sur une petite élévation d’où il dirigeait la
manoeuvre et gouvernait à l’aide d’une pagaie spéciale, tandis qu’à l’avant, et
quelquefois debout sur la pince -on appelait pince le prolongement effilé de la
proue -un autre hardi gaillard scrutait les passes et surveillait les impasses,
la main sur les yeux, tout blanc de givre, avec des stalactites glacées jusque
dans les cheveux.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.La Tête A Pitre I   Mer 12 Juin - 11:23

En avant du pilote, un certain espace était ménagé pour les passagers, assis à
plat-fond, tout emmitouflées et recouverts de peaux de buffles, encaqués comme
des sardines, parfaitement à l’abri du froid, mais aussi condamnés à une
immobilité presque complète.

Les autres parties de l’embarcation étaient garnies de tôtes, qui, tout en
assurant la solidité du canot, servaient de bancs aux rameurs à longues bottes
et aux costumes plus ou moins hétéroclites, qui pagayaient en cadence,
s’encourageant mutuellement du geste et de la voix.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.La Tête A Pitre I   Mer 12 Juin - 11:23

Le métier n’était pas tendre; et comme les hivers de ce temps-là dépassaient de
beaucoup les nôtres en rigueur, il devenait quelquefois dangereux.
Chaque mise à l’eau, c’est-à-dire chaque départ, donnait infailliblement des
émotions aux plus hardis, et même à ceux qui y étaient le plus habitués.
Quand on se voyait lancé du haut de la batture -en termes canadiens on
appelle battures ou bordages les bancs de glace adhérant au rivage, et contre
lesquels glissent ou se brisent les banquises emportées par le courant -quand
on se voyait, dis-je, lancé du haut de la batture dans les eaux noires et
bouillonnantes du fleuve, l’équipage sautant précipitamment à bord dans un enchevêtrement
éperdu de mains et de bras accrochés aux flancs bondissants de la pirogue, cela
ne durait que l’espace d’un clin d’oeil, mais c’était plus fort que soi, le coeur
vous tressautait dans la poitrine.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.La Tête A Pitre I   Mer 12 Juin - 11:23

Et nage, compagnons!... Haut les coeurs! les petits coeurs!
D’immenses blocs verdâtres barrent la route : vite, le cap dessus! Bon là!
Lâchons l’aviron, l’épaule aux toulines, et en avant sur la surface solide du
grand fleuve!

Plus loin, ce sont d’énormes fragments entassés et bousculés les uns sur les
autres. Le passage semble impraticable... N’importe, hissons le canot à force
de bras : et en avant toujours!

Voici un ravin qui se creuse, descendons-y! C’est un abîme peut-être : en
avant quand même!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.La Tête A Pitre I   Mer 12 Juin - 11:24

La neige détrempée s’attache et se congèle aux flancs de l’embarcation qu’elle
menace d’immobiliser : hardi, les braves! Pas une minute à perdre, roulons,
roulons! Et nous voilà repartis.
Ici, c’est autre chose : tout s’effondre sous nous. Ce n’est plus de l’eau, ce
n’est plus de la glace; impossible de pagayer, plus de point d’appui pour
hâler. Il faut pourtant se tirer de là, les enfants!
À bord, vous êtes paralysé; en dehors, vous enfoncez à mi-jambe dans la neige
fondante et la glace en frasil; il n’y a pas à dire, il faut se tirer de là.
Et cela durait des heures, quelquefois des journées entières...
Oh non! il n’était pas tendre, le métier. Victor Hugo a raconté les «
travailleurs de la mer » d’une façon sublime; que n’a-t-il vu les canotiers du Saint-Laurent
à l’oeuvre!
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