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 François-Xavier Garneau (1809-1866) Louise BURNS. VI

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James
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MessageSujet: François-Xavier Garneau (1809-1866) Louise BURNS. VI   Sam 15 Juin - 22:04

VI


Sur la Monongahla règnent des défilés
Bordés d'antiques pins et de pics mutilés.
Dans le fond du vallon l'herbe épaisse et pressée
Flottait au gré du vent comme l'onde agitée.
C'est là que De Beaujeu, chef habile et prudent,
Attend des ennemis le flot envahissant.
L'acier muet brillait au travers des feuillages.
Soudain un bruit lointain troubla ces lieux sauvages.
Les voilà! c'est Braddock, et douze cents soldats,
Ses plus braves guerriers accourent sur ses pas.
Chez les Canadiens règne un profond silence.
Beaujeu n'a pas besoin d'exciter leur vaillance;
Ils savent sans chef même et combattre et mourir.
On lisait sur leurs fronts l'espoir de conquérir.
Bientôt, des ennemis résonnent les trompettes;
Les rayons du soleil frappaient leurs bayonnettes.
Ils marchent pleins d'orgueil, et de leurs étendards
L'ombre, en se prolongeant, couvrait leurs fiers regards.
Ils marchent - mais, soudain, ainsi que dans l'orage
L'éclair étincelant traverse le nuage,
Brille un feu qui, partout, sur eux vomit la mort.
Sur les cris des mourants s'élève un cri plus fort,
Vive le roi! trois fois de montagne en montagne
Ce cri canadien roula dans la campagne.
Tel on vient de l'entendre aux rives des Détroits
Terrible aux ennemis encor comme autrefois,
Comme le flot brisé sur la roche plaintive
Retombe avec fracas en blanchissant la rive,
Les ennemis rompus et saisis de frayeur
Reculent un moment sous ce feu destructeur.
Mais la voix de leurs chefs à la fin les rallie;
Le combat recommence avec plus de furie.
Les cris des combattants s'élèvent jusqu'aux cieux.
Les boulets rugissants s'élancent furieux.
Le ciel était couvert de torrents de fumée
Sillonnés avec bruit par la foudre enflammée.
Tout-à-coup De Beaujeu par le fer est atteint;
Une balle invisible a tranché son destin.
Il chancelle et puis tombe avec bruit sur l'arène.
La mort, la mort planait en tous lieux sur la plaine.
Le brave Washington combattant en soldat,
Avec quelques guerriers balance le combat.
Les fils du Saint-Laurent répandent le carnage;
L'intrépide Dumas anime leur courage.
La carabine au poing, dans sa bouillante ardeur,
De Chambly comme lui combat avec valeur.
À la tête des siens il plonge en la mêlée;
La hache des combats à sa voix est levée.
Leurs tranchants meurtriers en cercle fendant l'air,
S'élevaient, retombaient aussi prompts que l'éclair.
La mort suivait leurs coups - quand rendant son épée
D'une main défaillante et qu'un fer a frappée,
Devant Chambly s'arrête un guerrier d'Albion,
Pâle et le sang partout ruisselant sur son front.
Un air noble, mais doux animait sa figure;
Jeune, ses traits sont beaux; sa blonde chevelure
En boucles retombait sur son habit doré
Que la poudre a noirci, la hache déchiré.
Guerrier, dit-il, reçois ces inutiles armes
Que mon bras mutilé ne peut plus soutenir,
A ses décrets le ciel me force d'obéir.
Et l'on vit dans ses yeux paraître quelques larmes.
Avec peine son coeur se soumettait au sort,
Qui semblait lui ravir la gloire de la mort.
Brave guerrier, lui dit De Chambly, ton courage
Méritait un sort plus heureux;
Mais aux combats la fortune est volage.
Nous saurons respecter un soldat valeureux.
Il dit: quand près de là passe un Indien farouche;
Ces mots, ces mots affreux s'exhalent de sa bouche:

Guerriers! point de quartier, partout mort aux Anglais!
De sa hache le sang coulait à flots épais.
Au-dessus de son front, longtemps il la balance;
Et sur le prisonnier avec un cri la lance.
Pour détourner le coup Chambly lève son bras;
Dans l'air vint se choquer l'acier des tomahawks,
Mais celui de l'Indien rebondit vers la terre;
Dans le flanc de Chambly la hache meurtrière
S'enfonce en mugissant; le guerrier en tombant
Exhale avec son âme un sourd gémissement.
Cependant le combat s'éloigne dans la plaine;
Les morts et les mourants jonchent partout l'arène,
La victoire, déjà, couronnait les vainqueurs.
Braddock s'oppose, en vain, à leurs flots destructeurs :
Chaque effort qu'il veut faire accroît encor l'abîme.
Mais l'aspect de la mort et l'aigrit et l'anime.
Le fer l'atteint enfin. Ses soldats effrayés
Dans leur confusion sont partout foudroyés.
Ils fuyaient - leur terreur dans la fuite s'augmente;
Ils vont semer au loin la mort et l'épouvante.
Braddock enfin lui-même est obligé de fuir;
Mais honteux il arrête, il veut aussi mourir;
Son coeur altier ne peut survivre à sa défaite.
Il voit en expirant sa déroute complète,
Et dans ce jour sanglant les fils du Canada
Élever leurs drapeaux sur la Monongahla

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François-Xavier Garneau (1809-1866) Louise BURNS. VI
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